Archives pour la catégorie Justice

Une fille en correction – Lettres à son assistante sociale (1952-1965) – Jean-François Laé

Parution du livre le 23 juillet 2018 – Dans le sous-sol d’une association chargée de l’enfance à Avignon, sur des étagères en acier des années 1950, se succèdent trois cents mètres de dossiers noircis par le temps. « C’est un débarras », me lance Chantal, la cheffe du service, « vous ne trouverez que du vieux papier ! ». Des fouilles surgissent 160 lettres entre Micheline – enceinte à 20 ans – et Odile, assistante sociale auprès du tribunal pour enfants.

L’histoire commence ainsi. Une grossesse hors mariage et en situation de pauvreté, c’est une vie scellée dans un foyer maternel. Tandis qu’un cercle de femmes « sages » s’occupe de Micheline, celle-ci se révolte et s’enfuit. On la recherche dans tout le Roussillon. Odile la rattrape. Micheline aime sortir au bal ? L’assistante sociale l’en dissuade et la menace. Et pourtant, elle l’aime bien, cette échevelée ! C’est « ma fille », écrira-t-elle un jour.

C’est dans l’entrelacs de cette correspondance, sur le fil des relations entre Micheline et Odile, que se tisse le récit de Jean-François Laé autour des plaintes, de la soumission et de la révolte de ces jeunes femmes si tôt assignées. Filles célibataires, indisciplinées ou frondeuses, souvent en bisbille avec leurs familles, elles sont les oubliées de notre histoire.

À travers la révolte de Micheline, Jean-François Laé poursuit inlassablement son exploration des vies « faibles », fragiles, celles d’« anormaux » qui lancent un défi à l’ordre social.

Préface de PHILIPPE ARTIÈRES

Jean-François Laé est professeur de sociologie à l’université de Paris VIII Saint-Denis. Il est notamment l’auteur de L’argent des pauvres (avec Numa Murard, 1985) et de Dans l’oeil du gardien (2015).

Entre l’ethnographie urbaine et la discipline des corps, Jean-françois Laé étudie les situations limites : tribunaux, aide sociale, enfermement ordinaire, hommes à la rue, précarité extrême. Par une sociologie narrative, il ordonne les récits qu’on lui a confiés, des scènes vues, entendues puis montées. Par ce parti pris, apparaît un ordre de marche des individus, des familles, guettés par la pauvreté, la folie, la maladie, la mort, la destruction. Ainsi tient-il à la fois une posture de philologue, un regard aigu sur la réalité large, et une conceptualisation des institutions où s’effectue une certaine maintenance des corps qui échappent sans cesse.

CNRS Editions

46- Portrait du jour : « Je me nomme Mélisa Rousseau et j’exerce le beau métier de directrice des services pénitentiaires. »

« Je prends mes fonctions début 2010 au Centre pénitentiaire de Lille et cette fois avec l’uniforme de directrice. Nommée directrice des pôles administratifs, j’ accompagne l’adjoint chef d’établissement pour piloter la fermeture des deux prisons de Loos. Je ne compte pas le temps passé avec les personnels ou bien encore les multiples entretiens avec les personnes détenues. J’ai parfois eu peur de mal faire ou bien encore de « l’autre », cette personne détenue que l’on découvre derrière la porte, son parcours de vie souvent violent, médiatique, ses humeurs parfois déroutantes… C’est d’ailleurs, cette quête constante de l’être humain qui m’a conduit en 2010 à préparer un cyber-diplôme en analyse de criminologie et à me spécialiser en profilage… »

Le Carnet de l’histoire de la justice, des crimes et des … développe la rubrique Portrait du jour – Criminocorpus  et ouvre ses pages aux fidèles lecteurs du site.

Pour son quarante sixième Portrait du jour–Criminocorpus la rédaction du carnet reçoit Mélisa Rousseau, directrice des services pénitentiaires adjoint au centre pénitentiaire de Fresnes.

C’est un immense plaisir teinté d’une émotion sincère que j’ouvre les pages du carnet à Mélisa qui fut un temps chargée du service formation à  la Direction interrégionale de Dijon . Formateur des Personnels au sein de la DR de Dijon j’ai apprécié chez cette jeune femme le professionnalisme, la rigueur et l’intégrité. C’est un bel exemple de promotion sociale pour une directrice qui n’a pas perdu le sens des réalités et de ses origines sociales. Chapeau bas et respect Mélisa !  Ph.P.

