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Hommage à Sophie Scholl et à la résistance allemande contre le nazisme

 Le 22 février 1943, trois étudiants allemands d’une vingtaine d’années sont guillotinés dans la prison de Stadelheim, près de Munich. Leur crime est d’avoir dénoncé le nazisme dans le cadre d’un mouvement clandestin, « La Rose blanche » (Die Weiße Rose en allemand).

Le printemps 1943. La bataille de Stalingrad venait de se terminer par la défaite des forces allemandes. Apparurent alors à Munich des affiches où on lisait :
« Ont été condamnés à mort pour haute trahison :

Christoph Probst, 24 ans,

Hans Scholl, 25 ans,

Sophie Scholl, 22 ans.

La sentence a été exécutée. »

Les trois étudiants décapités à la hache étaient, avec trois de leurs compagnons qui seront exécutés plus tard, les animateurs d’un mouvement de résistance, « La Rose Blanche », dont les Munichois avaient pu lire les tracts depuis quelques mois.

Inge Scholl, sœur des deux premiers, raconte ici leur histoire : l’enfance en Bavière dans une famille protestante, l’entrée dans la Jeunesse hitlérienne, puis, peu à peu, la découverte de la réalité nazie et, enfin, cette décision déchirante : la résistance contre leur propre pays en guerre.

« La vraie grandeur, écrit Inge Scholl, est sans doute dans cet obscur combat où, privés de l’enthousiasme des foules, quelques individus, mettant leur vie en jeu, défendent, absolument seuls, une cause autour d’eux méprisée. »

Ces six universitaires ont plus que personne contribué à sauver l’honneur de l’Allemagne. Pascal disait : « Je ne crois que les histoires dont les témoins se feraient égorger. » Nous devons croire celle-ci, entre toutes, aujourd’hui.

Traduit de l’allemand par Jacques Delpeyrou, publié par les Éditions de Minuit en 1955.

Sommaire : Préface – Printemps 1943 – Tracts de la Rose blanche – Tracts du Mouvement de Résistance – Le dernier tract.

de Inge Scholl  (Auteur),‎ Jacques Delpeyrou (Traduction)

Nombre de pages de l’édition imprimée : 107 pages

Éditeur : Minuit (4 avril 2013)

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Sophie Scholl est une jeune opposante au régime d’Hitler dans l’Allemagne des années 40. À peine sortie de l’adolescence, l’intégrité et la foi (protestante) de cette étudiante de 22 ans l’ont conduite, avec son frère Hans, dans une lutte admirable et courageuse jusqu’au don ultime de leurs vies. Cofondateurs du réseau étudiant de résistance La Rose blanche, ils furent tous deux arrêtés, condamnés et décapités, le 22 février 1943.

C’est ce destin unique que Paule du Bouchet livre aux jeunes lecteurs (à partir de 13 ans), à travers les lignes de ce journal fictif. Élisa, une amie de cœur de Sophie, qui l’admire et rêve secrètement de lui ressembler, dresse, jour après jour, au fil de ses souvenirs et de son quotidien difficile, le portrait extraordinaire de cette jeune résistante. Avec une plume simple et fine, l’auteur dépeint admirablement les sentiments contradictoires qui furent le lot de tant d’hommes et de femmes, déchirés au plus profond d’eux-mêmes entre leurs idéaux et la peur que faisait régner un gouvernement despotique.

D’un ton juste et égal, ce récit transporte autant par l’émotion qu’il inspire que par les faits qu’il rapporte. On en sort confiant et plein d’espoir.

Auteure: Paule du Bouchet
Editeur : Gallimard Jeunesse
Collection : « Scripto »
Nombre de pages : 144

Ludivine Bantigny : “Rien n’est plus collectif que Mai 68” (Entretien)

Non, Mai 68 n’est pas qu’un mouvement étudiant parisien. Dans toute la France, ouvriers, agriculteurs, commerçants, artisans, et même chauffeurs de taxi et danseurs s’y sont mis. Et bien avant le mois de mai. C’est ce que l’historienne Ludivine Bantigny rétablit brillamment dans son livre, qui bouscule les idées reçues. Rencontre avec l’auteure de “1968. De grands soirs en petits matins”…

Pour en savoir plus lire le billet publié le 20 février 2018-   (Propos recueillis par Michel Abescat) – Sur le site de Telerama

Date de parution du livre le 4 janvier 2018 – À partir d’un travail dans les archives de toute la France, pour beaucoup inédites, Ludivine Bantigny restitue l’énergie des luttes, des débats, des émotions et des espoirs portés par les acteurs de 68 : toutes celles et tous ceux – ouvriers, étudiants, militants mais aussi danseurs, médecins, paysans, artisans, poètes d’un jour, et les femmes à parts égales avec les hommes – qui ont participé au mouvement. Elle s’intéresse aussi à « l’autre côté » : la police, le pouvoir et les oppositions à la contestation.

