Le journal de Julia (Simone Gélin)

Le-Journal-de-Julia (1)

Des les premières pages ce roman nous happe, avec Julia nous passons par toute une palette de sentiments qui vont de l’amour à la haine, de la joie au désespoir. C’est captivant . Simone Gélin nous offre avec ce texte un très bon moment de lecture.

Parution du livre le 21 mai 2013 – En 2003, à bord d’un cabriolet Alfa Romeo des années 1970, Nino et son grand-père Emilio, un immigré espagnol ayant combattu le régime franquiste, sillonnent la France du Pays basque aux routes de Provence. Ils sont décidés à rendre justice à leur manière.

Le journal de Julia, la mère de Nino, accompagne leur voyage. Avant de mourir de chagrin, Julia y avait relaté les événements dramatiques qui ont foudroyé sa passion pour Lucio, le père de Nino, et brisé sa vie. Accusé par erreur du meurtre d’une fillette, condamné par une justice hâtive, Lucio a été condamné à mort et guillotiné.

Vingt-sept ans plus tard, peut-on demander des comptes à la justice ? Jusqu’où le grand-père et le petit-fils peuvent-ils aller ? Quelle réparation peuvent-ils en attendre ?

Un roman d’amour et de haine où se mêlent action et émotion.

Éditeur Anne Carriere Eds

____________________________________________________________________________________________

J’aime échafauder méthodiquement une intrigue, partir de plusieurs endroits, comme des points éloignés qui vont converger au fil des pages, livrer un à un les indices, les vrais, les faux, tisser lentement la toile. Prévoir une fin qui doit surprendre tout en étant l’aboutissement d’une suite de déductions implacables … »

Le Carnet de l’histoire de la justice, des crimes et des …développe la rubrique Portrait du jour – Criminocorpus  et ouvre ses pages aux fidèles lecteurs du site.

Ce soir pour son vingt huitième Portrait du jour – Criminocorpus nous accueillons Simone Gelin, auteure de polars.

Après une carrière dans l’enseignement, Simone Gélin se consacre à l’écriture de romans dont le cadre privilégié est Bordeaux et le bassin d’Arcachon, où elle vit et puise son inspiration.

Ses écrits ont reçu plusieurs récompenses : Prix de la nouvelle au salon du livre de Hossegor en 2012, et au Festival Paris Polar en 2016 ; Prix Augiéras en 2014 à Périgueux et prix du jury au salon de Saint‐Estèphe pour le roman Le Journal de Julia. En 2017 elle obtient le Prix de l’Embouchure au festival international de littérature policière Toulouse Polars du Sud pour L’affaire Jane de Boy. En 2018 elle publie dans la collection Du Noir au Sud son cinquième roman : « Sous les pavés, la jungle » de Simone Gélin.

Que du bonheur madame pour le carnet d’afficher votre portrait du jour. Très cordialement. Ph.P.

« Pourquoi écrivez-vous des romans policiers ou romans noirs ? Quand je suis interviewée, ou que je rencontre des lecteurs, je n’échappe jamais à la question. Ce n’est pas une question anodine. Y aurait-il derrière ce choix quelque chose de trouble ou de malsain attisant la curiosité ?

J’ai décidé d’éclaircir mes motivations.

Au départ, je n’avais pas de connaissances particulières du milieu policier et je ne fréquentais pas non plus des bandits ou des criminels.

Alors, pourquoi avoir choisi ce genre pour m’exprimer ? Dans quel but ?

Je ne lis pas que des polars, mais j’aime les romans sociologiques, dont les grands romans noirs américains, qui nous dépeignent le vingtième siècle à travers les États-Unis. Pour moi, le roman policier ou roman noir est donc un formidable support pour parler du monde d’aujourd’hui.

J’ai le goût de l’authenticité et j’ai besoin de réalisme. J’aime inscrire mes personnages dans une actualité fidèle et précise. J’adore associer fiction et vérité.