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Portrait du jour Mme Mélisa ROUSSEAU « Fière d’être directrice des services pénitentiaire

« Mon métier est une passion,. Je suis  » la patronne » comme disent les surveillants pénitentiaires, une vraie reconnaissance sans artifice. Après 18 années d’exercice au sein de l’administration, je suis fière d’exercer le métier de directrice des services pénitentiaires. Je dirige, en qualité d’adjoint, le Centre Pénitentiaire de Fresnes.

Originaire d’un petit village de vignes en Côte d’Or, je suis issue d’une famille ouvrière. Mon père travaillait à l’usine et ma mère faisait des ménages. L’école de la République a toujours été pour mes parents un gage de réussite, il fallait bien travailler et se « nourrir » de livres, sans doute une revanche pour eux qui n’ont jamais eu l’opportunité de poursuivre des études. Au départ orientée vers des études manuelles, comme toutes les jeunes filles de ma famille, mon père a voulu que je sois la première femme à poursuivre un cursus universitaire, car je devais être « indépendante ». Je garderai de cette période un goût artistique prononcé pour la peinture ou le patchwork, ce qui permettra toujours qu’équilibrer les déceptions de ma vie et de me préserver.

Après un baccalauréat en économie, rêvant d’accéder à Science politique, j’ai finalement, pour des raisons économiques, commencé mes études à l’université de Dijon dans la filière histoire. Mon intérêt pour les sciences humaines, je l’ai partagé jusqu’à la maîtrise avec mon grand-père un autodidacte certes, mais un homme d’une intelligence fine bien que mineur de profession. Portée par ce cadre familial bienveillant, j’étais titulaire d’une maîtrise à 22 ans en 1998 et prête à préparer l’agrégation d’histoire, en rêvant de transmettre mon peu de savoir par le biais de l’enseignement.

En 2000, pour la première fois de ma vie, l’échec est au rendez-vous à deux reprises au concours de l’agrégation, mais peu importe je vais me débrouiller! A l’automne, je franchis pour la première fois, par hasard, le porche de la maison d’arrêt de Dijon. D’un pas décidé je vais m’inscrire au concours de surveillant. Je suis loin de savoir à ce moment précis que j’ai rendez-vous avec « ma vie » tant au niveau personnel que professionnel. Le fonctionnaire qui est assis derrière le bureau m’écoute, me conseille pour la préparation des concours pénitentiaires, il deviendra par la suite mon conjoint et le père de mes enfants.

Mai 2001, je pars pour Agen afin d’intégrer l’Ecole Nationale de l’Administration Pénitentiaire. Je suis élève surveillante et je fais mon premier stage au quartier des femmes de la maison d’arrêt de Dijon. Beaucoup me disent que je suis trop diplômée, peu m’importe, j’ai un travail et je porte, pour la première fois, un uniforme avec fierté. J’envisage de poursuivre ma carrière dans ce monde que je découvre et qui me plait car je suis utile aux autres. Ces femmes que je découvre écrouées souvent pour des procédures criminelles, leur parcours de vie me questionne.

Après quelques semaines, je quitte l’administration pénitentiaire par le hasard des concours mais je n’oublierai pas l’humanité que j’ai découvert derrière les murs, cela pourrait également être une définition positive de l’expression « choc carcéral »!!

Après un bref passage à l’Education nationale, je rejoins en 2001 la préfecture de Dijon. Je viens de réussir le concours de secrétaire administratif. A 24 ans, je prends la direction de la 2éme chambre du tribunal administratif en charge du contentieux de la fonction publique.

Avide de connaissance, je vais découvrir un autre métier de la justice. J’assiste pendant deux ans un conseiller en charge des reconduites à la frontière.

Ma carrière est jalonnée de « belles rencontres ». Repérée par le greffier en chef, Philippe, j’assure rapidement son intérim. Ces deux années manqueront tout autant mon choix de carrière administrative. J’aime la rigueur, le classement des dossiers, la recherche de la solution administrative que génère le contentieux. Et pourquoi pas devenir cadre?

Le défit est relevé, après deux ans de service, j’intègre le prestigieux Institut Régional d’Administration de Lyon. Je travaille pour parvenir à sortir dans les meilleurs de ma promotion d’attaché. Nous sommes 120, je finirai 38éme. J’hésite entre deux ministères, les Finances et la Justice, ce sera la Direction interrégionale de Dijon et donc un retour à l’administration pénitentiaire en 2004. Chargée du service formation, adjointe de la directrice des ressources humaines, je serai après quelques années nommée contrôleur de gestion. Cette période administrative, je la vivrai avec passion. Entre temps, je deviens maman, en 2007 et de nouveaux horizons personnels s’ouvrent. A ce moment, ma carrière est stabilisée et je n’ai plus d’autre ambition. Cependant, ma hiérarchie me propose d’intégrer le corps de directeur à 33 ans. Une nouvelle aventure commence !!