Son livre s’attache au vif des événements : à la diversité de leurs protagonistes plus qu’aux seuls porte-parole désignés, à leurs pratiques plus qu’à la rhétorique dont on les a ensuite enveloppés, à la grève qui met le temps en suspens. « Les événements » : si la formule est restée vague faute de pouvoir à coup sûr qualifier ce qui s’était passé, du moins a-t-elle le mérite de revenir précisément aux faits, aux projets, à l’inventivité, à tout ce qui a été imaginé, de grand et de petit, pour réellement « changer la vie ».

Ludivine Bantigny, ancienne élève de l’École normale supérieure, agrégée et docteur en histoire, est maître de conférences à l’université de Rouen, après avoir enseigné aux instituts d’études politiques de Paris et de Strasbourg. Ses travaux portent sur la jeunesse comme enjeu social et politique, sur la socialisation, les formes d’héritage et de transmission générationnelle, ainsi que sur l’histoire des sciences humaines et sociales (sciences du psychisme et sociologie) dans la seconde moitié du XXe siècle. Membre du comité de rédaction des revues Vingtième SiècleHistoire@Politique et Revue d’histoire de l’enfance irrégulière, elle a récemment publié Le plus bel âge ? Jeunes et jeunesse en France de l’aube des Trente Glorieuses à la guerre d’Algérie (Fayard, 2007), Les « XXe siècle » français. La France et les Français de 1914 à nos jours(Ellipses, 2006) et, en codirection, Printemps d’histoire. La khâgne et le métier d’historien (Perrin, 2004)…

Ludivine Bantigny: Livres, Biographie, écrits, livres audio …

Le blog de Ludivine Bantigny | Le Club de Mediapart

Femmes, armée et éducation dans la guerre d’Algérie – L’expérience du service de formation des jeunes en Algérie

Parution du livre le 9 décembre 2017 – Ce livre offre un autre regard sur la guerre d’Algérie en présentant l’histoire du service de formation des jeunes en Algérie (SFJA), créé en 1958. Organisme hybride, civil et militaire, son rôle était de prendre en charge l’instruction générale et préprofessionnelle des jeunes non alphabétisés. Le SFJA a été une expérience inédite dans un contexte de contre-insurrection. Pour ce faire, ses équipes de monitrices furent parmi les premières femmes envoyées en zone opérationnelle pour travailler au contact entre civils et militaires. Le livre articule l’histoire du SFJA à une biographie collective des ex-monitrices sous la forme d’un récit choral.

Avec le soutien de l’Association nationale SFJA et de l’ANR.

Sommaire :

  • L’école, l’armée et la jeunesse en Algérie avant mai 1958
  • Projet et création du SFJA : des jeunes et des femmes entre stratégie contre-insurrectionnelle et projet de développement
  • Les monitrices du service de formation des jeunes en Algérie : femmes, guerre et engagement en Algérie, 1959-1962
  • Le SFJA en action : instruire, former, convaincre, 1959-1962
  • Être monitrice du SFJA : activités, trajectoires, ressentis
  • Les derniers mois du SFJA

Luc Capdevila est membre de l’UMR 6051 Arènes/CNRS et professeur à l’université Rennes 2. Historien du temps présent, ses recherches portent principalement sur les dynamiques sociales et culturelles des sociétés en guerre et en situation coloniale…

