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Disparition de Christophe Regina, maître de conférences en histoire moderne à l’université de Limoges-ESPE

PAR  · PUBLIÉ 12/10/2018 · MIS À JOUR 12/10/2018

Nous avons la très grande tristesse de vous informer que Christophe Regina, maître de conférences en histoire moderne à l’université de Limoges-ESPE, s’est éteint ce matin à l’âge de 38 ans, terrassé par une maladie contre laquelle il a lutté avec force et courage.

Très tôt intéressé par l’histoire du genre, il a consacré sa thèse aux expressions de la conflictualité féminine à Marseille au siècle des Lumières et soutenu celle-ci à l’Université d’Aix-Marseille, sous la direction de Martine Lapied et Gilbert Buti et sous la présidence d’Arlette Farge (thèse publiée en 2017 chez Garnier). Ses travaux ont porté sur les rapports des femmes à la violence au XVIIIsiècle, qu’elles en aient été actrices ou victimes, sur la criminalité, sur les liens entre littérature et droit, ainsi que sur les gens de justice et leur formation. Il a été le co-auteur, avec Philippe Gardy, de Lucifer au couvent. La femme criminelle et l’institution du refuge au siècle des Lumières ( Montpellier, Presses universitaires de la Méditerranée, 2009), ainsi que de nombreux ouvrages ayant trait à la violence (CNRS Éd., 2010), à la justice et à la manipulation. On lui doit également un essai sur La violence des femmes. Histoire d’un tabou social (Paris, Max Milo, 2011) et avec Lucien Faggion, un Dictionnaire de la méchanceté (Paris, Max Milo, 2013).

Christophe était un être sensible et généreux, et sa curiosité insatiable et contagieuse n’avait d’égal que sa gentillesse. Il était aussi avide de reconnaissance : celle de ses pairs, collègues et amis, avec lesquels il adorait échanger et défendre ses convictions. Et surtout, et même plus que tout, il recherchait la reconnaissance de ses étudiants qu’il chérissait, couvait de sa bienveillance et nourrissait de ses curiosités infinies, comme de ses travaux et découvertes.

Nous sommes tous désemparés aujourd’hui à l’idée qu’une vie si neuve, à l’aube d’une carrière si pleine de promesses, ait été interrompue si tôt et de manière si inattendue. Passionné par la recherche, les débats d’idées et l’enseignement, porteur de thèses nouvelles et stimulantes dans le domaine encore si peu masculin de l’histoire du genre, Christophe Regina survivra dans ses livres et aussi dans l’inspiration que son travail déjà si riche malgré son jeune âge nous aura généreusement léguée.

Céline Borello, Lucien Faggion et Sylvie Mouysset, ses collègues et amis

Les 76 jours de Marie-Antoinette à la Conciergerie. Volume 2, Un procès en infamie

Parution du livre le 2 novembre 2007 – A partir de documents d’archives, l’auteur retrace les soixante-seize jours de détention de Marie-Antoinette avant son exécution avec leur lot d’humiliations, de complots et de traitements dégradants. Ce volume s’ouvre au début de l’instauration de la Terreur et évoque notamment le Complot des perruquiers visant à libérer la reine, et les efforts de Robespierre pour qu’elle soit exécutée. ©Electre 2018

Ancien médecin-chef au dumenat de la faculté de médecine de Paris-XIII et ancien professeur de pharmacologie clinique de matière médicale à la faculté de pharmacie de Sienne, Paul Belaiche-Daninos, passionné d’histoire et de cinéma, a par ailleurs fondé la cinémathèque du Lubéron.

Il est l’auteur des Soixante-Seize Jours de Marie-Antoinette à la Conciergerie(Actes Sud ; 2006, prix Jacques-de-Fouchier de l’Académie française pour le premier tome) et de La Révolution fracassée (Actes Sud, 2013).

Thématique : Littérature Française

Auteur(s) : Auteur : Paul Belaiche-Daninos

Éditeur(s) : Actes Sud Leméac

Collection(s) : Babel, n° 854

Série(s) : Les 76 jours de Marie-Antoinette à la Conciergerie, n° 2

Marthe Richard et la fermeture des maisons closes

Le 4 septembre dernier, la députée La République en marche Valérie Gomez-Bassac provoquait le débat après un article dans le journal Var Matin : elle y proposait de rouvrir les maisons closespour assurer aux prostituées « les règles les plus élémentaires d’hygiène et de sécurité ». Une proposition qu’a pu inspirer la mort de Vanesa Campos, une prostituée trans tuée par balles le 30 août 2018 alors qu’elle travaillait au bois de Boulogne.