Avec : Sous les pavés la jungle et La fille du port de la lune, j’ai abordé des sujets sociétaux.

Avec : Le Journal de Julia et L’affaire Jane de Boy , je me suis passionnée pour des thèmes historiques et juridiques.

Par ailleurs, j’aime l’univers hitchcockien pour ce qui est du suspens et de l’étude psychologique des personnages. La structure logique de la trame criminelle m’attirait au départ comme architecture pour bâtir un roman.

J’aime échafauder méthodiquement une intrigue, partir de plusieurs endroits, comme des points éloignés qui vont converger au fil des pages, livrer un à un les indices, les vrais, les faux, tisser lentement la toile. Prévoir une fin qui doit surprendre tout en étant l’aboutissement d’une suite de déductions implacables.

Mais je n’avais fait là qu’évoquer la question de mise en œuvre, et pas répondu à l’interrogation sur ma motivation profonde.

Je n’aime pas tuer et je n’affectionne pas non plus les descriptions de violences, de scènes macabres ou de tortures. »

Pourtant j’ai pris le parti de m’intéresser au crime, au cancer de la société, au mal.

J’avais envie moi aussi d’explorer cette noirceur.

Je ressentais le désir de descendre dans les bas-fonds de l’âme humaine.

Pourquoi ?

Je voulais plonger dans le chaudron des émotions intenses et des passions humaines.

J’ai fait alors en toute modestie un parallèle entre la démarche des peintres du noir, Rembrandt, Renoir, Soulage et ce que j’essaie humblement de faire : peindre le noir pour capturer la lumière.

Je considère le noir comme une vraie couleur, avec ses nuances et sa propre lumière.

Alors, décrire la noirceur du monde et des êtres, c’est pour moi fouiller le mal, oui, mais pour y déceler la part d’humanité qui s’y cache ».

Simone Gélin

Le journal de Julia (Simone Gélin)

Des les premières pages ce roman nous happe, avec Julia nous passons par toute une palette de sentiments qui vont de l’amour à la haine, de la joie au désespoir. C’est captivant . Simone Gélin nous offre avec ce texte un très bon moment de lecture.

Parution du livre le 21 mai 2013 – En 2003, à bord d’un cabriolet Alfa Romeo des années 1970, Nino et son grand-père Emilio, un immigré espagnol ayant combattu le régime franquiste, sillonnent la France du Pays basque aux routes de Provence. Ils sont décidés à rendre justice à leur manière.

Le journal de Julia, la mère de Nino, accompagne leur voyage. Avant de mourir de chagrin, Julia y avait relaté les événements dramatiques qui ont foudroyé sa passion pour Lucio, le père de Nino, et brisé sa vie. Accusé par erreur du meurtre d’une fillette, condamné par une justice hâtive, Lucio a été condamné à mort et guillotiné.

Vingt-sept ans plus tard, peut-on demander des comptes à la justice ? Jusqu’où le grand-père et le petit-fils peuvent-ils aller ? Quelle réparation peuvent-ils en attendre ?

Un roman d’amour et de haine où se mêlent action et émotion.

Éditeur Anne Carriere Eds

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J’aime échafauder méthodiquement une intrigue, partir de plusieurs endroits, comme des points éloignés qui vont converger au fil des pages, livrer un à un les indices, les vrais, les faux, tisser lentement la toile. Prévoir une fin qui doit surprendre tout en étant l’aboutissement d’une suite de déductions implacables … »

Le Carnet de l’histoire de la justice, des crimes et des …développe la rubrique Portrait du jour – Criminocorpus  et ouvre ses pages aux fidèles lecteurs du site.

Ce soir pour son vingt huitième Portrait du jour – Criminocorpus nous accueillons Simone Gelin, auteure de polars.

Après une carrière dans l’enseignement, Simone Gélin se consacre à l’écriture de romans dont le cadre privilégié est Bordeaux et le bassin d’Arcachon, où elle vit et puise son inspiration.

