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Le chemin des « mauvaises filles » : Une exposition thématique afin de valoriser la recherche sur la déviance et la délinquance des mineures

Les questions méthodologiques ont été nombreuses autour de l’élaboration de l’exposition « Mauvaises filles » par une équipe de chercheur.e.s pluridisciplinaires et de praticien.ne.s de l’éducation spécialisée. Il s’agissait tout d’abord de concilier, d’articuler les différentes disciplines autour d’une scénographie spécifique, afin de réussir à rendre accessibles les recherches scientifiques, dans leurs nuances et leur complexité, sans les galvauder. Il a également été question de donner corps aux recherches, de les nourrir charnellement en créant des portraits « de mauvaises filles » dont l’histoire de vie problématisait lesdites recherches.

Après deux ans de travail, l’exposition « Mauvaises filles » était présentée sous la forme pédagogique et ludique d’un « jeu de l’oie blanche ». Les pions, trois jeunes filles à des époques différentes, amorcent la dimension diachronique de cette exposition. Le chemin social tracé à la jeune fille par son éducation et par les rouages juridiques et institutionnels laisse largement place à tous les éléments qui perturbent cette voie déterminée. La déviance, qui, saisie par le droit pénal, devient délinquance, est au cœur de l’exposition et entraîne le public vers les stands d’une fête foraine, lieu symbolique de dangerosité sociale par le rassemblement momentané d’individus de classes, de “races” et de sexes différents. Les différents stands montrent le caractère contextuel, évolutif et différencié selon les sexes, les normes. Le traitement institutionnel de cette déviance, qu’il soit judiciaire, médical ou social, est également abordé du XIXe siècle à nos jours. La jeune oie blanche, qui, quel que soit son parcours, a nécessairement dévié d’une manière ou d’une autre, gagne sa liberté ou tombe dans la clôture selon le hasard des dés et les choix réalisés par les visiteurs/joueurs, qui se voit régulièrement proposer des options. La seconde partie de l’exposition conduit le public dans un espace d’enfermement, de grandes photographies et des paroles d’anciennes pensionnaires retranscrites qui laissent percevoir les effets de la claustration à travers le temps.

Le questionnement citoyen de cette exposition appelle à la tolérance et à l’humanisme. Cette exposition a été présentée à Savigny-sur-Orge, à Roubaix et à Lille. Le public de futur.e.s éducateurs et éducatrices spécialisé.e.s, d’étudiant.e.s, lycéen.ne.s et même collégien.ne.s, ainsi que des particulier.e.s, dans le cadre des visites-conférences organisées, a eu des réactions particulièrement intéressantes : prise de conscience autour de la question du genre, vives polémiques sur les violences sexuelles et l’altérité. Ces réactions méritent d’être relatées et analysées, en tant que témoignages vivants des effets de la diffusion de recherches scientifiques portant sur un thème délicat et méconnu : la violence – commise et subie – et la rébellion des jeunes filles.

Cet article est présenté avec des photographies de l’exposition (jeu de l’oie, stands et panneaux), ainsi que des photographies de visites.

Pour lire l’intégralité de l’article sur le site de la revue

 journals.openedition.org/criminocorpus/3744

Auteurs :

Véronique Blanchard

Véronique Blanchard est docteure en histoire de l’Université de Poitiers, chercheuse et formatrice à l’École nationale de protection judiciaire de la jeunesse (Roubaix), responsable du centre d’exposition « Enfants en justice » (Savigny-sur-Orge). Elle codirige également la Revue d’histoire de l’enfance « irrégulière ».

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Hélène Duffuler-Vialle

Hélène Duffuler-Vialle est docteure en histoire du droit. Elle a réalisé une thèse sur la réglementation de la prostitution pendant l’entre-deux guerres. Enseignante à l’Université d’Artois, elle est membre du comité scientifique de l’exposition « Mauvaises filles ». Elle est également partenaire du projet HUGO patrimoine des lieux de justicesur Criminocorpus.