Un drame qui remet l’interdiction des maisons closes sur le devant de la scène. Votée dans l’après-guerre, cette Loi met alors un terme à un système datant de 1804, qui faisait de l’Etat « le plus grand proxénète de France ». La « Loi dite Marthe Richard », selon l’appellation officielle, ne porte pas le nom du parlementaire qui la déposa, mais celui d’une femme que rien ne prédisposait à devenir l’emblème de la fin des maisons de tolérance.

Retour sur un destin romanesque, celui de Marthe Richard, et sur la loi controversée qui porte son nom…

Invité : Thierry Schaffauser, est porte-parole du STRASS (syndicat du travail sexuel) travailleur du sexe et militant pro-prostitution. Titulaire d’un Master en Histoire du Genre à l’Université London Metropolitan, il participe, en 2009, à la création du STRASS. Il a fait paraître Les luttes des putes à La Fabrique éditions, 2014, et il tient depuis juillet dernier un blog sur le journal Libération intitulé « Ma lumière rouge ».

 AFFAIRES SENSIBLEdu lundi 24 septembre 2018 par Fabrice Drouelle

Marthe Richard et la fermeture des maisons closes – France Inter

Marie Moinon, résistante – Bibliothèque François Villon

Conférence par André Krol et Odile Mercier de l’association Histoire et Vies du 10e.

Marie Tible épouse à Paris Jean Moinon avec qui elle reprend en 1930 un restaurant au 19 de la rue du Buisson-Saint-Louis. C’est là qu’ils seront arrêtés par la Gestapo le 22 janvier 1944. En effet, en juillet 1943, Jean était entré dans le mouvement de Résistance (le SOE) et Marie le secondait. Elle sera déportée au camp de Ravensbrück et gazée le 5 mars 1945.

Dans le cadre de la 23e Saison interculturelle du 10e : « Les Femmes dans la cité » du collectif d’associations Ensemble nous sommes le 10e, venez redécouvrir la vie de Marie Moinon, figure historique de l’arrondissement.

Retrouvez tout le programme de cette 23e Saison ici.

La Polonaise : Cette immigree qui a evite un second Oradour (Alain Michalak)

Parution du livre le 2 juin 2016 – 10 juin 1944 : le plus important massacre nazi en Europe de l’Ouest fait 642 victimes à Oradour-sur-Glane. Mais voici un fait méconnu : au même moment, une seconde commune, Saillat, aurait dû rejoindre Oradour dans l’horreur. Partie à la même heure de Saint-Junien, une autre compagnie SS de la « Das Reich » a elle aussi une terrible mission de mort à accomplir. À sa tête le lieutenant Kleist de la Gestapo de Limoges, épaulé par 7 miliciens spécialistes de la traque des résistants. Son ordre : fusiller le directeur de la papeterie de Saillat ainsi que les 150 ouvriers au prétexte que 75 d’entre eux sont des résistants. Les SS sont déterminés à accomplir leur mission. Dès leur arrivée ils encerclent la papeterie et abattent un homme. Pourtant, ces SS dressés à obtempérer et à tuer repartent vers 19h sans avoir exécuté leur ordre. Pourquoi ont-ils désobéi à Saillat ? Parce qu’une immigrée polonaise fait preuve d’un culot incroyable. Appelée par Kleist qui veut l’interroger, elle livre un duel verbal acharné pour le convaincre de l’innocence du directeur et de l’absence de résistants dans le village. Ils sont pourtant très nombreux et parmi eux, son mari Léon, caché au même instant dans la papeterie. Si cette journée dramatique est le cœur de ce livre, il est indispensable de la replacer dans son contexte historique. C’est pourquoi l’auteur retrace le long périple de ses ancêtres qui ont traversé trois guerres. Ils naissent dans une Pologne occupée, vivent la Grande Guerre 14/18 dans des circonstances étonnantes, puis la guerre polono-russe. Arrivés dans le nord de la France fin 1928, ils fuient à l’arrivée des troupes allemandes en 1939 et s’installent provisoirement à Saillat. Au cours de ses longues recherches pour reconstituer cette histoire, l’auteur découvre avec stupéfaction l’étrange secret concernant la guerre 14/18, que par prudence, son grand-père a caché à sa famille jusqu’à la fin de ses jours… Ce livre est aussi un hommage aux soldats polonais qui se sont battus aux côtés des français au cours des 2 guerres mondiales ainsi qu’au réseau de résistance P.O.W.N auquel appartenaient Henri et Léon Orlowski, le fils et le mari de la Polonaise. L’historienne Janine Ponty, spécialiste des polonais de France, dénombre 18.000 résistants actifs au moment du débarquement. C’était la deuxième plus importante organisation de résistance contre l’occupant allemand en France. Environ 5.000 Résistants polonais tomberont au combat ou seront déportés. Leur devise était : « Pour notre liberté et pour la vôtre ». L’amitié Franco-Polonaise est ancestrale… Tous les personnages de ce livre ont existé. Tous les faits relatés sont authentiques et étayés par des preuves déposées au Centre de la Mémoire d’Oradour…

