Archives pour la catégorie société civile

103 – Portrait du jour : Anne Selivers, directrice des Editions Rod et auteure des romans « De Saint-Pétersbourg à Paris » et « Sotchi for Ever »

« … Le trait commun à tous les romans d’Anne Selivers tient à une exhortation que lui fit dans son enfance une amie de sa famille, S.A.I. la Princesse Vera Constantinova de Russie : « Anne, n’oublie pas ce que nous avons vécu, qui nous sommes et d’où tu viens. Transmets-le pour que notre histoire ne s’efface jamais ».

Au-delà d’un simple devoir de mémoire, le « nous » contenu dans cette invite rappelait combien l’exil de deux à cinq millions d’émigrés, suivant les différentes sources, était en réalité celui de la Russie elle-même. Elle renouvelle aussi la grande question de ce qu’est la Russie à cheval sur deux continents, constamment écartelée entre conservatisme et changements… »

Le Carnet de l’histoire de la justice, des crimes et des …développe la rubrique Portrait du jour – Criminocorpus  et ouvre ses pages aux fidèles lecteurs du site.

Comme un bonheur n’arrive jamais seul, nous consacrons notre 103eme portrait du jour à Anne Selivers, directrice des Editions Rod et auteure des romans « De Saint-Pétersbourg à Paris » et Sotchi for Ever.

Française d’origine russe par ses grands-parents qui ont quitté la Russie à la Révolution, Anne Selivers (de son vrai nom Anne Seliverstoff), après avoir été expert en art russe pendant quinze ans à Genève, puis à Monaco, débute dans l’écriture par le fantastique (Harmonia et Equilibrium, 3 tomes), s’inspirant en partie de la mythologie slave.

Elle a été révélée par les Éditions Mille Plumes par un roman « De Saint-Pétersbourg à Paris », réédité par les Éditions ROD, qui retrace les péripéties d’un membre de la haute noblesse, plongée dans les affres révolutionnaires, qui va commencer une vie d’exil dans la capitale française. Elle poursuit son introspection des mystères de l’âme russe par un autre roman, Sotchi for Ever(2016), dans lequel se confrontent modernité et traditions dans un face-à-face entre un auteur connu qui se retire dans les montagnes caucasiennes et un moine fantomatique évoquant étrangement l’hypothétique survivance d’un haut personnage dont l’identité n’est que suggérée.

Le trait commun à tous les romans d’Anne Selivers tient à une exhortation que lui fit dans son enfance une amie de sa famille, S.A.I. la Princesse Vera Constantinova de Russie : « Anne, n’oublie pas ce que nous avons vécu, qui nous sommes et d’où tu viens. Transmets-le pour que notre histoire ne s’efface jamais ».

Au-delà d’un simple devoir de mémoire, le « nous » contenu dans cette invite rappelait combien l’exil de deux à cinq millions d’émigrés, suivant les différentes sources, était en réalité celui de la Russie elle-même. Elle renouvelle aussi la grande question de ce qu’est la Russie à cheval sur deux continents, constamment écartelée entre conservatisme et changements.

Bienvenue Anne au sein du carnet très prisé du site criminocorpus : le site qui décoiffe même en automne !

Écoutez l’interview avec Anne Selivers son livre «De Saint-Pétersbourg à Paris» (Éditions Mille Plumes) La vie d’un jeune aristocrate de Saint-Pétersbourg a été balayée par la révolution. Son destin le mènera à Paris parmi ses compagnons d’infortune.Un voyage sombre dans la profondeur de l’âme slave dont vous sortirez pour le moins perturbé.