Je prends mes fonctions début 2010 au Centre pénitentiaire de Lille et cette fois avec l’uniforme de directrice. Nommée directrice des pôles administratifs, j’ accompagne l’adjoint chef d’établissement pour piloter la fermeture des deux prisons de Loos. Je ne compte pas le temps passé avec les personnels ou bien encore les multiples entretiens avec les personnes détenues. J’ai parfois eu peur de mal faire ou bien encore de « l’autre », cette personne détenue que l’on découvre derrière la porte, son parcours de vie souvent violent, médiatique, ses humeurs parfois déroutantes… C’est d’ailleurs, cette quête constante de l’être humain qui m’a conduit en 2010 à préparer un cyber-diplôme en analyse de criminologie et à me spécialiser en profilage.

A 35 ans, mon deuxième enfant malade me prend toute mon énergie et c’est bien lui ma plus belle réussite. Mon second poste de directeur, je l’exerce en hôpital pénitentiaire à Fresnes avant de rejoindre un emploi de chargée de mission informatique. Je retrouve désormais le goût du défi.

2016, je suis nommée adjoint au chef d’établissement de Fresnes auprès d’un Directeur qui bien qu’ayant de grandes craintes va me faire confiance, un personnage exigent mais une vraie leçon de courage. Chaque jour, en dépit d’un quotidien complexe et fatiguant, je reprends le chemin de la détention et j’arpente le parquet de Fresnes avec la même force de conviction et le même sentiment d’être utile à la société au service de l’Etat.

A 42 ans, j’ai trouvé ma voie sans jamais me perdre dans une passion professionnelle dévorante.

Je me nomme Mélisa ROUSSEAU et j’exerce le beau métier de directrice des services pénitentiaires. »

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Mélisa ROUSSEAU

Directrice des services pénitentiaires (DSP)

Coordonnées: 1 Allée des Thuyas; Pavillon I, 94260 FRESNES

Pacsée, 42 ans, 2 enfants

Compétences :

* Aptitude à la négociation et compétences affirmées dans la gestion de crise et la résolution des conflits

* Conduite de projet en situation tendue

* Capacité rédactionnelle confirmée

* Prise de parole en public et sens naturel de la communication

* Grande autonomie de travail, capacité d’initiative et prise de décision à forts enjeux

Expériences professionnelles :

Ministère de la Justice

Mai 2016 Adjointe au chef d’établissement du centre pénitentiaire de Fresnes

Direction de l’administration pénitentiaire (DAP)

Direction Interrégionale des Services Pénitentiaire (DISP) de Paris

Sous le commandement du Chef d’établissement, Philipe OBLIGIS, tel prof: 06 82 22 73 23

Contexte: 2éme établissement pénitentiaire de France par la taille, soit 5 sites distincts, plus de 3000 personnes écrouées (200% de surencombrement) et 1100 fonctionnaires

Missions principales :

* Intérim du chef d’établissement

* Chargée de communication en lien avec les cabinets du Ministre, du Directeur d’Administration Pénitentiaire et le bureau en charge des relations internationales pour l’accueil des délégations étrangères et les visites parlementaires.

ex) Préparation de la visite du Président de la République

* Management de 1100 collaborateurs corps et grades confondus (11 A, 189 B, 900 C)

* Suite à la mise en place du quartier d’évaluation des personnes radicalisées, en mars 2017: pilotage des cycles d’évaluation, pilotage des retours d’expérience en lien avec l’équipe pluridisciplinaire.