Petit fils de « La Polonaise », Alain Michalakrapporte pour la première fois, les propos tenus par sa grand-mère à Kleist. Il les tient de sa propre mère, qui elle aussi, a vécu ces événements. Preuves et témoignages inédits à l’appui, il détaille les coups de bluff de son aïeule pour sauver les habitant de Saillat et les résistants. Le plus stupéfiant et risqué étant celui qui a sauvé la vie du directeur de la papèterie… Autodidacte, il a d’abord exercé des des fonctions commerciales pendant 16 ans. Il s’est ensuite reconvertit comme rédacteur concepteur en marketing (copywriter) durant 27 ans en menant en parallèle une activité d’auteur dans le domaine du développement personnel dans la VPC.

57 – Portrait du jour : Alexandra Parrs « Une sociologue passionnée par l’étude des groupes minoritaires »

« … La littérature policière m’a toujours fascinée, pour son aspect sociologique justement. Souvent dans les policiers, on trouve des reflexions sociales sous-jacentes très justes, peut-être parce qu’elles ne sont pas, en apparence, au coeur de l’intrigue criminelle. J’ai voulu construire un roman à plusieurs niveaux. L’intrigue criminelle, les contrastes entre la Belgique et l’Egypte, ou encore l’Orient et l’Occident et des rémanences orientalistes dans les études contemporaines d’un universitaire belge, qui se trouve au coeur de l’histoire. Je fais allusion au voyage de Flaubert en Egypte, à sa rencontre avec Kuchuk Hanem et aux aventures des Orientalistes, le Capitaine Newbold et le Consul Van Kremer… »

Le carnet de l’histoire de la justice, des crimes et des … développe la rubrique Portrait du jour – Criminocorpus et ouvre ses pages aux fidèles lecteurs du site.

Pour son cinquante septième Portrait du jour–Criminocorpus la rédaction du blog reçoit Alexandra Parrs, l’auteure du polar « La putain de Flaubert » aux Editions ROD

Alexandra Parrs est sociologue. Elle a vécu et enseigné la sociologie en Birmanie, au Sultanat d’Oman, aux États-Unis et en Égypte. Pendant ses quatre années passées en Égypte, elle a fait une recherche ethnographique originale sur les Gitans d’Égypte, ce qui lui a permis d’écrire son premier ouvrage de fiction : « La putain de Flaubert », paru en 2017 . Elle habite à Bruxelles.

La rédaction du carnet de l’histoire de la justice, des crimes et des … remercie infiniment Alexandra pour ce magnifique portrait qui nous plonge dans le monde des groupes minoritaires et nous rappelle à des réalités parfois dérangeantes …  Ph.P.