Pour en savoir plus Anne Selivers

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« Une maison d’édition créée en 2014 qui est la résultante d’un rêve, d’une envie, et d’une soif de lecture. J’ai toujours aimé la lecture et l’écriture. Pour moi, les mots sonnent comme des notes de musique. Cela vient peut-être de la manière dont je me suis plongée dans ce monde merveilleux qu’est la lecture. Je le dois à ma grand-mère qui m’a appris à écrire et lire le russe en même temps que le français et le solfège. Je n’avais que trois ans et ne cessais de lui demander : « Puisque les notes portent toutes un son différent, le fait de les écrire avec un alphabet différent, est-ce que cela leur apporte un son différent ? » J’ai commencé à dévorer les livres très tôt, en les traduisant dans un sens ou dans l’autre, pour essayer de donner une réponse à cette question qui, pour moi, était fondamentale. Le livre devint très rapidement mon refuge, comme la musique. Et l’écriture, évidemment, me permit de créer mes harmonies. Au début des années 2000, j’ai eu vent qu’une maison d’édition se vendait. À cette époque, je travaillais dans l’Art. Et cette idée qui me plaisait n’était absolument pas raisonnable. Je continuais donc à écrire et à lire. Puis j’ai affronté le monde de l’édition en envoyant mes manuscrits. À l’époque, cela se faisait par voie postale. Il y avait très peu de petites maisons d’édition à compte d’éditeur, et face aux mastodontes et aux célèbres écrivains, les auteurs inconnus n’avaient absolument aucune chance de voir un jour leur livre en rayon s’ils ne contribuaient pas pécuniairement à l’édition de leur ouvrage. J’ai eu un mal fou à trouver un éditeur qui veuille bien éditer mes livres gratuitement et, surtout, qui me paye mes droits d’auteur. Ce fut le cas avec mon quatrième. Le cinquième fut également accepté par une autre maison. Malheureusement, le contrat fut signé, mais la maison a fait face à un redressement, et n’a continué à éditer que les auteurs connus ; je suis restée avec ma déception. C’est à ce moment-là que je me suis dit que c’était injuste. Qu’il fallait donner leur chance à tous les petits auteurs, comme moi. Ma décision était prise : imprimer et éditer pour les autres sans prendre trop de risques, mais en mettant les auteurs à contribution, afin de leur donner toutes les chances de voir leurs œuvres distribuées. Comment ? Je leur demandais alors de faire leur propre publicité, leurs dédicaces. Et si la maison le pouvait, elle organiserait des salons. Tous ont mis la main à la pâte. Si bien que les manuscrits ont commencé à se multiplier, à arriver en masse. À ce jour, nous en sommes à 6 354 ouvrages reçus ! Je voulais lire, je fus comblée ! Le métier idéal, oui ! Mais vu que j’étais toute seule, je fus rapidement submergée… Une fois la maison créée, évidemment, très vite il a fallu faire face au marché, au marketing, une chose qui n’avait plus rien de si enchanteur que la simple lecture ! Les manuscrits se sont multipliés dans ma boîte aux lettres. Je les photocopiais et les envoyais à mon comité de lecture, qui comptait une petite vingtaine de personnes, le même nombre qu’aujourd’hui. Nous n’arrivions pas à suivre. Eux dans leurs lectures, tout comme moi qui devait, en plus, m’occuper du façonnage des couvertures, des textes à faire corriger et à mettre en pages, des envois à l’imprimerie, de la distribution, etc.… et puis de toute la paperasserie ! Puis, en 2016, tout s’est enchaîné. Grâce aux auteurs de la maison d’édition, le site a été totalement restructuré. Je peux dire que les Éditions Rod peuvent se comparer à une véritable famille, les auteurs m’ont tous aidée avec leur savoir-faire. Rémy Gratier de Saint Louis a pris en main la création des couvertures et du site. Monsieur Claude Martinaux, un de mes auteurs et ami, m’a présenté Alain Anceschi, son gendre, qui a mis toutes ses connaissances à mon service pour rendre les Éditions Rod plus fortes face au marché. Son amour du livre l’a entraîné à prendre en main le comité de lecture et la communication… Et fort de cela, il s’occupe également des corrections et du suivi d’édition de chaque roman. Nos tâches sont bien établies et, contre vents et marées, nous continuons d’avancer. Nous avons trouvé notre distributeur national, et nous en sommes tous heureux ! Cette maison d’édition, ce sont mes auteurs uniquement. Je ne suis qu’une simple présidente. Et sans eux, je ne suis rien… Pour tout cela, je les remercie du fond du cœur. »

100 – Portrait du jour : Catherine Ecole-Boivin, écrivain, biographe, romancière, auteure du roman « La Métallo »

                                         Catherine ECOLE-BOIVIN © DRPrix

PAR  · 

« … Ce rapport charnel avec les machines m’a interpellée et j’ai repris les enregistrements des femmes que j’avais interrogées à Couëron. Je suis entrée dans cette usine avec Yvonnick, parce qu’elle a su me parler des hommes. Je suis allée voir les hommes également, parce qu’ils ont su me parler des femmes. Ces retraités m’ont tous confié le manque « d’elle » la manque de l’usine, les réveils en sursauts à l’heure de changements de bobine du laminoir, ils m’ont confié les surnoms, les rires, la sueur et le courage. Ils ont partagé avec moi la joie au travail, dans cette usine, à cette époque où le travail voulait dire quelque chose, valait quelque chose. C’était avant 1980. Avant le démantèlement de la production industrielle française. J’ai ri avec eux émerveillée par leur langage, une langue rude, si âpre qu’elle en devient poétique … »

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Pour son centième portrait du jour, nous recevons Catherine Ecole-Boivin, écrivain, biographe, romancière, auteure du roman  La Métallo « d’une vie peuplée d’étincelles, le portrait empreint d’humanité du monde ouvrier. »

Originaire de la Hague en Normandie, diplômée d’un Master 2 en Sciences de l’Education, elle est aujourd’hui professeur de Lettres-Histoire. Elle s’attache à raconter dans ses ouvrages l’histoire, vraie, des plus humbles et les gestes oubliés. Ce travail sur la mémoire, cette écriture de la transmission sont au cœur de son œuvre. Elle a notamment publié Paul dans les pas du père d’après les mémoires de Paul Bedel, agriculteur de la pointe de la Hague, préfacé par Didier Decoin (Ouest-France, 2007) et Les Bergers blancs , (Albin Michel, 2011) qui a reçu Prix Reine Mathilde en 2011.

Bienvenue Catherine sur le carnet de l’histoire de la justice, des crimes et des…

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« Catherine Ecole-Boivin est professeur de lettres-histoire géographie dans un grand lycée à Saint-Nazaire construit dans les années 1950. Le matin les goélands sur le toit de son lycée l’accueillent et lui rappellent qu’elle a été conçue et est née sur une presqu’île. Celle de la Hague tant décriée et diffamée, alors qu’elle est au départ et toujours une terre antique brassée par les grands vents, armée ses hautes falaises tapissées de bruyère préservées. Elle a emporté son pays et son paysage sauvage avec elle depuis presque 20 ans pour Nantes, puis plus au sud où elle s’est installée maintenant à quelques kilomètres de l’océan toujours.

Enfant elle a lu Arsène Lupin, puis Boileau-Narcejac et Agatha Christie. Adulte elle a lu des œuvres poétiques, des romans et récits de Julien Gracq, Maupassant l’émeut et la philosophie la passionne. Elle aime les descriptions de Colette, la justice de l’œuvre de Jacques Prévert. Les textes précieux d’Etty Hillesum, la vérité profonde et insupportable des mots de Charlotte Delbo.

