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71 – Portrait du jour : Anne Carol, professeure des universités, historienne du corps, du cadavre et de la médecine

Le carnet de l’histoire de la justice, des crimes et des … développe la rubrique Portrait du jour – Criminocorpus et ouvre ses pages aux fidèles lecteurs du site.

Comme un bonheur n’arrive jamais seul, la rédaction du blog d’informations de Criminocorpus pour son soixante onzième Portrait du jour reçoit l’historienne Anne Carol,  historienne du corps, du cadavre et de la médecine

« Fille de petits employés pas intellectuels mais qui cultivent des idées de gauche, Anne Carol grandit en banlieue parisienne. Elle obtient Normale sup, passe l’agrégation d’histoire puis devient professeure à l’université d’Aix-en-Provence. Depuis plus de trente ans, elle effectue des recherches sur l’histoire du corps, du cadavre et de la médecine.

Le corps, c’est important. C’est la raison pour laquelle Anne Carol pratique intensivement la course, marche ou fait de la gym quotidiennement. Elle habite Aix-en-Provence mais elle s’aère auprès d’une ferme du Puy-de-Dôme qu’elle retape parce qu’elle aime les choses et les lieux qui ont une histoire. Dans sa bibliothèque qui se remplit à mesure qu’elle fréquente les vide-greniers se découvrent des romans policiers de Joe R. Lansdale , Robert B. Parker ou encore Dennis Lehane . Elle entame une correspondance avec Lansdale initiée par la mort de Parker, qu’elle qualifie elle-même comme le summum de sa vie peoplek-libre – auteur – Anne Carol

Anne est historienne. Professeure d’histoire contemporaine à l’université d’Aix-Marseille I et membre de l’Institut universitaire de France, elle a notamment publié Histoire de l’eugénisme en France. Les médecins et la procréation, XIXe-XXe siècle (Seuil, 1995), Les Médecins et la mort, XIXe-XXe siècle (Aubier, 2004, Prix de la Société française d’histoire de la médecine) et Physiologie de la veuveUne histoire médicale de la guillotine (Champ Vallon, 2012). Elle co-anime un séminaire sur l’histoire du corps à l’EHESS et participe à la monumentale Histoire des émotions (Seuil) sous la direction d’Alain Corbin. Dernier livre publié Au pied de l’échafaud – Une histoire sensible de l’exécution …

Ce livre fait partie de la sélection des meilleurs livres d’idées et de savoirs 2018 de la revue IDÉES et des Influences.

Lire Anne Carol c’est le plaisir d’un jour mais un plaisir toujours !

Bienvenue Anne dans le cercle très prisé du Carnet de l’histoire de la justice, des crimes ,  le seul site qui décoiffe en période caniculaire ! »  Ph.P.

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« D’accord, l’ambrotype d’Anne Carol fait un peu peur : normal, quand on travaille depuis 25 ans sur des sujets comme la mort, les cimetières, les usages du cadavre, la guillotine et qu’on collectionne les photographies mortuaires. Des sujets pas très glamour, mais qui nous concernent tous : nous mourrons bien, un jour ou l’autre…

Anne Carol est pour l’instant bien vivante : elle est professeur d’histoire contemporaine à l’Université d’Aix-Marseille. Elle a d’abord fait une thèse d’histoire sur les médecins français et l’eugénisme, commencée avec Jacques Léonard (†1988), et terminée avec Alain Corbin (Histoire de l’eugénisme en France, Seuil, 1995). Mais cette histoire essentiellement intellectuelle l’avait laissée sur sa faim, et elle a voulu poursuivre en travaillant sur les pratiques médicales. L’euthanasie, rencontrée lors de sa thèse, en était une, et l’envie lui est venue de faire l’histoire de la médicalisation de la mort depuis le XIXe siècle, du pronostic fatal jusqu’à la tombe ou l’amphithéâtre (Les médecins et la mort : XIXe – XXe siècle , Aubier, 2004). Ce faisant, elle a fait trois rencontres : celle du corps, dont l’histoire était alors à la mode –sous sa forme vivante, toutefois ; celle de la question de la frontière entre la vie et la mort et de la mort apparente, une des phobies du XIXe siècle ; celle d’un autre historien aixois, élève de Michel Vovelle avec qui elle a entrepris une collaboration au long cours.

De cette dernière amitié, un projet de recherche est né, sur l’histoire du corps mort, de ses usages et de son statut depuis la fin de l’époque moderne, qui a donné lieu à des publications collectives : sur l’exécution capitale (R. Bertrand, A. Carol, L’exécution capitale, une mort donnée en spectacle, PUP, 2003), sur le cadavre dans l’art (A. Carol, I. Renaudet, La mort à l’œuvre, PUP, 2013), sur les cimetières modernes (R. Bertrand, A. Carol, Aux origines des cimetières contemporains, PUP, 2016); d’autres devraient suivre bientôt, sur le cadavre et la modernité, sur les figures de l’anomie mortuaire.