Alexandra Parrs – « Je suis sociologue passionnée par l’étude des groupes minoritaires et de leur positionnement dans des sociétés qui leur sont souvent hostiles. J’ai écrit ma thèse sur l’identité – changeante – des Arabes Américains après le 11 septembre 2001, à New York, une ville dans laquelle j’ai habité pendant trois ans. J’ai également publié un livre sur ma recherche aux Editions L’Harmattan, Construction de l’identité arabe américaine et un article. Ensuite, je suis partie en Birmanie, où j’ai donné des cours d’anglais à des novices dans des monastères, puis des cours d’anglais et de sociologie à d’anciens prisonniers politiques qui venaient d’être libérés ; je me suis également intéressée à un groupe minoritaire dans un environnent plutôt hostile, les Rohingyas dont on parle beaucoup maintenant, mais qui étaient complètement ignorés à l’époque (2006-2008). J’ai ensuite déménagé au Sultanat d’Oman où j’ai donné des cours d’anthropologie et fait des recherches sur les groupes (évidemment minoritaires!) Balouchis et Lawatis. Ce qui m’intéresse est de comprendre comment se construit une identité dans un contexte parfois fermé, où les majoritaires cherchent à imposer leurs propres règles, mais surtout à quel point tous ces groupes font point d’agencité – un mot alambiqué de sociologue qui s’intéresse aux stratégies employées par les membres des groupes qui se réinventent, se repositionnent et jamais ne sont les pions passifs que la société dominante souhaiterait faire d’eux.

J’ai emménagé au Caire en 2012 et pendant deux années, de 2014 a 2016, j’ai conduit une étude ethnographique afin de mieux connaitre le groupe (évidemment minoritaire, ignoré, stigmatisé, etc.) des Doms, que l’on appelle aussi les “Gitans Égyptiens”, un groupe méconnu qui, comme les Roms européens, serait issu de vagues migratoires en provenance d’Inde, ayant eu lieu entre le 7eme et 12eme siècle. Pour certains chercheurs, les Roms comme les Doms seraient des descendants de la caste des intouchables, ayant quitté l’Inde pour sortir de son rigide système de castes, alors que pour d’autres, il s’agirait de guerriers ayant combattu auprès des Perses, puis s’étant déplacés vers l’ouest au gré des conflits. Les Roms sont allés jusqu’en Europe, alors que les Doms se sont installés au Moyen-Orient. Contrairement aux Roms européens, les Doms sont très peu connus. On les trouve en Syrie, en Jordanie, au Liban et en Egypte. Pendant deux ans, j’ai rencontré ces Doms égyptiens qui habitent en général dans des quartiers très défavorisés du Caire ou d’Alexandrie, comme celui de la Cité des Morts, un cimetière du Caire où environ 30000 personnes ont choisi de vivre avec les morts, faute de mieux. Bizarrement, même dans le cimetière, les Doms occupent une place marginalisée, installés la plupart du temps dans les tombes les plus vétustes. Tout comme les Roms, les Doms sont associés à des activités spécifiques: lire les lignes de la main, rempailler les chaises, mais aussi soigner les animaux… et dans les imaginaires européens et moyen-orientaux, ils sont aussi intimement liés à des activités particulièrement marginalisantes : crimes, enlèvements d’enfants et jetage de sorts en tout genre. Dans les campagnes égyptiennes, les parents effraient leurs enfants avec des histoires de Doms nomades qui risquent de les enlever s’ils ne rentrent pas chez eux avant que le soleil ne se couche. Le mauvais oeil qui plane sur les sociétés moyen-orientales comme un épée de Damocles, est également souvent lié aux Doms de la région – ils vous le donnent ou vous en débarrassent.

Les premiers à avoir écrit sur les Dom ont été les Orientalistes européens du 19eme siècle, férus de l’exotisme de l’Orient que les Dom (qu’ils appelaient “Gitans”) incarnaient parfaitement bien : des hommes perçus comme sauvages et violents, des femmes mystérieuses et sensuelles. En particulier, les Ghawazis, des danseuses du ventre Doms, ont titillé l’esprit et les sens des Orientalistes, et surtout ceux de Gustave Flaubert qui va ramener de son voyage en Egypte le mythe de l’Orient sensuel et consommable, incarné par sa rencontre avec Kuchuk Hanem, une Ghawazi dont il se serait épris et inspiré pour écrire certaines de ses nouvelles et même peut-être Madame Bovary.

