Archives du mot-clé déportée

Témoignage. Yvonne Abbas, syndicaliste CGT, communiste, résistante, déportée

Témoignage inédit mai 2015 Journal l’Humanité . Yvonne Abbas naît en 1922 à Pérenchies. Elle fait sa scolarité à La Madeleine jusqu’au certificat d’études. Issue d’une famille modeste, orpheline de père, elle commence à travailler dès l’âge de 13 ans et devient syndicaliste. Elle se marie à Florent Debels à 16 ans et adhère notamment à l’Union des jeunes filles de France dès sa fondation, en 1936. Elle fréquente de grands noms de la future Résistance.

Elle s’engage elle-même dans la Résistance dès le début de l’occupation, sa « piaule » sert d’hébergement et de dépôt de matériel. Presse clandestine, tracts, faux-papiers : ses activités lui valent d’être arrêtée par la « Police Spéciale » française le 29 avril 1942 – le jour de ses 20 ans – avec Louis Petit et Jean Bracq (qui seront fusillés par les nazis). Elle est emmenée au commissariat central de Lille, subit des interrogatoires musclés, de la torture morale mais ne parle pas.

Devant la cour spéciale de Douai, elle se défend seule, estimant que tous les avocats sont des collabos et est condamné à huis clos, comme « bandit ». Elle est incarcérée à la prison de Cuincy,

Elle est ensuite transférée à la prison de la Petite Roquette, à Paris.

Yvonne Abbas est ensuite transférée à la Centrale de Rennes, avant d’être confiée à la Gestapo, puis envoyée à Romainville.

De là, elle est déportée en train au camp de concentration de Ravensbrück, le plus grand camp de femmes.

Le convoi ferroviaire durera 5 jours et 4 nuits dans des conditions épouvantables avant d’arriver dans ce camp pour femmes dont 92 000 déportées ne sont jamais revenues.

À son arrivée, elle devient le matricule 35138. Elle est ensuite déplacée dans le camp de travail d’Holleischen, en Tchécoslovaquie.

Le 5 mai 1945, « Vony » comme on l’appelait dans le camp, vit la Libération.

Elle apprend alors que son mari, Florent Debels, a été arrêté le 2 mai 1942, à Sin-le-Noble (Nord) à la suite « donné » par un résistant gravement blessé, puis torturé et fusillé. De la prison de Cuincy, il avait été envoyé à la prison de Louvain (Belgique) où le tribunal militaire allemand l’avait condamné à mort le 5 juin 1942 pour « détention d’armes à feu et propagande illégale communiste ». Il est fusillé au crépuscule du 1er juillet 1942 au fort du Vert-Galant, à Wambrechies (Nord) avec Louis Petit et Jean Bracq.

Yvonne a consacré la fin de saviez à témoigner et à se battre pour la mémoire, notamment auprès des jeunes, souvent accompagnée de sa tenue de « bagnarde ». Elle est décédée en décembre 2014.

Le témoignage livré ici a été recueilli par Laurence Mauriaucourt en octobre 2007, alors que Nicolas Sarkozy venait de s’appuyer sur la dernière lettre du jeune fusillé communiste Guy Môquet, à des fins électoralistes .

Pour en savoir plus visionner sur You Tube le document Témoignage. Yvonne Abbas

ob_462626_ob-056637-p1150922En parallèle  du blog FEMMES – HISTOIRE – REPÈRES vous pouvez retrouver également mon activité sur le blog Criminocorpus – Carnet de l’histoire de la justice, des …

Le blog de Criminocorpus présente une grande variété d’informations sur l’histoire de la justice, des crimes et des peines dans le domaine de la recherche, de l’édition et des manifestations culturelles…

Philippe Poisson – En savoir plus

Philippe poisson – Google+

 blog de Philippe Poisson

La Javanaise

La Javanaise Parution du livre le 13 octobre 2011 – Toto Koopman fut avant-guerre, le premier mannequin métis à devenir célèbre, puis une espionne déportée pour faits de résistance et l’égérie de la galerie d’art la plus singulière d’Europe dans la seconde moitié du XXe siècle. De l’île de Java aux studios de Vogue, du camp de concentration de Ravensbrück au Londres artistique et intellectuel des années 50 et 60, cette beauté polyglotte et courageuse, frivole et amorale, ne laissa personne indifférent. Pourquoi ?

Parce qu’elle ne cessait jamais de bousculer les conventions comme les servitudes. Loyale et irrésistible pour certains, perverse pour d’autres, elle collectionna sans aucun tabou des amants célèbres des deux sexes avant de choisir Erica Brausen, une Allemande inspirée qui lança Francis Bacon ; les deux femmes alors ne se quittèrent plus et exposèrent entre 1947 et 1973 le meilleur de la peinture et de la sculpture contemporaines.

Ceux qui l’ont connue sont unanimes : c’était un être unique et impossible à posséder. Femme phénix, femme mystérieuse, elle conçut sa vie comme un jeu romanesque dominé par le style et l’audace. A elle s’applique la maxime d’André Breton : « Seule la moindre perte d’élan pourrait m’être fatale ».

Jean-Noël Liaut est écrivain, traducteur et journaliste. Biographe de Karen Blixen et de Madeleine Castaing, il a également publié un essai sur l’excentricité et un journal de lecture consacré aux Mémoires de Saint-Simon

Extrait de l’introduction -« Mademoiselle ! Je n’ai jamais voulu me marier. » Ainsi répondait inévitablement Toto Koopman si un interlocuteur se hasardait à l’appeler madame, et ce jusqu’à la fin de sa vie – une longue vie d’audaces et de dangers, d’embrasements et d’intrigues, loin du ballet des rancoeurs et de la rouille de l’imagination. Une vie de charmeuse de serpents, dépouillée de tout manichéisme.

