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Solange s’engage dans la Résistance

Solange s'engage dans la Résistance

Parution du livre le 9 septembre 2015 – Écoute ça ! Écoute ça !

Son ami la tire rapidement vers la radio qu’il a emportée dans ses bagages et qu’il a réussi à brancher. Solange tend l’oreille. Du poste lui parvient une voix nasillarde et lointaine qu’elle ne reconnaît pas.

«Nous pourrons vaincre dans l’avenir par une force mécanique supérieure. Le destin du monde est là. Moi, Général de Gaulle, actuellement à Londres, j’invite les officiers et les soldats français qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient à s’y trouver, avec leurs armes ou sans leurs armes, j’invite les ingénieurs et les ouvriers spécialistes des industries d’armement qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient à s’y trouver, à se mettre en rapport avec moi. Quoi qu’il arrive, la flamme de la Résistance française ne doit pas s’éteindre et ne s’éteindra pas».

C’est la première fois que Solange entend la voix et le nom du général de Gaulle.

Antoine Louvard est né au Mans en 1989. Après des études d’histoire à l’Université du Maine, il est reçu au Centre de Formation des Journalistes de Paris.

Il collabore régulièrement aux pages «Culture-Idées» de l’hebdomadaire Marianne, et est également cofondateur et rédacteur du site Verbatim. Il prépare son premier recueil de nouvelles qui doit paraître chez Portaparole.

Extrait du livre :

“D’interminables cortèges qui serpentent lentement à perte de vue. Des voitures si chargées qu’elles n’avancent qu’en cahotant. De lourdes charrettes, tirées ou poussées, qui croulent sous les sacs et les bagages. Des hommes, des femmes et des enfants qui marchent tristement, pas après pas, mètre après mètre, et emportent avec eux l’essentiel, encombrés de leurs vies soudainement réduites au strict nécessaire.

En ce mois de juin 1940, le long des routes de France, ce sont partout les mêmes scènes. Sur les chemins de l’exode se pressent Hollandais, Belges, Nordistes, Parisiens. Tous fuient devant l’avancée des troupes du IIIe Reich, victimes pathétiques d’une débâcle militaire, silhouettes anonymes d’un désastre national, protagonistes malgré eux du drame d’un pays qui s’effondre, d’une voix qui se tait, d’une gloire qui s’éteint. Chacun d’eux sent peser sur ses épaules l’angoissante épreuve de la défaite. Et le soleil écrasant de l’été qui s’annonce finit de les accabler, contrastant violemment avec leurs visages fermés qui portent les stigmates de la fatigue et de l’inquiétude.

Comme nombre d’entre eux, c’est à bicyclette que Solange chemine en direction de Poitiers. Ses longues boucles châtain flottent au vent, tandis que ses grands yeux pers, où brillent une curiosité et une vitalité propres à son jeune âge, balaient la foule. Michel Gadois, son ami et son complice depuis toujours, est à ses côtés. Il a le visage rond, presque poupin, et la bouche aux lèvres encore toute chargées d’enfance des jeunes garçons pas encore tout à fait entrés dans l’âge adulte. Ils n’ont pas quarante ans à eux deux et ont quitté Le Mans quelques jours plus tôt, avant l’entrée des premiers side-cars et des premiers tanks de la Wehrmacht dans la ville.

Tous deux encadrent comme une escorte la voiture familiale conduite par Albert Dubuisson, le père de Solange, directeur départemental du service des anciens combattants, qui a été chargé de mettre ses archives à l’abri des mains ennemies. À l’intérieur, entre les cartons remplis de dossiers qui s’entassent sur les banquettes, les visages anxieux de Marguerite et Georges, la mère et le grand frère de Solange.

Comme leurs compagnons d’exode, le petit groupe se dirige vers Bordeaux où s’est réfugié le gouvernement de la France, en empruntant la route de Tours et de Poitiers ; ensemble, ils font de temps à autre escale dans des fermes isolées, dorment ici ou là, à la belle étoile et sur les bords des chemins, l’esprit désolé et ressassant sans repos les conséquences de l’Occupation qui commence.

Soudain, aux abords de Poitiers, ils reconnaissent, comme une menace qui fond sur eux, les sirènes stridentes des Stukas allemands. Les populations, démunies, se jettent dans les fossés et à plat ventre sur la route. En quelques secondes, les avions sont juste au-dessus du cortège, et les mitraillettes crépitent, semant la mort au hasard.”

Auteur : Antoine Louvard

Préface : Solange Alexandre | Alain Riffaud

Genre : Biographies, mémoires, correspondances…

Éditeur : Portaparole, Rome, Italie