Pour cette rentrée littéraire 2018, elle a aimé Chien-Loup de Serge Joncour, Quand Dieu boxait en amateur de Guy Boley, et lit La toile du Monde d’Antonin Varenne en ce moment, des livres où les 5 sens se déploient au fil des mots et déplient les textes. A la mort de sa mère Nicole en 2000 elle a commencé à écrire les parcours de vie, cherchant à fixer la mémoire et la trace par plusieurs moyens, après avoir essayé la peinture elle a finalement choisi l’écriture. Elle est connue pour être la biographe du paysan philosophe et avocat de la terre Paul Bedel auquel elle a consacré trois ouvrages.

Elle ne cesse d’interroger et surtout écouter les témoins de notre siècle. Pour son dernier roman  « La métallo » chez Albin Michel, les entretiens ont commencé près de Nantes en 2005. Elle s’intéresse non pas aux vies de personnes célèbres mais elle célèbre les vies simples et dignes. En un mot elle enquête.

Racontez-nous la genèse du livre : J ‘ai vu dans une émission et dans les journaux en 2014 des hommes en colère, ils portaient des brassards noirs car leur laminoir à Basse Indre (Arcelor Mittal) venait de s’éteindre, d’être débranché alors même qu’il était encore en pleine santé, les politiques avaient décidé de l’euthanasier. Cet enterrement solitaire m’a révoltée. Ce deuil ignoré avait lieu à l’entreprise Arcelor Mittal de Basse-Indre, anciennement JJ Carnaud où avaient travaillé comme ouvriers de nombreuses personnes que j’avais interrogées il y a quelques années.

Certains ouvriers avaient les yeux rouges, d’autres résignés semblaient déjà connaître ce qui adviendrait de cette belle usine bercée par la Loire : bientôt d’autres camarades partiraient, ne seraient pas remplacés et peu à peu sans humains pour lui tenir compagnie, l’usine mourrait à son tour. En assassinant leur laminoir on venait d’arracher le cœur de leur usine.

Ce rapport charnel avec les machines m’a interpellée et j’ai repris les enregistrements des femmes que j’avais interrogées à Couëron. Je suis entrée dans cette usine avec Yvonnick, parce qu’elle a su me parler des hommes. Je suis allée voir les hommes également, parce qu’ils ont su me parler des femmes. Ces retraités m’ont tous confié le manque « d’elle » la manque de l’usine, les réveils en sursauts à l’heure de changements de bobine du laminoir, ils m’ont confié les surnoms, les rires, la sueur et le courage. Ils ont partagé avec moi la joie au travail, dans cette usine, à cette époque où le travail voulait dire quelque chose, valait quelque chose. C’était avant 1980. Avant le démantèlement de la production industrielle française. J’ai ri avec eux émerveillée par leur langage, une langue rude, si âpre qu’elle en devient poétique.

Peu à peu avec Yvonnick, je suis entrée en elle dans cette usine qui donne tant de larmes à ceux qui la quittent, j’ai avancé avec mes mots dans sa gueule de baleine, béante et joyeuse. J’ai cherché cette joie pour vous la transmettre, parce que ceux dont on ne parle pas, ceux qui n’ont pas leurs noms sur les plaques des rues ont tant de choses à nous dire d’une usine dans laquelle ils ont passé la moitié de leur existence, une usine dont le laminoir donnait le rythme, soufflait le jour, soumettait à sa nuit.

Pourquoi une femme ? Pour les années formica, les années où on ne peut pas porter des pantalons et où même l’habit n’est pas pratique pour elles, pour le côté d’Yvonnick héroïne de mon roman « pas belle » et donc non conventionnel car les héroïnes doivent être belles si elles veulent survivre (et avoir du succès dans un roman !) alors que dans la vie en vrai, les femmes sont ordinaires et souvent formidables, surtout les ouvrières. La mienne a appris à lire grâce au catalogue Manufrance.

J’aimais l’idée d’évoquer la différence de salaire également entre les hommes et les femmes.

J’aime l’idée de sa vie amoureuse forte, coléreuse comme elle, remplie d’étincelles, non conventionnelle, elle vit jusqu’au bout de son corps la vie qu’on lui impose.

J’aimais l’idée de son enfant différent qui ne pose pas plus de problèmes que cela, il est intégré dans la communauté naturellement sans trop de violence ce qui n’est plus le cas aujourd’hui.

J’avais beaucoup raconté la terre et les ouvrières jamais, j’ai beaucoup appris sur le rapport aux machines, sur la joie au travail hors des clichés de misère que l’on nous transmet continuellement, ce qui n’empêche pas ma révolte contre les salaires miséreux, les conditions physiques que les ouvriers ont connues à ce moment du livre. Les yeux brûlés, les poumons séchés … mais une vie ensemble, d’amitié et de solidarité, une vie reliée aux petits bouts de temps grappillés ici et là. Yvonnick est autonome et digne, c’est « un homme comme tout le monde » elle tient à sa place et à y rester près de la machine à couper les plaques quelle trie et porte avec ses bras forts.

J’aime les expressions, la langue, une musique, j’aime la découvrir, c’est pour moi comme un paysage quand je l’entends, quand j’entends des phrases comme « je suis tombée aux hommes » dans une phrase on a des milliers d’années d’histoire derrière et devant nous. »

 

 

99 – Portrait du jour – Martine Lafon-Baillou, la romancière à l’humour sidérant

Photographie à la une de  Jacques Hamel ami de Martine Lafon-Baillou

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Martine Lafon-Baillou, l’auteure de Fostine, Bordeaux 1789L’Affaire du Chapeau Rouge et de  La Veuve de la Rue des Remparts s’invite dans le 99ème portrait du jour Portrait du jour – Criminocorpus pour le plus grand bonheur des lecteurs du  Carnet de l’histoire de la justice, des crimes et des…

Martine Lafon-Baillou vit en Gironde.