Ses écrits ont reçu plusieurs récompenses : Prix de la nouvelle au salon du livre de Hossegor en 2012, et au Festival Paris Polar en 2016 ; Prix Augiéras en 2014 à Périgueux et prix du jury au salon de Saint‐Estèphe pour le roman Le Journal de Julia. En 2017 elle obtient le Prix de l’Embouchure au festival international de littérature policière Toulouse Polars du Sud pour L’affaire Jane de Boy. En 2018 elle publie dans la collection Du Noir au Sud son cinquième roman : « Sous les pavés, la jungle » de Simone Gélin.

Que du bonheur madame pour le carnet d’afficher votre portrait du jour. Très cordialement. Ph.P.

« Pourquoi écrivez-vous des romans policiers ou romans noirs ? Quand je suis interviewée, ou que je rencontre des lecteurs, je n’échappe jamais à la question. Ce n’est pas une question anodine. Y aurait-il derrière ce choix quelque chose de trouble ou de malsain attisant la curiosité ?

J’ai décidé d’éclaircir mes motivations.

Au départ, je n’avais pas de connaissances particulières du milieu policier et je ne fréquentais pas non plus des bandits ou des criminels.

Alors, pourquoi avoir choisi ce genre pour m’exprimer ? Dans quel but ?

Je ne lis pas que des polars, mais j’aime les romans sociologiques, dont les grands romans noirs américains, qui nous dépeignent le vingtième siècle à travers les États-Unis. Pour moi, le roman policier ou roman noir est donc un formidable support pour parler du monde d’aujourd’hui.

J’ai le goût de l’authenticité et j’ai besoin de réalisme. J’aime inscrire mes personnages dans une actualité fidèle et précise. J’adore associer fiction et vérité.

Avec : Sous les pavés la jungle et La fille du port de la lune, j’ai abordé des sujets sociétaux.

Avec : Le Journal de Julia et L’affaire Jane de Boy , je me suis passionnée pour des thèmes historiques et juridiques.

Par ailleurs, j’aime l’univers hitchcockien pour ce qui est du suspens et de l’étude psychologique des personnages. La structure logique de la trame criminelle m’attirait au départ comme architecture pour bâtir un roman.

J’aime échafauder méthodiquement une intrigue, partir de plusieurs endroits, comme des points éloignés qui vont converger au fil des pages, livrer un à un les indices, les vrais, les faux, tisser lentement la toile. Prévoir une fin qui doit surprendre tout en étant l’aboutissement d’une suite de déductions implacables.

Mais je n’avais fait là qu’évoquer la question de mise en œuvre, et pas répondu à l’interrogation sur ma motivation profonde.

Je n’aime pas tuer et je n’affectionne pas non plus les descriptions de violences, de scènes macabres ou de tortures. »

Pourtant j’ai pris le parti de m’intéresser au crime, au cancer de la société, au mal.

J’avais envie moi aussi d’explorer cette noirceur.

Je ressentais le désir de descendre dans les bas-fonds de l’âme humaine.

Pourquoi ?

Je voulais plonger dans le chaudron des émotions intenses et des passions humaines.

J’ai fait alors en toute modestie un parallèle entre la démarche des peintres du noir, Rembrandt, Renoir, Soulage et ce que j’essaie humblement de faire : peindre le noir pour capturer la lumière.

Je considère le noir comme une vraie couleur, avec ses nuances et sa propre lumière.

Alors, décrire la noirceur du monde et des êtres, c’est pour moi fouiller le mal, oui, mais pour y déceler la part d’humanité qui s’y cache ».

Simone Gélin

Les différentes facettes de l’épuration après-guerre

Une analyse historique de l’épuration des collaborateurs en France de la Seconde Guerre mondiale à nos jours.