Éditeur : PU Rennes

Collection : Histoire

Filles de Mai : 68 mon Mai à moi. Mémoires de femmes

Parution du livre le 23 janvier 2018 – ELLES ont entendu Michelle Perrot parler du silence des femmes dans l’histoire. ELLES ont voulu dire Mai 68. Elles se sont réunies. Elles ont parlé et beaucoup ri. Elles se sont souvenues. Elles ont écrit et les écrits ont voyagé de l’une à l’autre de toutes à toutes échos croisés de l’avant, du pendant et de l’après. Et puis des mots ont pris le pouvoir des mots mémoire, des mots passion et l’abécédaire est né de la mémoire de ces filles de mai. Monique Bauer. Michelle Perrot a raison d’évoquer une « chronologie existentielle », à propos de ces lignes qui traversent l’événement comme des sillons féconds. 68 se décline en milliers d’expériences intimes et collectives. Celles qu’offre ce livre n’ont pas vocation à être exhaustives, ni même représentatives. Elles s’expriment en revanche avec sincérité, loin des reniements et des rejets qui font depuis plusieurs décennies, dans les médias, le bon ton des rédactions, loin des mépris hautains et des ricanements. Ces témoignages sont une force parce qu’ils ne parlent pas seulement du passé mais donnent espoir pour le présent, à bonne distance des triomphants. » Ludivine Bantigny.

de Collectif (Auteur),‎ Ludivine Bantigny (Postface),‎ Monique Bauer (Avec la contribution de),‎ Michelle Perrot (Préface).

Éditeur : Editions Le Bord de l’eau

Collection : Documents

Pauline parachutée en 1943, la vie d’une agent du SOE – Témoignage recueilli par Hervé Larroque

Pearl Cornioley, née Pearl Witherington, s’engagea volontairement à vingt-neuf ans dans un service secret anglais : la section française du Special operations executive (SOE), pour aller aider la résistance en France. Elle fut parachutée dans l’Indre en septembre 1943. Après un travail clandestin qui dura jusqu’au débarquement, Pauline fonda et dirigea un maquis de 1 500 hommes. Cette héroïne de l’ombre n’avait jamais accepté de raconter sa vie, par pudeur et par crainte que son témoignage soit romancé. Elle a franchi le pas en pensant aux jeunes de l’époque actuelle qui, trop souvent, désespèrent. En leur confiant ce témoignage fidèle et précis, Pearl Cornioley veut les encourager à croire en leur destin, comme elle crut au sien au moment de sauter en parachute dans la nuit.

Éditeur : Editions par exemple; Édition : 3e (2008)

« Ceci est l’histoire authentique de « Pauline », ou Pearl Witherington, qui s’engagea en 1943 dans un service secret anglais – le S.O.E. – pour venir aider la résistance en France. Après quelques mois d’entraînement intensif, elle fut parachutée pendant la nuit du 22 au 23 septembre 43. Elle mena dès lors une vie étrange. Voyageant la plupart du temps dans des trains de nuit, elle allait porter des messages dont elle connaissait rarement le sens. Elle fut ce qu’on appelle un courrier.

Ce travail, très solitaire, était évidemment dangereux. Elle eut quelques émotions fortes ! En mai 44, son chef de réseau fut pris par les Allemands : elle changea de lieu et de mode de vie. Accueillie dans l’Indre, elle organisa un petit maquis, avec Henri Cornioley, son fiancé. Ils faillirent être pris ou tués, le 11 juin… En quelques semaines, le maquis se développa. Il comptait 1500 hommes en juillet 44. Son chef, que peu connaissaient personnellement, s’appelait « Pauline ».

Pour Pauline et Henri, la guerre s’arrêta en septembre. Ils partirent en Angleterre, rendirent l’argent qui leur restait des parachutages – à la surprise de l’administration militaire ! Quelques semaines plus tard, ils se marièrent… dans la plus grande simplicité.

Pauline, avec par moments le concours d’Henri, raconte les temps forts, les divers aspects, les anecdotes surprenantes ou drôles, de sa vie pendant les 5 ans de la guerre. Elle raconte aussi sa jeunesse, pas très rose. « Je n’en veux pas du tout à la vie de m’avoir donné cette enfance difficile, confie-t-elle, car ça m’a donné la force de me battre pour le restant de ma vie ». Pas du tout aigrie, elle garde un caractère ouvert, curieux des choses et des êtres.

« Pauline », Mme Pearl Cornioley, a longtemps refusé de confier son témoignage en vue d’une publication sous la forme d’un livre. Elle craignait qu’il soit romancé, c’est à dire déformé.