Passionnée de littérature, elle donne des conférences et anime des cafés littéraires.

Dans son travail de romancière, elle manie avec bonheur, gravité, sensualité, descriptions subtiles et humour sidérant… Et nous à Criminocorpus on aime bien…

Bienvenue au club Martine. Ph.P.

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« Le brocoli a été créé par les Romains à force de sélection en partant d’un vulgaire chou sauvage. Le brocoli a ensuite donné le chou-fleur. Est-on romancière à la naissance ou le devient-on par auto-sélection ?

Très tôt, le monde m’est apparu dans son insoutenable beauté et son infatigable mobilité. Une sorte de vitre m’en isolait. Elle s’appelait famille, éducation, comme on veut. Il était urgent de s’en affranchir. L’écriture me convenait bien. J’étais éponge, je buvais mon environnement puis je le restituais à ma manière. L’écriture, plus encore que la lecture, était prétexte à l’isolement, au repli, elle me mettait au-dessus du quotidien, je devenais inaccessible.

Enfant, je m’attaquai avec la foi de l’innocence à la science-fiction. Ces écrits d’extrême jeunesse (sept ans) se perdirent. Faut-il s’en affliger ? Suivirent une abondante correspondance tous azimuts et un journal pas très intime. Il doit rester quelques éclats de ces pépites, ici et là, hélas…

C’est à trente ans, après avoir épuisé, dans une quête très narcissique, les ressources de Stendhal, Maupassant, Flaubert et autres auteurs Autrichiens et Anglais, que je me mis, tel que le fit Balzac en personne pour sa Femme de trente ans, à compiler des textes épars suivant tous la même veine marbrière afin d’en faire un livre… jamais terminé !

Plus tard encore, à près de quarante ans, trois romans parurent successivement, tournant tous autour d’un même sujet : les autres. Le premier De Jérôme à Lidoire (Ed. Passiflore) fut Coup de Cœur de Jérôme Garcin dans le Nouvel Obs. Les autres, un vaste sujet, comment vivent-ils, comment font-ils pour survivre à l’écrasant poids du monde ? Comment les aider à porter leur existence ? L’humour me parut un excellent moyen de traiter de choses graves, comme par exemple l’anthropomorphisme animalier dont je souffrais depuis qu’une chatte siamoise m’avait embobinée. Ce fut Tu veux un Drink ? (Ed. Passiflore). Je me passionnai parallèlement pour le sado-masochisme que je mis en scène dans Clara (Ed. Vents Salés), je donnai des conférences aussi sur la jalousie dans la littérature et sur le dandysme Baudelairien…

Mon mari orienta mon travail malgré lui. Les vieilles pierres lui plaisaient. En 2010, nous nous installâmes dans une chartreuse de 1781 dont chaque latte de parquet, chaque poignée de porte vibraient encore de la présence de son premier occupant, un négociant bordelais qui se faisait appeler Milord et signait de même. Les dés étaient jetés. L’Histoire me tendait les bras, je m’y jetai. Fostine, Bordeaux 1789 naquit de cette étreinte et des archives notariales, au printemps 2018. Mais, la gestation fut plus longue que celle de la baleine bleue, douze mois, et de l’éléphant d’’Afrique, vingt-deux mois ! Il ne me fallut pas moins de quatre ans de recherches, six mois de plan, et neuf mois d’écriture pour venir à bout de ce roman haletant et enlevé.

Au lieu de sortir éprouvée d’une telle aventure, j’écrivis dans la foulée mon premier roman policier historique qui sortit en mai 2018 : L’Affaire du Chapeau Rouge (Ed. Sud-Ouest), puis La Veuve de la Rue des Remparts (Ed. Sud-Ouest) sortie le 8 novembre 2018. Preuve que ma voie était là : inscrite dans les pierres de ma demeure. L’Histoire m’attendait, j’étais venue au rendez-vous.

Il faut prendre le temps au sérieux, le tenir par la main comme un ami, et se souvenir qu’il y a du chou sauvage dans le brocoli et du brocoli dans le chou-fleur ! »

 

 

 

Deuxième roman policier historique de Martine Lafon-Baillou : « La veuve de la rue des remparts »

Mon deuxième roman policier historique. 1789. Un autre quartier de Bordeaux, mais toujours le même charismatique héros, ses aides (non déclarés !), son logis rue du Pont de La Mousque, et son ensorcelante maîtresse Antoinette… Dans sa quête,Timothée Montcléra sera même confronté à l’énigmatique Capitaine Roucanel … Parfaitement ! Martine Lafon-Baillou

Sortie le 8 novembre 2018 aux Editions Sud-Ouest

Passionnée de littérature, elle donne des conférences et anime des cafés littéraires.

Martine Lafon-Baillou vit en Gironde.