Les Françaises, les Français et l’épuration est un ouvrage très attendu sur cette période troublée de la fin de la guerre. Depuis la thèse de Peter Novick en 1968 (L’épuration française, 1944-1949, traduit en Français en 1985), il n’y avait pas eu de travaux de synthèse sur cette question épineuse. De nombreux historiens comme François Rouquet et Fabrice Virgili ont travaillé sur certains aspects précis de l’épuration, respectivement celle de l’administration et la tonte des femmes. D’autres comme Luc Capdevila, à propos des Bretons à la Libération, ont mené des recherches régionales sur la période. Les Françaises, les Français et l’épuration vient donc combler ce vide historiographique en proposant une synthèse complète sur le sujet, se permettant même de sortir du cadre national, afin de proposer au lecteur une approche comparatiste très bien venue, avec d’autres pays européens ou dans le cadre de l’Empire colonial français.

F. Rouquet et F. Virgili ont souhaité montrer le phénomène épuratoire dans toutes ses dimensions et sur différents espaces, pour mieux en saisir l’ampleur. Ils ont choisi de faire une « histoire par le bas », pour comprendre tous les enjeux et d’éviter de faire des grands procès Pétain et Laval de 1945 « les arbres qui cachent la forêt ». En effet, il n’y a pas eu une mais des épurations : Les Françaises, les Français et l’épuration bat donc en brèche cette idée reçue, tout comme d’ailleurs les stéréotypes sur « l’épuration sauvage » (Philippe Bourdrel) et son caractère spontané, ou l’idée qu’il y a eu, en 1944-1945, une guerre civile en France …

 sur le site de Non fiction le 2 juillet 2018  pour en savoir plus.

Trois «affaires classées» éclairent le pouvoir des femmes au Moyen Age

Entrées dans la sphère du pouvoir politique, trois femmes accusées d’adultère eurent la tête tranchée : leur infidélité était devenue une atteinte à la souveraineté détenue par le couple seigneurial.

Cold cases : ainsi Élisabeth Crouzet-Pavan et Jean-Claude Maire Vigueur désignent-ils les exécutions de trois femmes, épouses de trois des plus puissants seigneurs d’Italie au tournant des xive et xve siècles. Les malheureuses furent accusées d’adultère et eurent la tête tranchée. Certes, le nom des commanditaires de ces assassinats est tout aussi connu que le mode opératoire : Francesco Gonzague, seigneur de Mantoue, convoqua un tribunal d’exception afin que la peine de mort fût prononcée contre Agnese en 1391 ; Filippo Maria Visconti, duc de Milan, fit soumettre à la question et condamner Beatrice par un juge en 1418 ; Niccolò d’Este, marquis de Ferrare, ordonna lui-même la décollation de Parisina et de son amant, le propre fils du seigneur, en 1425.

Cold cases pourtant, car ces exécutions s’étaient évanouies dans la nuit historiographique jusqu’à ce que Élisabeth Crouzet-Pavan et Jean-Claude Maire Vigueur, spécialistes de l’Italie de la fin du Moyen Âge et de la Renaissance, exhument le dossier ou, pour le mieux dire, créent le dossier en associant les trois cas. Outre son resserrement chronologique (moins de quarante ans) et spatial (l’Italie du Nord et ses cours), cette séquence se distingue par plusieurs étrangetés qui, jusqu’à présent, avaient échappé à l’attention. Décelées par É. Crouzet-Pavan et J.-C. Maire Vigueur, elles les ont poussés à mener l’enquête dans les archives de Ferrare et de Mantoue, de Modène et de Venise. Pourquoi les seigneurs choisirent-ils tous trois de rendre public ce qui les exposait à l’infamie ? Pourquoi sanctionnèrent-ils ainsi un adultère quand aucune législation du temps ne prévoyait une telle extrémité, et quand bien d’autres moyens permettaient de régler ce délicat problème d’honneur ? …

Jean-Baptiste DELZANT sur le site de Non fiction pour en savoir plus

 

Portrait du jour : Lydie Herbelot et Dominique Fey, auteur(e)s du remarquable Clairvaux. Vies emmurées au XIXe siècle