Hervé Larroque, journaliste du quotidien régional La Nouvelle République à Romorantin (Loir-et-Cher), avait entendu parler d’elle depuis plusieurs années et tenté en vain de la contacter pour un article, quand il eut enfin l’occasion de la rencontrer. C’était en 1992, lors d’une exposition sur la Déportation et la Résistance, à la bibliothèque municipale de Romorantin. Pauline n’est pas quelqu’un qui se laisse aborder facilement. « Quand je me suis permis de lui adresser la parole, explique le journaliste, elle m’a regardé comme si elle avait des mitraillettes à la place des yeux. Je n’avais pas d’autre choix que de contre-attaquer : je lui ai demandé pourquoi elle n’avait pas donné suite à ma tentative de rendez-vous. On s’est expliqué, puis, très vite, on s’est bien entendu. »

Il fit un premier article dans le journal, puis un autre. Plus il écoutait Pauline, plus il trouvait son histoire passionnante : elle méritait davantage que des articles. D’où le projet de ce livre. Il ne serait pas romancé, l’ancienne grande résistante et le journaliste étaient entièrement d’accord sur ce principe.

Les enregistrements sur magnétophone et prises de notes eurent lieu à la fin 1994 et au début 1995. H. Larroque a également recueilli les témoignages reproduits en annexe : ceux de Monique Bled, Henri Diacono, Raymond Billard.

Pearl  Cornioley est décédée le dimanche 24 février 2008 vers 13h 30 à l’hôpital de Blois (Loir-et-Cher) … » – Extrait sur Présentation du livre Pauline

 

Elles avaient entre  20 ou 30 ans, elles étaient belles et elles aimaient la vie ! Envisager la privation de liberté leur était insupportable.

Elles choisirent de devenir des femmes de l’ombre !

 

femmesdu SOE1942 : Winston Churchill autorise le recrutement de femmes, plus adaptées à certaines missions délicates que lance le Special Operations Executive (SOE), une organisation secrète destinée à soutenir la résistance européenne à l’ennemi nazi. Difficile pourtant de trouver l’oiseau rare disponible… On les veut vives, intelligentes, courageuses, audacieuses, et séduisantes si possible ! C’est ainsi que les trente-neuf candidates de la section F (comme France) viennent d’horizons multiples à l’image même de leurs motivations. Leur formation sera brève, mais militaire – maniement des armes, sabotage, endurance à la torture, etc. Leur histoire pleine de rebondissements et, pour treize d’entre elles, terriblement dramatique est étrangement méconnue en France. Pour retracer leur aventure, Monika Siedentopf a eu accès aux archives, dont certaines déclassifiées depuis peu, et a recueilli les témoignages d’anciens résistants. Son récit souvent bouleversant témoigne de la bravoure de ces jeunes femmes. Mais il tourne au drame lorsque l’historienne révèle l’existence d’une taupe au sein de la section F qui, pour leur malheur, ne fut découverte que bien après la guerre…

 

Éditeur: Librairie Académique Perrin (13 février 2008)
de Monika Siendentopf  (Auteur),Olivier Wieviorka (Préface), Amélie de Maupeou (Traduction)

Pour en savoir plus sur Parachutées en terre ennemie : Les femmes du … – Criminocorpus

Pays provisoire (Fanny Tonnelier)

Femme Attitude aime PAYS PROVISOIRE de FANNY TONNELIER ( Alma Editeur ) :

Couverture-Pays-provisoire-217x300« L’auteure décrit avec minutie l’univers de la création de chapeaux, reconstitue avec justesse la trame historique, depuis la déliquescence de l’empire russe jusqu’aux effets dévastateurs de la Première Guerre Mondiale ».
http://www.femme-attitude.com/…/pays-provisoire-fanny-tonn…/

Pourquoi ce coup de chapeau ? Non seulement cet ouvrage invite le lecteur dans l’univers de la création de chapeaux, celui de l’héroïne de ce roman, une modiste particulièrement douée, mais son auteure révèle un véritable talent dans l’écriture de cet ouvrage original.

Fille de plumassiers d’origine savoyarde travaillant à Paris, la jeune Amélie Servoz éprouve une véritable passion pour la création de chapeaux. Comme elle est ambitieuse, elle saisit l’opportunité que lui offre une relation de ses parents de reprendre la boutique de mode qu’elle tenait à Saint-Pétersbourg depuis quarante ans. C’est ainsi qu’Amélie part en Russie, en 1910. A cette époque, de nombreuses françaises partirent dans ce pays pour y travailler dans les métiers de la mode ou de l’éducation. La capitale russe d’alors y est dépeinte avec précision. Pendant sept ans, Amélie crée de magnifiques chapeaux destinés à la clientèle bourgeoise de la ville. Elle mène une existence paisible jusqu’à ce que la révolution de 1917 éclate. Les combats de rue font rage, l’anarchie s’installe. La boutique de la jeune femme est saccagée et pillée. Amélie décide de retourner en France, en guerre elle aussi.  Les Bolchéviks contrôlent en permanence les arrivées et départs des français, mais en échange de quelques roubles, Amélie obtient le visa qui lui permet de quitter le pays.