Travailler sur l’énorme masse documentaire qui touche à la mort apparente oblige, à un moment où à un autre, à se confronter à l’hypothèse de la survie des décapités, soutenue dès le XVIIIe siècle et que la guillotine propulse dans l’actualité. Comment admettre en effet qu’un corps plein de vie peut se trouver si totalement mort en une fraction de seconde, alors qu’au même moment la science enseigne que la mort est un processus ? A la lumière de ses recherches sur l’investissement médical de la mort, Anne Carol a donc entrepris de reprendre l’histoire de la conception de la guillotine par le docteur Guillotin et le chirurgien Louis, puis des usages des cadavres de guillotinés par la science expérimentale, des expériences de galvanisation de la fin du XVIIIe siècle et du début du XIXe siècle aux tentatives de transfusion menées dans les années 1880. La survie possible des têtes coupées a nourri par ailleurs tout un imaginaire de l’expérience impossible de l’après-mort, qui ne peut se dissocier de l’explosion parallèle des récits d’enterrés vifs. Le livre tiré de ces recherches, Physiologie de la Veuve – Une histoire médicale de la guillotine (Champ Vallon, 2012) a reçu le prix Mauvais genre France Culture &Nouvel Obs.

Après un intermède voué à tracer une histoire totale (technique, économique, sociale, culturelle et sensible) de l’embaumement au XIXe siècle (L’embaumement, une passion romantique, Champ Vallon, 2015) Anne Carol est revenue à la guillotine, dont l’ombre, dit-elle, plane inévitablement sur tous ceux qui travaillent sur le XIXe siècle (Au pied de l’échafaud – Une histoire sensible de l’exécution). Le point de départ a été la découverte d’une source magistrale : les rapports envoyés par les procureurs au garde des Sceaux sur les exécutions capitales, conservés dans les 120 et quelques cartons de la série BB/24/2000à 2122 des Archives nationales , complétés du dossier Ba 887 des archives de la Préfecture de Police. Quoi qu’administrative, la source se révélait d’une grande richesse de notations précises sur le comportement corporel du condamné, ses gestes, et la façon dont il trahissait ou non ses émotions. En outre, la série longue des rapports, des années 1830 à la première guerre mondiale, permettait de dépasser le récit convenu des exécutions dans la presse, plutôt parisien et fin de siècle.

« L’exécution capitale est à la fois un geste d’une grande violence, puisqu’il s’agit de couper un homme en deux, mais qui doit être en apparence dénué de brutalité, puisque la justice punit sans passion. J’ai voulu, dans un premier temps, déconstruire ce mirage et simplement restituer la dimension concrète, corporelle, faire sentir la durée, la pénibilité de ces exécutions qui durent encore des heures au début du siècle, pour le condamné comme pour les autres protagonistes de l’exécution : aumônier, gardiens, bourreaux… Chemin faisant, je me suis rendu compte qu’un des enjeux majeurs de l’exécution, de sa réussite ou de son échec, était de réussir à gérer les émotions d’une intensité inouïe qu’elle fait naître chez tous ceux qui y participent ; et qu’une part importante des techniques, des routines, voire des rituels solennels mis en œuvre poursuivait ce but ; j’ai donc articulé mon travail autour de cette question des émotions et du corps. Cela m’a permis aussi de restituer une place et un rôle actif au condamné dans son exécution, soit qu’il adhère au modèle de bonne mort qu’on lui propose, soit qu’il invente sa propre mise en scène et subvertisse la cérémonie. En définitive, je fais l’hypothèse que c’est peut-être en réduisant progressivement la mise à mort à une course contre la montre pour fermer le champ à tout émotion et interdire l’expression de toute subjectivité qu’on a fini,paradoxalement, par la rendre insupportable à ceux qui la mettaient en œuvre, tant sa violence ainsi dénudée était éclatante ».

Anne Carol ne s’intéresse pas qu’à la mort : elle travaille aussi sur les monstres, la masturbation, les opérations chirurgicale borderline, les affaires de castration, la virilité, toutes choses où le corps est en jeu, notamment sous le regard ou le scalpel des médecins. Elle revendique une histoire du corps et de la médecine plus façon Jacques Léonard que Michel Foucault, plus proche des archives et attentive aux « bricolages » du réel que des concepts et des dispositifs. Des projets ? Une histoire des tribulations du corps de Gambetta, l’exploitation des carnets de visite d’un médecin provençal, un panorama de l’économie de la mort au XIXe siècle, une histoire de l’éthique chirurgicale, et, qui sait, une série de polars gothiques auquel la matière historique ne manquera pas ! »

Anne Carol : biographie, actualités et émissions France Culture

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