Dans son travail de romancière, elle manie avec bonheur gravité, sensualité, descriptions subtiles et humour sidérant…

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Dans le Bordeaux populaire de la paroisse Saint-Seurin, Fostine, orpheline, est livrée à elle-même dès son plus jeune âge. Bien que méprisée et exploitée, elle ne perd jamais foi en elle-même. Son ascension est âpre, mais portée par l’immense espoir d’amélioration de cette année 1789. Opportuniste, la jeune fille fréquente les acteurs du Grand-Théâtre et profite de leur culture. Les rues du Parlement, des Trois Conhils, la place du Marché Royal et la rue Sainte-Catherine sont ses nouveaux univers. Elle y découvre la mode, la philosophie et la gastronomie. Quant à l’amour, il a plusieurs visages et lui réserve bien des surprises. Milord, négociant à Bordeaux, croise le destin de Fostine à l’aube du terrible épisode glaciaire de cet hiver-là. Cet homme ténébreux possède un château aux environs de Bourg où la jeune fille est retenue, pour un temps, prisonnière.

Martine Lafon-Baillou est romancière. Fostine, Bordeaux, 1789 est son premier roman historique. Il lui a été inspiré par la personnalité de Milord, bâtisseur du Château le Piat, une chartreuse de 1781, où elle vit depuis 2010.

  • Éditeur : Editions Vents salés (22 mai 2018)
  • Collection : Azur

 


98 – Portrait du jour : Agnès Evein : Créatrice de costumes de cinéma

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« … La Créatrice de Costumes assure la création et la conception artistique des costumes, coiffures et accessoires vestimentaires. Une grande connaissance des styles et des époques est nécessaire pour s’ajuster au scénario ou s’accorder avec le réalisateur, tout en collaborant avec le chef décorateur, le chef opérateur, le chef maquilleur, le chef coiffeur … le cinéma est un travail d’équipe !… Certains costumes sont créés de toutes pièces pour les besoins du film : la Créatrice de Costumes dessine les maquettes, suit réalisation et essayages en établissant un budget qui satisfasse le réalisateur, sur le plan artistique, et le directeur de production, sur le plan financier… »

Le Carnet de l’histoire de la justice, des crimes et des …développe la rubrique Portrait du jour – Criminocorpus  et ouvre ses pages aux fidèles lecteurs du site.

Pour notre 98ème Portrait du jour – Criminocorpus nous recevons Agnès Evein, créatrice de costumes de cinéma.

Agnès me signale régulièrement des liens dans l’intérêt de nos lecteurs du carnet criminocorpus et je suis enchanté  de présenter son itinéraire dans le monde du cinéma à travers son auto-portrait.

Encore merci Agnès de votre participation à ce petit jeu d’écriture. Amitiés. Ph.P.

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« Agnès Evein est « tombée » dans le cinéma quand elle était petite. Plus tard, elle intègre une préparation aux Arts Décoratifs et Beaux-Arts puis une école de Création Textile et obtient un diplôme de Créateur Textile Option Accessoires et Histoire du Costume : l’histoire sera en effet une de ses principales sources d’inspiration. Créatrice de Costumes, elle participe à de nombreux longs métrages dont capitaine Conan de Bertrand Tavernier, ce qui lui vaut une nomination aux César dans la catégorie « Meilleurs Costumes ». Elle a travaillé pour des films très connus du grand public comme Les enfants du marais de Jean Becker, la fille de d’ArtagnanL627 et La vie et rien d’autre tous trois de Bertrand Tavernier, mais aussi L’œuvre au noir  d’André Delvaux. Pluridisciplinaire, elle navigue entre différents espaces dédiés à l’écran : cinéma ou télévision, et pour le spectacle vivant, opéra et théâtre.

La Créatrice de Costumes assure la création et la conception artistique des costumes, coiffures et accessoires vestimentaires. Une grande connaissance des styles et des époques est nécessaire pour s’ajuster au scénario ou s’accorder avec le réalisateur, tout en collaborant avec le chef décorateur, le chef opérateur, le chef maquilleur, le chef coiffeur … le cinéma est un travail d’équipe !… Certains costumes sont créés de toutes pièces pour les besoins du film : la Créatrice de Costumes dessine les maquettes, suit réalisation et essayages en établissant un budget qui satisfasse le réalisateur, sur le plan artistique, et le directeur de production, sur le plan financier… Plus d’infos

On pourrait penser que les costumes d’époque, surtout ceux qui sont cintrés ou corsetés, sont une prison étouffante pour nos contemporains, habitués aux vêtements lâches et décontractés. Agnès Evein a souvent constaté que, pour un comédien, c’est le contraire : loin d’être une contrainte de corps, le costume est une aide précieuse pour comprendre une époque, une condition sociale, un caractère. Les acteurs adorent être dans ce carcan textile, qui leur donne stature, allure, maintien, leur dicte la bonne démarche, celle de leur personnage. Agnès Evein a rencontré dans de nombreux films ou pièces, la thématique du crime ou de l’enfermement.

« Les migrations de Vladimir » un film de Milka Assaf (1997) aborde le thème de l’âme captive du corps ; de nos jours, à la suite d’une expérience, deux hommes échangent leurs personnalités et se retrouvent dans le corps de l’autre. Outre le jeu des acteurs, le costume traduit cette migration. Le nouvel occupant transforme peu à peu l’apparence physique dont il est prisonnier. Le personnage le plus strict, qui a récupéré une personnalité plus fantasque, use de plus en plus de couleurs pour manifester une fantaisie née dans sa première enveloppe corporelle. L’ironie de l’histoire est que c’est un tortionnaire et son soufre douleur qui ont échangé leurs âmes…

La noirceur de certains personnages s’exprime souvent par un costume noir. Tel « Œdipe Roi » (dans la pièce de Serge Noylle en 1994) dépaysé dans un mélange Berbères / Mythologie / Contemporain : Œdipe, prince casqué, arbore une cape noire ; Jocaste sa mère affiche du rouge sang : sur eux planent inceste et parricide. Tandis que les chœurs, indemnes de tout crime, sont en blanc : ils ne prennent pas partie, restent neutres. On retrouve ici les 3 couleurs de base, noir, blanc, rouge, mis en lumière par l’historien Michel Pastoureau. Noir encore le costume de Xenon, héros médiéval de l’Œuvre au noir (d’André Delvaux 1987)/ Meurtrier de jeunes vierges pour recueillir leur sang, il porte du rouge lors de l’épidémie de peste : noir et rouge sont alors les marqueurs d’une alchimie ténébreuse.