C’est alors que commence un long et dangereux périple en train à travers la Finlande, la Suède, puis en bateau pour se rendre en Ecosse, en Angleterre, puis enfin en France, dans le contexte de la Première Guerre Mondiale. Lors de ce voyage, Amélie rencontre Friedrich, un Suédois spécialisé dans le négoce du bois. Ils ne tardent pas à s’éprendre l’un de l’autre.

Notre avis :

La construction narrative fait voyager le lecteur, par le jeu d’alternance de scènes se déroulant tantôt à Saint-Pétersbourg, tantôt à Paris, puis à Stockholm et de nouveau en Russie, en fonction des pensées ou récits  de l’héroïne et non des événements. Ce  n’est pas un récit linéaire, mais une succession de retours en arrière,  à l’exception des six derniers chapitres (sur 28) qui sont consacrés aux étapes finales du voyage de retour en France.

L’auteure décrit avec minutie l’univers de la création de chapeaux, reconstitue avec justesse la trame historique, depuis la déliquescence de l’empire russe jusqu’aux effets dévastateurs de la Première Guerre Mondiale.

La seule faiblesse de ce roman réside dans l’apparente facilité avec laquelle l’héroïne traverse les épreuves auxquelles elle est confrontée.

Le journal d’Eva Braun (Alain Regus)

Parution du livre le 6 janvier 2012 – Il arrive parfois qu’une adolescente s’éprenne d’un homme bien plus âgé qu’elle. La fascination est encore plus aiguë lorsque l’homme en question est auréolé d’une gloire naissante et fait couler l’encre des journaux et des magazines. Eva a 17 ans en 1929. Elle travaille chez Hoffmann, photographe officiel du Parti national-socialiste, un mouvement dont la popularité ne cesse de grandir au fil des élections. Par un bel après-midi d’octobre, le chef du Parti entre dans la boutique. Il a 40 ans. C’est un homme affable, souriant, décontracté. Il montre immédiatement un réel intérêt pour la petite employée. « Il me dévorait des yeux », écrira-t-elle à une de ses amies. Eva est captivée par le regard clair, la voix grave et le port altier de celui que beaucoup appellent déjà le Führer. Trois ans plus tard, elle devient sa maîtresse et s’accrochera désormais au rêve du mariage. Mais l’agitateur d’extrême droite, devenu Chancelier, veut rester célibataire aux yeux de son peuple. 

Imbu de sa mission, de son sacerdoce, sa seule épouse ne peut être que l’Allemagne. De campagnes électorales en campagnes militaires, dans la paix comme dans la guerre, dans la victoire et la défaite, Eva passe ses journées dans l’oisiveté à attendre le bon vouloir de son amant. Amoureuse clandestine, aveuglée par sa passion, elle se construit un destin tout entier contenu dans l’ombre portée d’Adolf Hitler. Elle pose ainsi ses pas dans ceux du pire criminel de l’Histoire, toujours docile et soumise, sourde aux fracas des armes et à la douleur des victimes.

Alain Régus est passionné de théâtre; c’est d’abord vers la scène que le conduit son désir de création. Depuis 1985, il est comédien, metteur en scène et animateur d’ateliers. Durant plusieurs années, il a pratiqué un théâtre à visée sociale en montant des spectacles avec des jeunes des quartiers défavorisés et des détenus. En 2001 il devient auteur dramatique et écrit plusieurs spectacles qu’il interprète lui-même ou met en scène pour d’autres acteurs. En 2008 son texte est primé, à un concours de nouvelles. Plusieurs distinctions suivront celle-ci. Son premier roman (L’ombre) sort peu après chez un éditeur québécois. Le journal d’Eva Braun a fait l’objet d’un long travail de documentation historique. L’auteur a aussi tiré de ses recherches une pièce de théâtre, un solo féminin intitulé Eva et Monsieur Wolf…