« Dès lors, depuis près de 10 ans, nous « épluchons » les archives de la prison auboise afin de permettre au plus grand nombre de connaître un peu mieux l’histoire de cette maison centrale. Et c’est d’abord la naissance et l’évolution de ce qui va devenir la plus grande prison de France que nous avons racontées dans Clairvaux, vies emmurées au XIXe siècle (TheBookEdition, 2013, Lille), monographie qui a fait l’objet d’une très flatteuse recension de Jean-Lucien Sanchez, sur le formidable site de Criminocorpus. » – Portrait du jour : L’historien Jean-Lucien Sanchez, auteur du …

Le Carnet de l’histoire de la justice, des crimes et des …développe la rubrique Portrait du jour – Criminocorpus  et ouvre ses pages aux fidèles lecteurs du site.

Aujourd’hui pour son vingt neuvième Portrait du jour – Criminocorpus  nous accueillons deux fidèles ami(e)s du site criminocorpus,  Lydie Herbelot et Dominique Fey, auteur(e)s du remarquable Clairvaux. Vies emmurées au XIXe siècle.

Tous deux enseignants, passionnés d’Histoire et de criminalité, ils ont consacré un premier travail d’archives à divers Crimes et Châtiments dans l’Aube (Éditions Guéniot) en 2008 … et tombés  alors sous le charme mystérieux et austère de l’abbaye de Clairvaux, ils ont eu eu envie de s’ intéresser à son histoire carcérale  au XIXe siècle… pour le grand bonheur des lecteurs du Carnet de l’histoire de la justice, des crimes et des …

 Merci à vous Lydie et Dominique. Très cordialement – Ph.P.

thumbnail_Photo salon du livre

« Merci, cher Philippe, de nous offrir cet espace pour évoquer, non pas seulement un couple de « chercheurs » somme toute fort banal, mais surtout une passion pour l’écrit et singulièrement pour l’Histoire. Toutefois, pour ne pas déroger aux règles élémentaires du portrait, voici quelques éléments de nos parcours respectifs qui mêlent l’individuel et le collectif.

Pour Lydie, des études de Lettres modernes à Reims – et notamment un mémoire sur Roger Vailland, journaliste et romancier injustement oublié aujourd’hui. Puis une carrière de professeure de Lettres – toujours d’actualité ! – et il y a peu, une année sabbatique consacrée à l’obtention d’une licence d’Histoire de l’Art (Université Lille III), indice d’un réel engouement pour cette autre discipline également. Et comme j’enseigne au lycée Camille Claudel de Troyes, j’associe les plaisirs, car je suis résolument fan de cette artiste dont je ne me lasse pas de voir les œuvres toutes proches, au musée très récemment rénové de Nogent-sur-Seine qui lui est consacré. Et au milieu de tout cela, les travaux historiques très stimulants menés conjointement avec Dominique.

Pour Dominique, justement, des études d’Histoire à Dijon et notamment un DEA consacré à l’infanticide et aux abandons d’enfants au XVIIIe siècle, sous la direction de Benoît Garnot. Enseignant aujourd’hui en lycée professionnel à Troyes, il n’en a pas oublié pour autant cette passion pour l’histoire de la criminalité : c’est à l’occasion de ses visites régulières aux archives locales qu’une première recherche commune a vu le jour. Dédiée à quatre affaires criminelles du département de l’Aube, elle explore en particulier celle du fameux Claude Gueux, si bien mise en scène par Victor Hugo dans son bref roman de 1834 et qui se déroule à Clairvaux. C’est ainsi, précisément, que le « projet Clairvaux » est né, après une première visite de l’ancienne abbaye qui a agi sur nous comme un catalyseur, suite au « choc » ressenti.