« La très excellente et divertissante histoire de François Rabelais » d’Hervé Baslé (2009) montre Rabelais, à la fin de sa vie, enfermé dans ses hallucinations. Le film est construit sur des retours en arrière évoquant sa vie avec des notes colorées, telles les scènes à la Cour où rouges et bleus animent crèmes et noirs. Le présent du mourant et de sa servante Amandine interprété par Bernadette Lafont, est cerné de teintes terreuses ou écrues et d’un noir seyant aux médecins ou au clergé, ces oiseaux de mauvaise augure tournoyant autour du moribond.

Dans « Phantom of the Opera » de Tony Richarson (1989) en contraste avec « La belle époque », un fantôme se cache dans les sous-sols de l’Opéra de Paris : un masque sans visage et une cape d’un noir « opératif » l’aident à disparaître dans l’ombre des murs.

« Les mains d’Andrea » de Sébastien Betbeder (2006) met en scène un magnétiseur contemporain, prisonnier d’un don de voyance qui l’enchaîne au monde des morts. Le film est travaillé comme une peinture de Soulages avec des jeux de noirs, de gris, de matières, entre soyeux et rêche. Le costume d’Andréa, une veste avec un col droit, est sombre comme celui d’un ecclésiastique, suggérant une forme de mysticisme.

« Désobéir, Aristides de Sousa Mendes » de Joël Santoni (2008) arrive à une suggestion similaire par des moyens opposés. Pendant la guerre de 40, ce consul du Portugal à Bordeaux sauva des milliers de Juifs des camps de concentration, au mépris de la loi. Condamné, oublié de presque tous, son univers grisaille comme celui des vieilles photos mais à l’hospice, lorsqu’il meurt, tout est blanc, décor et costumes : une mort baignée de lumière pour ce Juste parmi les nations.

C’est le « bleu horizon » qui domine les paysages froids, de « La vie et rien d’autre » de Bertrand Tavernier (1988) qui dépeint une Après-guerre figée, où les héros recherchent les corps des soldats disparus au front pendant 14-18.

« Capitaine Conan », du même Tavernier (1995), montrait la Guerre dans les Balkans en 1918 : là, fourmillent les uniformes moutarde de l’infanterie coloniale, un camouflage qui fond les soldats dans le paysage herbeux. Seul le costume de Conan, celui du Chasseur Alpin, est bleu marine, ce qui le rend identifiable à l’image, en pointant sa particularité au sein de son corps d’armée mais aussi sa singularité en tant que chef d’exception, quand tuer et survivre sont des raisons d’être. Le Capitaine Conan est, à la fin de l’histoire, l’ombre de lui-même, la paix lui ayant retiré tout ce qui le sortait de l’ordinaire.

Le bleu utilisé pour « La fille de d’Artagnan » toujours de Bertrand Tavernier (1993-1994) est différent : il aide Sophie Marceau/ Eloïse, cloîtrée au couvent, à s’échapper, costumée en jeune homme, donc, évidement, en bleu. Elle sera poursuivie par une méchante femme vêtue de rouge, la couleur du sang et de la cruauté…Ce bleu qui délivre n’est pas celui du film « De père en fils » de Christophe Restiau (1997) qui montre l’enfermement dans une classe sociale. Métallurgistes de père en fils, les ouvriers doivent endosser une tenue fournie par l’usine, que chacun doit décrasser : les « Bleus de travail » disent, encore aujourd’hui, l’uniformité, la monotonie d’une vie où l’individu est fondu dans la masse laborieuse.

« Le cri » d’Hervé Baslé (2005) traite aussi d’une famille de métallurgistes sur plusieurs générations, du XIXème à nos jours: cette foisl’ emprisonnement social prend la suite des cachots de l’île de Ré ou de Cayenne. La défroque des bagnards est souvent imaginée à rayures. Des recherches, au musée Ernest Cognacq de l’ile de Ré, ont prouvé à Agnès Evein que les prisonniers de Guyane avaient, en fait, un uniforme en lainage marron, d’une rugosité à l’unisson d’une pénible réclusion.

Le bleu est passé de l’usine à la rue, avec les pantalons « jeans » qui furent l’uniforme de la jeunesse, avant d’être adoptés par les « flics » en civil pour mieux se fondre dans la population comme dans le film « L627 » de Bertrand Tavernier (1991). « L627 » se réfère à l’article du code pénal qui autorise la visite d’un médecin lors de la garde à vue d’un toxicomane.

Le costume peut aussi exprimer une forme d’assignation à résidence en un lieu de vie. « Les enfants du marais » de Jean Becker (1998) se déroule dans les années 30 ; les campagnards à la vêture simple et sombre, souvent en coutil ou coton, contrastent avec les citadins déployant des toilettes claires, apprêtées voire guindées, en lin ou paille délicate. Dans « Les affaires sont les affaires » de Philippe Berenger (2011), Monsieur est coincé dans son statut d’homme d’affaire et sanglé dans son costume : ce respectable citoyen se vante d’être le tueur… des oiseaux du jardin. Son épouse calque sa posture sur lui, ses immenses chapeaux sont ornés d’oiseaux morts, empaillés : seraient-ils ceux que Monsieur dit avoir tués ? Mais leur fille desserre ses corsages, retrousse ses manches et s’en va, libérée du carcan familial et des conventions de l’époque 1900, en portant négligemment à la main, gants et chapeau.