Apres mes recherches ethnographiques, j’ai écrit un ouvrage de sociologie sur les Dom égyptiens : Gypsies in Contemporary Egypt – AUC Press publié aux éditions AUC Press et quelques articles, en français et en anglais. Cependant j’ai eu aussi envie de me servir de toutes les informations que j’avais accumulées sur les Doms d’une autre manière, d’une manière moins scientifique et plus créative. Je venais de déménager a Bruxelles et la grisaille de la ville, en contraste avec les lumières de l’Orient, m’ont inspirée. C’est comme cela que La Putain de Flaubert est née.

La littérature policière m’a toujours fascinée, pour son aspect sociologique justement. Souvent dans les policiers, on trouve des reflexions sociales sous-jacentes très justes, peut-être parce qu’elles ne sont pas, en apparence, au coeur de l’intrigue criminelle. J’ai voulu construire un roman à plusieurs niveaux. L’intrigue criminelle, les contrastes entre la Belgique et l’Egypte, ou encore l’Orient et l’Occident et des rémanences orientalistes dans les études contemporaines d’un universitaire belge, qui se trouve au coeur de l’histoire. Je fais allusion au voyage de Flaubert en Egypte, à sa rencontre avec Kuchuk Hanem et aux aventures des Orientalistes, le Capitaine Newbold et le Consul Van Kremer.

Cela a été très libérateur de laisser libre court à mon imagination à partir de toutes sortes de détails anecdotiques que j’avais relevés pendant ma recherche… que les femmes Doms se teignent en blond puis cachent leurs cheveux sous des hijabs qu’elles enlèvent lorsqu’elles sont chez elles, que les Doms mangent du koshari (Le plat traditionnel égyptien à base de pates, riz et lentilles) dans des sacs en plastique dont ils coupent un coin pour en aspirer voluptueusement le contenu, que toutes sortes de légendes folles circulent à leur sujet à l’heure actuelle et font la une des journaux à scandales, comme par exemple que les femmes Doms se rendent à la Mecque pour dévaliser des pèlerins et qu’elles rentrent au Caire les poches pleines de montres en or, que ces mêmes femmes fument à longueur de journée et frappent leurs maris, comme cela a été décrit dans le film égyptien Segn al-Nessa. Quand j’écris c’est souvent à partir de l’un de ces details un peu étrange que je construis un episode, que je tisse des relations entre les protagonistes.

Le roman policier est aussi un vecteur pour faire passer toutes sortes d’informations et dans le cas de La Putain de Flaubert, les crimes sont aussi métaphoriques de la violence qui existe entre différents groupes, qui sont séparés par des frontières ethniques, sociales, culturelles… Je suis maintenant en train de travailler sur un roman qui se déroule au Sultanat d’Oman, encore un policier, avec mon cher Inspecteur Dekyndt, un Belge un peu superstitieux qui est aux prises avec les superstitions omanaises et les légendes sur la magie noire ayant lieu dans l

61 – Portrait du jour : Jeanne Faivre d’Arcier, l’auteure du roman noir « Les Encombrants »

« … Et je continue à lire. Comme une dingue. Je découvre la Terreur anglo-saxonne, un genre très en vogue dans les années 80/90, avec Stephen King, Masterton, Peter Straub, Dean Koontz, etc. Ces gens-là me « parlent ». Autant que Zola, Maupassant, Flaubert, Proust, Henry Miller, Kafka, Freud, Schnitlzer, Stefan Sweig ou Pavese, quand j’étais plus jeune, mais qui aurait le culot de prétendre rivaliser avec des monuments de la littérature mondiale ? Pas moi. Alors que le jour où je tombe sur Anne Rice et son » Entretien avec les vampires » je me dis : « Les vampires, c’est ça le truc que je cherchais depuis un bon bout de temps ! » … »

Le carnet de l’histoire de la justice, des crimes et des … développe la rubrique Portrait du jour – Criminocorpus et ouvre ses pages aux fidèles lecteurs du site.

Pour son soixantième et unième Portrait du jour–Criminocorpus la rédaction du blog reçoit  Jeanne Faivre d’Arcier, une romancière de l’imaginaire … qui nous dresse un portrait fort sympathique à l’intention de nos  lecteurs … D’autant plus que nous aimons les vampires à Criminocorpus ! Ph.P.