Dès lors, depuis près de 10 ans, nous « épluchons » les archives de la prison auboise afin de permettre au plus grand nombre de connaître un peu mieux l’histoire de cette maison centrale. Et c’est d’abord la naissance et l’évolution de ce qui va devenir la plus grande prison de France que nous avons racontées dans Clairvaux, vies emmurées au XIXe siècle (TheBookEdition, 2013, Lille), monographie qui a fait l’objet d’une très flatteuse recension de Jean-Lucien Sanchez, sur le formidable site de Criminocorpus.

Et comme nos nombreuses visites dans ce lieu si particulier n’ont jamais cessé de provoquer en nous ce petit frisson que procurent les sites pleins d’âme(s), cela a renforcé notre envie de poursuivre le travail entamé pour le XIXe siècle. C’est ainsi que très prochainement, à la fin de l’année sans doute, paraîtra ce qui sera vraisemblablement notre dernier apport à la connaissance de cette prison, dont on sait à présent qu’elle fermera ses portes en 2022. Ce livre intitulé Clairvaux en guerre aborde une fort sombre période de l’histoire de France, celle des années noires, considérées un peu plus largement en réalité puisque la chronologie adoptée part de l’année 1937 – date à laquelle des espions à la solde de l’Allemagne se trouvent incarcérés dans la vieille abbaye – pour s’achever en 1953 : c’est l’année de l’élargissement de presque tous les condamnés de l’épuration, en grand nombre à Clairvaux à partir de la fin de la guerre, parmi lesquels se trouvent les Maurras, Vallat, Cousteau et tant d’autres !

Pour terminer ce portrait, qu’il nous soit permis de déplorer la disparition programmée de la plus ancienne maison centrale française encore en activité, mais surtout l’absence de réelles perspectives quant à l’avenir d’un lieu de mémoire qui mérite à coup sûr une valorisation nationale. Avec la fermeture de la prison de Clairvaux, ce sont 900 ans d’histoire conventuelle (1115-1789) et carcérale (1808-2022 ?) qui sont en danger d’extinction. C’est aussi un drame social dans une région presque sinistrée, où le départ de dizaines de surveillants et de leur famille porte déjà un coup très dur à une économie locale exsangue. Certains rappelleront peut-être que les relations entre la prison et la population locale n’ont pas toujours été idylliques, mais les histoires passionnelles ne sont-elles pas toujours constituées, de facto, de hauts et de bas ? De notre côté, nous formons des vœux pour qu’un effort conséquent soit mené par les autorités politiques pour conserver et valoriser un tel joyau. Il n’en va pas seulement de l’avenir d’un petit coin de la campagne française, mais bel et bien de toute une histoire carcérale qu’il convient de préserver. »

Jean-Lucien Sanchez, « Dominique FEY et Lydie HERBELOT, Clairvaux. Vies emmurées au XIXe siècle », Criminocorpus [En ligne], 2015, mis en ligne le 13 février 2015 Dominique Fey et Lydie Herbelot, Clairvaux. Vies … – Revues.org

Dominique Fey et Lydie Herbelot, « Les dérives d’un système : Le scandale de Clairvaux en 1847 », Criminocorpus [En ligne], Varia, mis en ligne le 05 décembre 2014 Les dérives d’un système : Le scandale de … – Revues.org – OpenEdition

Lydie Herbelot, l’histoire architecturale du site carcéral : Les métamorphoses de Clairvaux (Lydie Herbelot) – Criminocorpus

Portrait du jour : Simone Gelin, auteure de polars

« Par ailleurs, j’aime l’univers hitchcockien pour ce qui est du suspens et de l’étude psychologique des personnages. La structure logique de la trame criminelle m’attirait au départ comme architecture pour bâtir un roman.

J’aime échafauder méthodiquement une intrigue, partir de plusieurs endroits, comme des points éloignés qui vont converger au fil des pages, livrer un à un les indices, les vrais, les faux, tisser lentement la toile. Prévoir une fin qui doit surprendre tout en étant l’aboutissement d’une suite de déductions implacables … »

Le Carnet de l’histoire de la justice, des crimes et des …développe la rubrique Portrait du jour – Criminocorpus  et ouvre ses pages aux fidèles lecteurs du site.