Croisement ravageur de Modesty Blaise et de la Madone des sleepings, Toto Koopman (1908-1991) fut le premier mannequin métis à devenir célèbre, une espionne déportée pour faits de Résistance et l’égérie de la galerie d’art la plus singulière d’Europe au cours de la deuxième moitié du XXe siècle. De l’île de Java aux studios de Vogue, du camp de concentration de Ravensbrück au Londres artistique der années 50 et 60, cette beauté polyglotte et courageuse, frivole et amorale, ne laissa personne indifférent. Arrogante et perverse pour certains, loyale et irrésistible pour d’autres, Toto Koopman bouscula toutes les servitudes et ne rechercha que l’aventure et l’amour. Elle collectionna sans aucun tabou les amants des deux sexes – de Tallulah Bankhead à lord Beaverbrook – avant de choisir Erica Brausen, une Allemande inspirée qui lança Francis Bacon. Les deux femmes ne se quittèrent jamais et, de 1947 à 1973, exposèrent le meilleur de la peinture et de la sculpture contemporaines. Leur couple s’impose dans l’histoire de l’art et du goût.

Trop ostensiblement pittoresque, diront les esprits chagrins, et pourtant tout est vrai. Je dirais même que notre belle excentrique est loin d’avoir livré l’ensemble de ses mystères, car écrire un livre sur Miss K équivaut à vouloir éteindre le buisson ardent. Elle fut un être impossible à posséder, et ce dans tous les sens du terme.

L’existence de Toto Koopman semble estampillée d’une « Lubitsch touch » car la foule d’escrocs mondains, d’agents doubles, de séductrices volages, d’éminences grises et de génies qui l’entoure sort tout droit de l’un de ses films. Pourtant la réalité dépasse de très loin la fiction. Il suffit de choisir au hasard quelques êtres ayant marqué son destin : une fausse princesse russe mariée au fils de Conan Doyle – le père de Sherlock Holmes -, un héros de guerre devenu le bon génie de l’opéra de Covent Garden, une ennemie jurée de Mao ou encore le philosophe ésotérique Gurdjieff, dont Erica Brausen et Toto Koopman furent les disciples, tout comme elles formèrent un déroutant trio avec Francis Bacon pendant plus de dix ans. Un entourage au diapason de cette femme dont le credo aurait pu être la maxime d’André Breton : « Seule la moindre perte d’élan pourrait m’être fatale .»

En découvrant l’existence de Toto Koopman, j’ai pensé à la forêt qui marche dans Macbeth. L’ange du bizarre ayant toujours été mon allié, j’ai été intrigué. J’ignorais alors que mon enquête se déroulerait à travers toute l’Europe, que je consulterais aussi bien les archives du Conservatoire Chanel que celles de la Préfecture de police de Paris, que j’entrerais en correspondance avec les services secrets hollandais et que les témoins rencontrés seraient aussi singuliers qu’Edmonde Charles-Roux, Denise René, Peter Brook ou le professeur Raoul Tubiana, entre autres.

Toto Koopman concevait la vie comme un jeu romanesque dont le style et l’audace ne furent jamais les parents pauvres, et suivre les traces de cette femme-phénix donne la sensation d’ausculter une héroïne des Métamorphoses d’Ovide, l’un de ces personnages aux multiples transformations. Traquer sa piste c’est se retrouver dans l’atelier des peintres Max Beckmann et Joseph Oppenheimer, pour qui elle posa, assister aux Jeux olympiques de Berlin en 1936 et convoquer les fantômes de l’espionnage international, Moura Boudberg ou Stewart Menzies, le célèbre « M » des aventures de James Bond. Et lorsqu’elle devint archéologue et participa à de nombreuses fouilles, son mentor ne fut autre que Max Mallowan, époux d’Agatha Christie.

 

 

Martha Desrumaux. Une femme du Nord, ouvrière, syndicaliste, déportée, féministe

Date de parution du livre le 10 octobre 2006 – – Dès son enfance, Martha Desrumaux fut de tous les combats : ouvrière du textile à l’âge de 10 ans, lorsque le travail des enfants était encore chose courante en France. Elle adhère à la CGT dès l’âge de 13 ans ! Son tempérament et sa clairvoyance l’amènent à diriger sa première grève à 20 ans, alors qu’elle ne sait encore ni lire ni écrire. A une époque (lointaine ?) où les femmes en politique font office de curiosité exotique, elle gagne rapidement des responsabilités syndicales à un niveau national, et devient une figure de proue du mouvement ouvrier lors du Front populaire.

Martha Desrumaux fut alors de tous les combats, y compris les plus précurseurs : cette pionnière du féminisme exigea ainsi un salaire égal aux hommes pour les ouvrières, et lutta pour que les femmes puissent obtenir des postes à responsabilités. Son action dans la Résistance lui valut d’être déportée durant la guerre, avant qu’elle ne devienne l’une des premières femmes députées à la Libération.

Aujourd’hui, ce sens de l’engagement, quelle que soit notre condition d’origine, reste on ne peut plus d’actualité et peut toujours nous inspirer. Pierre Outteryck, professeur d’histoire en université, a publié une biographie de cette grande dame aux éditions locales et militantes du Geai Bleu.

Pierre Outteryck

Éditeur : Éditions Le Geai Bleu