 Biographie de Jeanne FAIVRE D’ARCIER

Lettres Classiques et diplômée de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris. Chasseur de têtes en parallèle avec une activité d’écrivain que je mène maintenant à plein temps depuis dix ans. Auteur de dix sept romans. Romancière de l’Imaginaire avec une thématique fantastique, roman noir et jeunesse.

Prix Ozone 1998, Grand Prix de l’Imaginaire 2001, Prix de la ville de Gujan-Mestras 2016.

Membre de la Société des Gens de Lettres, du syndicat des écrivains de Langue Française et de la Charte des auteurs jeunesse.

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« « Les encombrants », mon dernier roman noir, se déroule à Pigalle où j’ai posé mes valises en 1989. Il fourmille d’anecdotes vécues ou vues de mon balcon. Dans ce quartier interlope où se mêlent des tenancières de bars au nom imagé comme « La Chatte Blonde », des intellos déjantés, des paumés fracassés, des mythomanes flamboyants, des bobos friqués et de vrais artistes comme Josiane Balasko qui est ma voisine, l’aventure est au coin de la rue. On sort promener son chien et l’on discute croquettes et toilettage avec des dames de petite vertu et des truands… qui eux aussi, ont un compagnon à quatre pattes. Ce sont les voisins, voilà tout. Au même titre que le boulanger et le barman du troquet où l’on boit son petit noir le matin. Donc rien d’étonnant à ce qu’il y ait dans ce polar un homosexuel quinquagénaire aux yeux faits au khôl qui fouille les poubelles en caleçon à fleurs, marcel et charentaises et qui trouve un bébé de trois mois dans un buffet posé sur le trottoir à destination des « encombrants », le service de la mairie auquel les gens confient tous les nanars dont ils ne veulent plus : téloches cassées, frigos hors d’usage, buffets boiteux, vioques séniles, trisomiques, enfants abandonnés. Et bien sûr, dans cette histoire, il y aussi de faux gentils et des vrais méchants, des sadiques et des menteurs, des tueurs et une femme flic au grand cœur même si elle est plus préoccupée de sa propre identité sexuelle que de ses enquêtes : Pigalle, sera toujours Pigalle et un roman noir, c’est un roman noir !

Je suis née un 31 août, une date fatale, c’est le jour de la mort de Baudelaire. Laquelle date a dû exercer une influence occulte sur moi car j’ai commencé à écrire des petits poèmes à l’âge de sept, huit ans… Je plaisante : mes gribouillis n’avaient aucune valeur. En revanche, j’ai lu très tôt et très jeune. Fille unique, couvée par une mère sévère et un tantinet abusive, je n’avais d’autres copains que mes bouquins alors que les gosses de mon immeuble parisien jouaient à la marelle ou se chamaillaient dans la cour. Cette solitude subie a été une chance en vérité : je raflais toujours les meilleures notes à l’école en français et en histoire ! Une prof m’a dit en troisième après avoir lu une de mes compositions françaises : « Vous, vous serez romancière plus tard. »Je l’ai regardée, les yeux ronds en me disant qu’elle était cinglée. Mais j’ai quand même choisi de faire deux années de Lettres Classiques avant d’être reçue à Science Po Paris. Et rebelote en dernière année à l’Institut d’Etudes Politiques quand, à l’occasion de la notation d’un mémoire sur les femmes paysannes, un enseignant me lâche : « « C’est vachement bien écrit, votre truc, Jeanne ! » Et là je me dis qu’en fait de truc, oui, il y en a réellement un, de truc. Et que je n’en ai rien à cirer des agricultrices que j’ai interviewées en parcourant la Bretagne en stop, mon petit magnétophone dans mon sac à dos. Ce qui m’intéresse c’est d’écrire mes propres histoires, je le pige tout à coup.

Suit un premier livre, publié chez Flammarion, un texte court et violent sur l’anorexie dont j’ai été atteinte entre 18 et 25 ans. Aujourd’hui on classerait ça en autofiction, à l’époque, l’éditrice a rangé le livre dans la catégorie « récit » .

 « La Ceinture »  obtient un succès d’estime. Suivent des tentatives que je qualifierai « d’ovnis et même de catastrophes littéraires ». Des mélanges désastreux entre l’autofiction et le roman noir. Ecrire des polars était mon ambition de départ quand je me suis mise au boulot. Mais à trop flirter avec les genres, ces machins qui n’étaient ni des romans noirs ni des récits autobiographiques n’ont pas trouvé preneur.