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Sur le Carnet de l’histoire de la justice, des crimes et des … vous pouvez retrouvez régulièrement les billets de  PHILIPPE POISSON 

“Mauvaises filles”. Déviantes et délinquantes XIXe-XXIe siècles (Actes journée d’étude)

La journée d’étude « Mauvaises filles. Déviantes et délinquantes XIXe-XXIe siècles » s’inscrit dans le cadre d’un projet de long terme. En effet, depuis quelques années des chercheur.e.s et des professionnell.e.s de l’éducation, que ce soit dans leur travail de recherche ou dans leur pratique professionnelle, se sont intéressés à cette catégorie dites de « mauvaises filles » tant d’un point de vue historique, que sociologique ou éducatif.

À travers une multitude de prismes différents, des questions communes surgissent : Qu’est-ce qu’une mauvaise fille à travers les époques ? Pourquoi la violence des filles est-elle perçue différemment de celle des garçons ? Comment l’appréhension spécifique de celle-ci résulte-t-elle des stéréotypes de genre et/ou les conforte-t-elle ? (…) »

Lire la suite de l’article de Hélène Duffuler-Vialle présentant le dossier des actes de cette journée d’étude.

Ce dossier comprend les communications suivantes :

 

Mauvaises filles : incorrigibles et rebelles

Depuis le 28 septembre 2016, l’ouvrage « Mauvaises filles : incorrigibles et rebelles » est disponible aux Éditions Textuel.

Le 28 septembre 2016 marque la sortie de l’ouvrage « Mauvaises filles : incorrigibles et rebelles ». Si les « mauvais garçons » ont leurs héros, de Gavroche à Joey Starr en passant par James Dean, les « mauvaises filles » sont les invisibles de l’Histoire. Dans cet ouvrage, les auteurs dévoilent ces ombres fugaces qui surgissent au détour d’archives médicales ou judiciaires : « vagabonde », « hystérique », « fille-mère », « prostituée », « fugueuse », « cheffe de bande », « punk », « crapuleuse »…

Par le biais d’une vingtaine de portraits incarnés de « mauvaises filles » jugées immorales, de 1840 aux années 2000, les auteurs rendent un visage et une histoire à ces destins orageux. Ils cartographient les lieux qu’elles traversent ou qui les enferment – lieux de perdition (fête foraine, guinguette, bal), de coercition (internat, couvent, prison, asile), de soumission (maison close, foyer familial).

Étouffées et contraintes depuis des décennies par le poids des normes juridiques, religieuses, médicales, familiales, ces mineures « incorrigibles et rebelles » ont néanmoins fini, à travers leurs résistances, par devenir des actrices du changement social, culturel et politique.

Alors, déviantes ou dissidentes ?

Cette publication est disponible aux Éditions Textuel. Elle marque le point culminant d’une célébration, d’une invitation à revisiter l’histoire et à honorer la mémoire de ces mauvaises filles.

Les mauvaises filles à l’honneur

L'exposition itinérante « Mauvaises filles : déviantes et délinquantes XIXème XXème siècles », qui aborde la question du regard posé sur la déviance juvénile féminine par la justice et la société, avait servi de cadre à l’organisation de la journée des mauvaises filles en mars 2016 au site central de l’ENPJJ. Docteure en Histoire, Véronique BLANCHARD est responsable du Centre d’exposition historique (CEH) de Savigny-sur-Orge. Rattaché au service de la recherche et de la documentation de l’Ecole nationale de protection judiciaire de la jeunesse (ENPJJ), le CEH est un espace dédié à l’histoire de l’enfance en justice des XIX/XXème siècles. Véronique BLANCHARD co-signe cet ouvrage avec David NIGET, maître de conférences en Histoire à l’Université d’Angers. Tous deux sont membres du comité de rédaction de la Revue d’histoire de l’enfance « irrégulière » (RHEI), qui est l’une des 4 publicationsde l’ENPJJ. Ils ont également activement participé à l’organisation, à la promotion et à la diffusion de l’exposition « Mauvaises filles : déviantes et délinquantes XIXème XXème siècles ».

Cette exposition itinérante, qui aborde la question du regard posé sur la déviance juvénile féminine par la justice et la société, avait servi de cadre à l’organisation de la journée des mauvaises filles en mars 2016 au site central de l’ENPJJ.

Elle est actuellement visible aux Archives départementales du Nord.