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148 – Portrait du jour : Coralie Akiyama, une romancière passionnée par le Japon et l’écriture…

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A propos du site : Criminocorpus propose le premier musée nativement numérique dédié à l’histoire de la justice, des crimes et des peines. Ce musée produit ou accueille des expositions thématiques et des visites de lieux de justice. Ses collections rassemblent une sélection de documents et d’objets constituant des sources particulièrement rares ou peu accessibles pour l’histoire de la justice.

Les repères et les outils proposent des données et des instruments d’exploration complémentaires visant à faciliter les études et les recherches.

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Le blog Criminocorpus est ouvert à un large public au-delà de la seule communauté des chercheurs. Cette rubrique « Portrait du jour » permet de faire connaître d’autres activités croisant l’histoire de la justice à travers le parcours de personne ayant accepté de présenter leur trajectoire professionnelle. On trouvera donc ici des parcours d’historiens, de romanciers , de sociologues, cinéastes, professionnels de la sécurité, etc. Cette rubrique est animée par Philippe Poisson , membre correspondant du CLAMOR et ancien formateur des personnels à l’ENAP. et l’A.P. La publication du portrait du jour est liée aux bonnes volontés de chacun, nous invitons donc les volontaires à prendre contact avec philippepoisson@hotmail.com – Marc Renneville , directeur du Clamor et de Criminocorpus.

Pour son 148ème Portrait du jour la rédaction du carnet criminocorpus reçoit Coralie Akiyama. Passionnée par le Japon et l’écriture. « Féérie pour de vrai  » (éditions Moires  ) est son premier roman.

Diplômée de l’Institut d’études politiques de Lyon, Coralie Akiyama est consultante dans le domaine de la mode. Passionnée par le Japon, elle vit à Tokyo depuis dix ans. Elle écrit pour le quotidien, Senken Shinbun, célèbre dans le milieu de la mode.

Bienvenue Coralie sur le carnet criminocorpus qui accueille les femmes de talent… Ph.P.

De quand date votre désir d’écrire ?

J’ai commencé à écrire et peindre à 16 ans. Ce n’était pas un désir mais un besoin impérieux, vital.

Comment présenteriez-vous votre roman ?

On peut le lire comme un rêve, ou un cauchemar éveillé. L’imaginaire effleure le réel, s’y insinue et l’étreint de façon croissante au fur et à mesure du récit. J’ai peint un univers féérique à l’intérieur duquel des thèmes majeurs de notre époque sont abordés, comme l’éducation, la violence ou la justice. L’action se passe en France, au sein de la petite bourgeoisie de province. Les personnages ont des sensibilités, des opinions différentes mais ressentent un commun malaise par rapport au monde dans lequel ils évoluent. J’ai voulu décrire l’ombre, celle d’un individu, d’une famille et d’une société. Je vois en général la littérature et les autres formes d’art comme l’expression de l’ombre d’une culture.

Comment s’est déroulée l’écriture de votre roman ?

J’ai essayé d’écrire avec le plus de sincérité possible, au plus près du vrai. Le vrai de l’émotion, celui des sens. Jusqu’au dernier moment, je n’étais pas sûre de pouvoir parvenir au point final. Je suis rentrée dans ce monde jusqu’à y perdre pied.

Quelles ont été vos sources d’inspiration pour créer l’univers de Féérie pour de vrai ?

Je me répète souvent cette phrase de Truffaut « la vie a beaucoup plus d’imagination que nous ». Je lui ai emprunté quelques fragments choisis. Mon écriture est aussi marquée par des lectures : Kafka, Céline, des oeuvres comme « L’homme-boîte », « La femme des sables » de Kôbô Abe, « L’écume des jours » de Boris Vian, « Le double » de Dostoïevski, la poésie de Francis Ponge ou de René Char… Je suis également très influencée par le fantastique nippon, sous toutes ses formes : films d’animation, contes, oeuvres sonores et visuelles classiques ou contemporaines. Cela fait dix ans que je vis à Tokyo, le Japon est un pays fascinant qui nourrit l’imagination.

Vos personnages sont épuisants, déjantés. Vous êtes-vous inspiré de personnes réelles ?

Oui, mais la source a peu d’importance pour moi, c’est le personnage qui compte. Le modèle d’un peintre peut être une bourgeoise ou une prostituée, la différence ne se voit pas forcément sur le portrait…

Vous reconnaissez-vous en Célia, votre personnage principal ? Lui avez-vous prêté quelques uns de vos traits biographiques ?

Comme elle je suis sidérée par des coïncidences, des enchaînements de faits. Je ne sais pas si nous avons d’autres points communs.

Avez-vous d’autres projets d’écriture en cours ?