Ce soir pour son vingt huitième Portrait du jour – Criminocorpus nous accueillons Simone Gelin, auteure de polars.

Après une carrière dans l’enseignement, Simone Gélin se consacre à l’écriture de romans dont le cadre privilégié est Bordeaux et le bassin d’Arcachon, où elle vit et puise son inspiration.

Ses écrits ont reçu plusieurs récompenses : Prix de la nouvelle au salon du livre de Hossegor en 2012, et au Festival Paris Polar en 2016 ; Prix Augiéras en 2014 à Périgueux et prix du jury au salon de Saint‐Estèphe pour le roman Le Journal de Julia. En 2017 elle obtient le Prix de l’Embouchure au festival international de littérature policière Toulouse Polars du Sud pour L’affaire Jane de Boy. En 2018 elle publie dans la collection Du Noir au Sud son cinquième roman : « Sous les pavés, la jungle » de Simone Gélin.

Que du bonheur madame pour le carnet d’afficher votre portrait du jour. Très cordialement. Ph.P.

« Pourquoi écrivez-vous des romans policiers ou romans noirs ? Quand je suis interviewée, ou que je rencontre des lecteurs, je n’échappe jamais à la question. Ce n’est pas une question anodine. Y aurait-il derrière ce choix quelque chose de trouble ou de malsain attisant la curiosité ?

J’ai décidé d’éclaircir mes motivations.

Au départ, je n’avais pas de connaissances particulières du milieu policier et je ne fréquentais pas non plus des bandits ou des criminels.

Alors, pourquoi avoir choisi ce genre pour m’exprimer ? Dans quel but ?

Je ne lis pas que des polars, mais j’aime les romans sociologiques, dont les grands romans noirs américains, qui nous dépeignent le vingtième siècle à travers les États-Unis. Pour moi, le roman policier ou roman noir est donc un formidable support pour parler du monde d’aujourd’hui.

J’ai le goût de l’authenticité et j’ai besoin de réalisme. J’aime inscrire mes personnages dans une actualité fidèle et précise. J’adore associer fiction et vérité.

Avec : Sous les pavés la jungle et La fille du port de la lune, j’ai abordé des sujets sociétaux.

Avec : Le Journal de Julia et L’affaire Jane de Boy , je me suis passionnée pour des thèmes historiques et juridiques.

Par ailleurs, j’aime l’univers hitchcockien pour ce qui est du suspens et de l’étude psychologique des personnages. La structure logique de la trame criminelle m’attirait au départ comme architecture pour bâtir un roman.

J’aime échafauder méthodiquement une intrigue, partir de plusieurs endroits, comme des points éloignés qui vont converger au fil des pages, livrer un à un les indices, les vrais, les faux, tisser lentement la toile. Prévoir une fin qui doit surprendre tout en étant l’aboutissement d’une suite de déductions implacables.

Mais je n’avais fait là qu’évoquer la question de mise en œuvre, et pas répondu à l’interrogation sur ma motivation profonde.

Je n’aime pas tuer et je n’affectionne pas non plus les descriptions de violences, de scènes macabres ou de tortures. »

Pourtant j’ai pris le parti de m’intéresser au crime, au cancer de la société, au mal.

J’avais envie moi aussi d’explorer cette noirceur.

Je ressentais le désir de descendre dans les bas-fonds de l’âme humaine.

Pourquoi ?

Je voulais plonger dans le chaudron des émotions intenses et des passions humaines.

J’ai fait alors en toute modestie un parallèle entre la démarche des peintres du noir, Rembrandt, Renoir, Soulage et ce que j’essaie humblement de faire : peindre le noir pour capturer la lumière.

Je considère le noir comme une vraie couleur, avec ses nuances et sa propre lumière.

Alors, décrire la noirceur du monde et des êtres, c’est pour moi fouiller le mal, oui, mais pour y déceler la part d’humanité qui s’y cache ».

Simone Gélin