Une transformation similaire, une sorte de libération, est vécue par Monsieur de Fontenelle, philosophe du XVIIIème siècle dans « Un cœur oublié » de Philippe Monnier (1999). Le savant, reclus dans ses cogitations et ses certitudes, est persuadé que l’amour n’existe pas mais il tombe amoureux pour la première fois, à 80 ans. Il troque ses habits sévères pour des tenues mode, presque enjouées ; sa garde-robe rajeunit, il en oublie sa canne…

« L’instinct de l’ange » de Richard Dembo (1992) nous replonge dans la barbarie de la Guerre de 14 avec la vie de l’aviateur Guynemer. La survie en altitude exige casques et lunettes pour se protéger du froid, ainsi naissent les premiers uniformes de l’aviation : des combinaisons en cuir, ou en toile épaisse, caparaçonnent les acteurs. Cet enfermement n’est pas punitif mais protecteur, cependant il inquiète l’ingénieur du son qui ne supporte pas le moindre bruit couvrant les dialogues. Or les blousons de cuir peuvent crisser comme, ailleurs, les matières synthétiques ou les taffetas produire ces froissements sonores parasitant la bande son. C’est pourquoi, le bruit des tissus, si besoin est, sera rajouté en post-synchro. Résultat : c’est la créatrice-costume qui est enfermée…dans un silence impérieux !

Pour en savoir plus voir le site d’Agnès Evein : Oripo

Actualité d’Agnès Evein :

Conférence sur le métier de Créateur costumes et les costumes de Guerre 14-18 au cinéma.

Le 27 novembre 2018 à Rochefort. Après-midi conférence et le soir projection de film + débat avec Agnès Evein (plus de renseignements voir la mairie de Rochefort)

Le Lis des teinturiers (Bénédicte Rousset)

Parution du livre le 25 avril 2018 – Aaron pense être « l’élu » et recherche son alter ego.

Anna et Alphie sont liées au serment de ne communiquer entre elles que d’une façon épistolaire.

Entre Vaucluse et région lyonnaise, nous retrouvons le commissaire Berthier face à un dangereux prédateur.

Les coupables potentiels sont nombreux et l’évidence pas toujours bonne conseillère.

Très jeune, c’est dans l’imprimerie de son père que Bénédicte Rousset a découvert les romans, pièces de théâtre et poèmes rédigés par ses ancêtres, dont un félibre : Gabriel Bernard.

Fille et petite-fille d’institutrices, enseignante dans un collège du Vaucluse, l’auteur perpétue le lien à l’écriture comme une histoire de famille.

Passionnée par les intrigues policières, elle aime puiser son inspiration aussi bien dans les œuvres de Maupassant et Yasmina Khadra, que dans la littérature italienne (Buzzati, Sciascia, Pirandello la fascinent!)

Lisez les premières pages du Lis des teinturiers

Née en 1991, Elan Sud a ouvert un département éditions au début des années 2000. Depuis, six à huit titres entrent au catalogue chaque année.

Pour raconter une histoire, laisser une empreinte ou éveiller la curiosité, huit collections sont proposées, car il est impossible de qualifier le lecteur par un trait de caractère unique.

Certes, tant de sujets ont été abordés dans la littérature, à nous d’y apporter un nouvel éclairage, accessible à tous.

Nous mettons dans chaque roman un soin tout particulier : le résultat du travail de plusieurs mois avec un auteur, un comité de lecture, des correcteurs professionnels…

Une ligne d’édition, c’est comme une empreinte : une fois qu’elle est posée, elle sert de référence. C’est la carte d’identité de l’éditeur, le point de ralliement d’auteurs et de lecteurs.

Elan Sud est tournée vers le texte, le style, la musique des mots, le rythme des phrases; à ne sortir qu’une poignée de romans chaque année, autant qu’ils soient ciselés, peaufinés, aboutis.

Nous donnons notre attention à la création littéraire, nous la défendons et mettons en place tous les moyens pour la diffuser.

95 – Portrait du jour : Isabelle Brunet, archiviste aux A.D.d’Agen

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« … J’ai pu reconduire un tel travail de classement lorsque j’ai été nommée comme archiviste dans le département de Lot-et-Garonne. Là, j’ai pu traiter l’ensemble des archives des établissements pénitentiaires du département, autant les archives de la préfecture que celles des établissements pénitentiaires eux-mêmes.

A chaque département sa spécificité ; en Lot-et-Garonne, c’était Eysses qui fut une maison d’éducation surveillée, colonie correctionnelle de 1895 à 1940. On trouve notamment dans les fonds les dossiers des pupilles qui ont fréquenté l’établissement. Le papier permet alors de retracer des parcours de vie, du pauvre enfant abandonné volant pour survivre à l’enfant placé là par mesure de correction paternelle car il était désobéissant ou à la véritable fripouille récidiviste. Car les archives sont des miroirs de la vie … »

Le Carnet de l’histoire de la justice, des crimes et des …développe la rubrique Portrait du jour – Criminocorpus  et ouvre ses pages aux fidèles lecteurs du site.

Pour notre 95ème Portrait du jour – Criminocorpus nous recevons Isabelle Brunetarchiviste aux A.D. du Lot-et-Garonne à Agen.