J’ai commencé l’écriture d’un roman à l’esprit kafkaïen sur le Japon. J’y explore des thèmes nouveaux, toujours en mêlant l’intime et le social, le réel et l’imaginaire. Il sera en résonance avec le climat actuel.

 

« Féérie pour de vrai » (Coralie Akiyama)

– Pourquoi ils nous parlent des prostituées, maintenant ? C’est pas ça l’insécurité ! À chaque fois il faut qu’ils nous trouvent quelque chose pour éviter de s’attaquer aux vrais problèmes. Ce n’est pas le problème de la France ! Qu’ils laissent les putes tranquilles !

Stéphane croqua dans son dernier biscuit, nostalgique de l’époque des braquages et des évasions spectaculaires. Il fut un temps où les faits divers le détendaient un peu.

Féérie pour de vrai est le récit d’une époque, la nôtre. Drôle, insensé, viscéral, il évoque la société française des années 2000 et dépeint par le biais du fantastique les turbulences de plusieurs générations. L’action se situe en province, au sein d’une famille de médecins. Célia est thanasiste, elle aide les créatures surnaturelles à mourir ou à résoudre leurs tracas quotidiens. De fil en aiguille, elle va découvrir qu’une famille mafieuse est la source de tous leurs maux et va se retrouver confrontée à son tour au puissant Empire Grenat.

La famille Ladieux rêvait d’être une grande famille. Comme toutes les grandes familles, elle devait engendrer de grands hommes, inscrire son nom dans le marbre ou autre noble pierre – comme il y avait des gens nobles et des gens vulgaires, il y avait de nobles pierres et de vulgaires cailloux – et avoir un destin. Être de ces familles qui s’élèvent, non de celles qui dépérissent. Laisser le déclin aux autres… Les Ladieux étaient médecins de génération en génération. Être spécialiste était de bon ton, généraliste un manque d’ambition, quant aux autres métiers – dentiste, kiné, psychologue dans l’ordre de déchéance – les exercer eût été une hérésie. Leur fille aînée Aurore poursuivait des études à la faculté de droit, elle ambitionnait une brillante carrière d’avocate qui ferait la fierté de tous. Mais leur cadette n’ambitionnait rien. Encore lycéenne, Célia vivotait chez eux sur les hauteurs de la ville de Montfêlé, s’en allait de temps en temps déranger son cousin Alexandre et revenait à n’importe quelle heure. Deux ans que l’interne en médecine l’accueillait quand elle allait mal, acceptait qu’elle passe la nuit chez lui lorsqu’elle fuguait. Stéphane et Sylvie Ladieux lui en étaient redevables. La générosité d’Alexandre était à la hauteur de leur honte, une honte qui demeurait dans le cercle familial mais une honte tout de même. Ils se demandaient pourquoi leur neveu se montrait aussi charitable envers l’adolescente. Pour toute reconnaissance, elle n’offrait qu’un regard de droguée – les Ladieux n’avaient jamais eu l’occasion de voir un drogué de près, mais supposaient qu’un drogué avait ce regard-là – et des yeux hostilement cernés. À l’époque déjà, leur fille ne sortait jamais avec des gens de son âge et n’en éprouvait aucune envie. « Elle est asociale, c’est son droit ! » s’écriait la mère pour la défendre, mais au fond d’elle-même madame Ladieux ne pouvait s’empêcher de trouver ce goût pour la solitude suspect. « Très bien, très bien ! » répliquait Stéphane Ladieux quand il ne savait pas quoi dire, et puisque leur fille était également asociale avec lui, c’était très bien ainsi. Du moment qu’elle n’avait pas de mauvaises fréquentations… Mais que faisait-elle de ses journées, en permanence cloîtrée dans sa chambre ? Comment s’occupait-elle, elle qui séchait régulièrement les cours et n’avait pas eu la moyenne à son bac blanc de français ? Un insolent mystère auréolait cette attardée. Oui, « attardée ». Les Ladieux pesaient leurs mots… Féérie pour de vrai, Coralie Akiyama, février 2019.

 

Diplômée de l’Institut d’études politiques de Lyon, Coralie Akiyama (1984) est consultante dans le domaine de la mode. Passionnée par le Japon, elle vit à Tokyo depuis dix ans. Elle écrit pour le quotidien, Senken Shinbun, célèbre dans le milieu de la mode. Féérie pour de vrai est son premier roman

Collection Lachésis
Roman fantastique

Les éditions Moires publient des textes d’auteurs contemporains dont la singularité littéraire et esthétique suscite la curiosité, l’imaginaire, la créativité. L’idée est de traverser les époques, découvrir de nouveaux espaces, de nouvelles formes, de nouvelles pensées, avec quatre collections… Les éditions Moires

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