J’arrête d’écrire, en pleine dépression, lorsqu’après avoir été en lecture huit mois chez Grasset avec de bonnes chances de publication, l’un de ces romans est refusé à une voix près par le comité de lecture.

Je m’investis dans mon métier de chasseur de têtes. Je travaille avec les PDG des parfums Dior, de Chanel, de Vuitton, de grands labos pharmaceutiques. La réussite ne me monte pas à la tête mais elle compense la douleur de la blessure littéraire.

Et je continue à lire. Comme une dingue. Je découvre la Terreur anglo-saxonne, un genre très en vogue dans les années 80/90, avec Stephen King, Masterton, Peter Straub, Dean Koontz, etc. Ces gens-là me « parlent ». Autant que Zola, Maupassant, Flaubert, Proust, Henry Miller, Kafka, Freud, Schnitlzer, Stefan Sweig ou Pavese, quand j’étais plus jeune, mais qui aurait le culot de prétendre rivaliser avec des monuments de la littérature mondiale ? Pas moi. Alors que le jour où je tombe sur Anne Rice et son  « Entretien avec les vampires » je me dis : « Les vampires, c’est ça le truc que je cherchais depuis un bon bout de temps ! « .

Je rédige « Rouge flamenco : Biographie d’une vampire » et dans la foulée « La déesse écarlate« , l’histoire de deux femmes vampires, dont l’une est une danseuse de flamenco, en clin d’œil au « Carmen » de Bizet et de Mérimée ; et la deuxième la mère des vampires hindous, en détournement des grands mythes hindouistes qui sont sanglants, poétiques et cocasses et peuvent se lire comme « Blanche Neige et les Sept Nains », indépendamment de leur contenu religieux dont je ne sais rien. Ces deux livres de vampires ont eu une destinée incroyable avec cinq éditions différentes : en grand format chez Manya, puis en poche chez Pocket Terreur, puis une réédition en grand format chez Bragelonne sous la forme d’un opus appelé « L’Opéra macabre – l’intégrale » puis une édition numérique, et enfin une traduction en Allemagne chez Heyne, un grand éditeur allemand type Hachette. Cela fait donc plus de vingt ans que les gens les lisent. Ils sont devenus des classiques du genre en quelque sorte.

Après avoir passé cinq ans à travailler sur les vampires et à imaginer des scènes de morsure – « « L’ai-je bien mordu(e)? » « Comment vais-je la (le)mordre ce coup-ci ? » -, j’ai été saoulée et j’ai eu besoin de changer de registre.

J’ai publié un roman historique chez Belfond  « La Brûlure du péché »

Après avoir obtenu le grand prix de l’Imaginaire en 2001 pour une novella parue chez Flammarion dans une anthologie fantastique ( « Monsieur Boum-Boum »  in Cosmic Erotica), je me suis mise sérieusement au polar. Certains se déroulent sur le bassin d’Arcachon où je vis une grande partie de l’année, d’autres à Paris, ma ville natale.

Comme j’avais promis de faire une trilogie sur les vampires et que j’avais laissé mon lectorat fan de ce genre se morfondre près de dix ans (hou la vilaine !) j’ai enfin écrit « Le dernier vampire » que Bragelonne a publié en 2012.

J’écris aussi, avec un grand bonheur, pour la jeunesse. Chez Syros Nathan d’abord, dans la collection « Souris Noire » où mes petits polars pour les 9/12 ans se déroulant sur le bassin d’Arcachon sont très lus, sans cesse réédités et prescrits en milieu scolaire ; j’interviens régulièrement dans les écoles pour animer des ateliers d’écriture polar. Et chez Castelmore, la collection jeunesse de Bragelonne qui a publié ma petite série en deux romans sur Bordeaux avec des jumeaux télépathes de quinze ans qui font des voyages temporels, deux flics du SRPJ de Bordeaux, un chien de guerre géant de 140 kilos la mauviette, et bien sûr un vampire ( on ne se refait pas !)

En cours d’écriture : un roman noir pour les adultes.

En projet : des romans jeunesse »