Le pédagogue Jules Payot disait : « La suprême élégance se confond avec la suprême simplicité ». Cette phrase résume à elle seule ce que j’ai retenu de ma collaboration avec Isabelle du temps de mes visites aux Archives Départementales à Agen… Qu’est ce que c’est attirant, une solide culture qu’on étale pas, variée et pas encombrante, qui montre juste qu’on est une fenêtre ouverte sur le monde ! Chez Isabelle alors ça, c’est carrément « l’Arme Fatale »…

Binvenue Isabelle à Criminocorpus le seul site qui décoiffe même en automne. Ph.P.

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« C’est au travers de leurs archives que j’ai été confrontée aux mondes judiciaire et pénitentiaire, et en ai découvert une certaine réalité, voilà comment ….

Je faisais mes études d’histoire à Lyon et m’interrogeais alors sur mon avenir. Une immersion dans l’univers des Archives départementales du Rhône lors d’une recherche de sujet de mémoire en décida. Ce fut un coup de foudre …. Ou presque.

Il se trouvait qu’il existait alors à Lyon une formation tout à fait adaptée sous la forme d’un DESS pour lequel je m’empressais de postuler. Me voilà embarquée dans un monde qui pour beaucoup rime avec poussière et vieux papiers, mais qui permet une relation très intime avec nos sources historiques primaires, et se révèle passionnant et d’une richesse infinie dès qu’on met le nez dedans !

Mais je ne connaissais pas encore les archives pénitentiaires. Ce fut fait lors d’un stage effectué dans ledit service des archives dans le cadre de ma formation, quand on me demanda de procéder au classement de la sous-série 1 Y, qui correspond aux archives produites par la préfecture du Rhône de 1800 à 1940 relatives aux établissements pénitentiaires du département. Ce fut la plongée dans un univers inconnu, malgré une approche très administrative et un certain recul du temps qui en estompe quelque peu les réalités humaines.

Ce travail de classement fut couplé à la visite d’établissements de détention alors en fonction pour peu d’années encore, soit les prisons Saint-Paul et Saint-Joseph, situées alors dans le quartier sud de Perrache.

Les prisons Saint-Paul et Saint-Joseph dataient du XIXe s. La prison Saint-Joseph, construite par Louis Pierre Baltard entre 1827 et 1831, était conçue sur un plan orthogonal pavillonnaire en peigne, issu de l’architecture hospitalière. La prison Saint-Paul, construite entre 1860 et 1865 par Antonin Louvier, architecte départemental du Rhône, était organisée sur un système de bâtiments rayonnants autour d’une rotonde centrale de surveillance surmontée d’une chapelle. Surpeuplées et devenues vétustes au cours du XXe s., elles sont désaffectées en 2009, et reconverties en campus pour l’université catholique de Lyon.

Je ne peux parler que de sidération, quand j’entrevis un univers dont j’ignorais tout, mais qui a ses règles et un fonctionnement propre. Cette visite, faite en compagnie du conservateur des Archives Georges Cuer, m’a définitivement marquée.

J’ai pu reconduire un tel travail de classement lorsque j’ai été nommée comme archiviste dans le département de Lot-et-Garonne. Là, j’ai pu traiter l’ensemble des archives des établissements pénitentiaires du département, autant les archives de la préfecture que celles des établissements pénitentiaires eux-mêmes.

A chaque département sa spécificité ; en Lot-et-Garonne, c’était Eysses qui fut une maison d’éducation surveillée, colonie correctionnelle de 1895 à 1940. On trouve notamment dans les fonds les dossiers des pupilles qui ont fréquenté l’établissement. Le papier permet alors de retracer des parcours de vie, du pauvre enfant abandonné volant pour survivre à l’enfant placé là par mesure de correction paternelle car il était désobéissant ou à la véritable fripouille récidiviste. Car les archives sont des miroirs de la vie … http://www.cg47.org/archives/recherche/Serie_Y/YREPERT1.pdf

Une autre spécificité du Lot-et-Garonne est d’être le lieu d’implantation depuis l’été 2000 de l’Ecole nationale d’administration pénitentiaire. Or il existe à l’ENAP une direction de la recherche très active, incarnée tout d’abord par Marc-Renneville et Philippe Poisson, puis par Jean Michel ArmandJacques Garçon et Jean-François Alonzo, sous la direction actuelle de Paul Mbanzoulou

Cette proximité géographique a permis de faire naître une belle collaboration qui a conduit à des rencontres tout aussi belles et qui s’est incarnée dans une revue appelée Le Lien, qui existe depuis 2005 (avec des périodicités diverses) et dont le but est d’explorer l’histoire de la justice et des établissements pénitentiaires de Lot-et-Garonne à travers la présentation et l’exploitation de ressources archivistiques originales conservées par les Archives départementales de Lot-et-Garonne.

Cette publication existe toujours et si vous avez envie de la découvrir ou d’en consulter les derniers numéros … » Isabelle Brunet

LE LIEN, BULLETIN D’HISTOIRE JUDICIAIRE ET PÉNITENTIAIRE EN LOT-ET-GARONNE :

 https://www.enap.justice.fr/publications-enap

Archives départementales de Lot-et-Garonne :

http://www.cg47.org/archives/accueil.htm

Les archives pénitentiaires :

http://www.cg47.org/archives/recherche/Archives-modernes.htm

Image à la une : Stéphane Capot,directeur des A.D. du Lot-et-Garonne, Isabelle Brunet et Marie Cuchi  ont présenté la grande collecte des archives 14-18.PHOTO F. S.- Au temps de la Première Guerre mondiale – Juin 2018