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Moi, Lilou, hors-la-loi par amour

Moi, Lilou, hors-la-loi par amour Parution du livre 12 juin 2014 – La cavale, les barreaux, les gardes à vue ont rythmé une vie entière. Celle de Lilou.

Cette Bordelaise a ainsi vécu, comme elle le dit si bien, dans la «marginalité», à l’ombre de la loi et des conventions. Un parcours au ban de la société sur fond de violence, d’histoires d’amour tumultueuses, avec pour point de départ une enfance difficile passée à écumer les foyers.

Compagne de détenue à vingt ans à peine, la jeune femme s’est retrouvée très vite prisonnière d’un engrenage : la clandestinité, la prison, la soumission. Elle se mariera au parloir à deux reprises et sera forcée de repartir de zéro après les saisies effectuées lors des perquisitions.

Comment les rencontres influencent-elles le cours d’une vie ? Pourquoi reste-t-on en couple avec un voyou ? Est-ce possible de fuir, de retrouver le contrôle de sa vie ? Comment se retrouve-t-on forcée d’accepter l’impensable ?

En confiant son témoignage à Claire Bauchart, Lilou, attachante et sincère, lève le voile sur son histoire hors-norme, révélant un milieu avec ses codes et ses propres lois.

Un livre dont la vérité crue ne vous laissera pas indemne.

Biographie des auteures :

Lilou, 62 ans, vit près de Bordeaux. Solidaire jusqu’au bout, elle continue de rendre visite au parloir à Henri, le deuxième homme qu’elle a épousé en prison.

Claire Bauchart est diplômée de Sciences Po Paris. Elle a notamment travaillé à Europe 1 et iTélé avant de se tourner vers la réalisation de documentaires portant sur des thèmes sociétaux.

Extrait du  livre : 

– À toi de jouer, Annie !

Ma copine de galère fronça les sourcils, se gratta la tête pour la cinquantième fois de la journée et poussa un long soupir.

– Ça daille les filles, j’ai encore perdu…

– Pour une fois que ce n’est pas moi ! renchérit Delphine, mordillant nerveusement sa lèvre inférieure, déjà sérieusement blessée par des nuits entières d’angoisse.

Graziella, une grande Argentine d’une trentaine d’années à la chevelure sombre, nous toisa avec amusement.

– ¡ Vosotras las Francesas, no estaís las reinas de las cartas ¡

– Oh, ça va Graziella ! lançai-je d’un ton amusé. Je te rappelle que vous êtes assises sur mon lit las Argentinas. Alors restez polies !

Je les aimais bien ces Argentines, de braves filles. Nous passions notre temps à nous chamailler amicalement.

– ¡ Vale, vale ! poursuivit Olga, la petite du groupe, dix-neuf ans à peine. Elle était sage, toujours en train de tenter de calmer nos esprits de plus en plus volcaniques.

Enfermées depuis des jours, des mois, voire des années pour certaines, nos susceptibilités étaient mises à rude épreuve. Et l’humidité ambiante de notre dortoir, teintée d’une odeur de moisissure, n’avait rien pour arranger les choses. La nuit, nous tentions sans succès de trouver le sommeil sur de vieilles couvertures piquantes, aussi fines que du papier à cigarette. Nos lits étaient en fer. À croire que leur seule vocation était, non pas de nous permettre de dormir, mais de nous massacrer les vertèbres. Je me réveillais tous les matins avec des douleurs féroces au cou, cassé par un oreiller plus dur que du béton. Quant aux draps, nous n’en avions même pas !

Puis il y avait cette puanteur ambiante… Mélange de sueur, de renfermé, de crasse, de sang… Oui, de sang. Car, en plus de la cinquantaine de filles avec qui je partageais ce dortoir insalubre aux vitres cassées, j’avais le droit régulièrement à la visite de colocataires inattendus : des rats qui pullulaient, des colonies entières de rongeurs d’égouts qui s’infiltraient parmi les canalisations centenaires de cette prison barcelonaise où je croupissais depuis plusieurs semaines.

Croupir. Ce mot n’est pas choisi au hasard. Lorsque l’on a le droit de se laver qu’une fois par semaine, toutes à poil en même temps dans des douches communes, que l’on est plus de cinquante à se partager trois savonnettes, parfois même une dizaine à utiliser la même brosse à dents, que l’on supporte des toilettes turques, que l’on ne mange rien à part du pain rassis, de la soupe froide sans goût, on ne vit pas, on croupit. D’ailleurs, l’administration pénitentiaire avait décidé de nous couper les cheveux pour tenter d’éradiquer une redoutable invasion de poux. Toutes à la garçonne ! Si mon pépère savait cela ! Lui qui aimait tant mes longs cheveux bruns !

Genre : Documents Essais d’actualité

Éditeur : Michalon, Paris, France

Collection : Témoignage

Une vidéo d’appui pour la présentation du livre (Librairie Mollat) :

Lilou