* Référente pour la prévention du suicide des personnes détenues. ex) Elaboration d’un plan d’action 2018

* Pilotage d’un plan d’action sanitaire suite aux injonctions déterminées par le juge administratif en 2016 et 2017. ex) mise en oeuvre d’un plan d’action d’éradication des rongeurs supérieure à 50%

* Création d’un pôle juridique en août 2017, en répondre à l’augmentation des saisines et contentieux juridiques

* Participation active à la sécurisation du site :

Ex) Développement d’une cellule de renseignement locale

Présence à l’état major de sécurité organisé par le Préfet et participation au côté des forces de sécurité du département

Participation au dialogue engagé avec les élus locaux et le sous-préfet d’arrondissement pour le déploiement d’une vidéosurveillance, suite aux intrusions constatées dans l’enceinte de l’établissement, en juillet 2016

Septembre 2013 Directrice du projet GENESIS

Mai 2016 à la DISP de Paris

Sous le commandement du Directeur Interrégional de Paris, M. Laurent RIDEL, tel: 01 46 15 91 00

Contexte: Participation au déploiement national d’un nouvel applicatif informatique « GENESIS » en remplacement d’applications obsolètes, pour la gestion des personnes détenues

Missions principales :

* Management d’une équipe de 12 à 20 agents (5 A, 1 B et 10 C).

Dans un contexte de défaillance de l’applicatif informatique constaté fin 2013, développement de stratégies de contournement permettant un déploiement immédiat de l’applicatif et le respect du planning de déploiement

Ex : Proposition du redéploiement de la zone de stockage au CP de Fresnes dans un contexte de gestion à flux tendu

* Elaboration et suivi de rétro plannings en lien avec les équipes de conception du ministère (DAP et Secrétariat général)

* Impulsion de la conduite de changement, par la réalisation d’audits conduisant à la restitution d’analyses d’impacts organisationnels

* Déploiement en soutien des équipes locales constituées

* Elaboration et mise en œuvre d’un plan de communication, permettant une restitution efficace de l’information

Juin 2011 Adjointe au directeur de l’Etablissement Public de Santé National de Fresnes Septembre 2013 DISP de Paris

Contexte: Etablissement hospitalier de santé placé sous la double tutelle de l’Agence régionale de santé d’Ile de France et de la DISP de Paris.

Hôpital de 120 lits dédiés à la prise en charge des personnes détenues, regroupant 100 personnels pénitentiaires et hospitaliers.

Missions principales :

* Intérim du chef d’établissement et du directeur hospitalier, suite à une absence de 6 mois

* Gestion de la sécurité de l’établissement

* Renouvellement du processus de labellisation pénitentiaire, obtenu 4 ans auparavant

* Décembre 2011 : ouverture du Centre de rétention de sûreté médico-socio judiciaire, issu de la loi du 25/02/2008 suite au placement en rétention par les autorités judiciaires d’une personne retenue.

Proposition d’un cadre administratif de fonctionnement: ex: rédaction de notes permettant la mise en oeuvre de la réglementation en vigueur

Janvier 2010 Directrice des pôles transversaux au centre pénitentiaire de Lille, Juin 2011 Adjointe au directeur du centre de détention de Loos

DISP de Lille (Exercice de 2 postes)

Intégration dans le corps de Directrices des Services Pénitentiaires, sur proposition

Contexte Etablissement réparti sur 5 sites distincts, hébergement d’environ 1200 personnes détenues et 550 agents (11 A, 39B, 500 C)

Missions principales :

* Pilotage des services financiers, des ressources humaines, du greffe et des moyens logistiques : management de l’équipe de cadre et intérim du directeur du Centre de détention de Loos

* Responsable de la sécurité

* Elaboration et suivi local du projet de fermeture des sites du centre de détention, de la maison d’arrêt de Loos. Chargée de la restructuration des sites de Loos, dans la perspective de l’après fermeture.

Janvier 2008 Attachée, contrôleur de gestion

Janvier 2010 DAP, DISP de Dijon

Septembre 2004 Attachée chef du service recrutement et de la formation des Décembre 2008 personnels

Adjointe à la directrice des ressources humaines (catégorie A)

DAP, DISP de Dijon (Exercice de 2 postes)

Intégration dans le corps des attachés, suite à la scolarité à l’IRA

Ministère de l’Intérieur

Octobre 2001 Secrétaire administratif, greffier de la 2éme chambre

Septembre 2003 Tribunal administratif de Dijon

Ministère de l’Education nationale

Septembre 2001 Secrétaire administratif, gestionnaire d’un collège (catégorie B)

Octobre 2001 Collège Champollion, Rectorat de Dijon

Ministère de la Justice

Mai 2001 Surveillante pénitentiaire (catégorie C)

Août 2001, Maison d’arrêt de Dijon, DAP, DISP de Dijon

Formations et stages :

2011/ 2012 Diplôme universitaire de profilage, expertise en criminologie, tueurs en série réalisé en cyber-diplôme à l’université de Toulouse. Expertise des passages à l’acte violents et des temps longs d’incarcération

Septembre 2003 Elève Attachée à l’Institut Régional d’Administration de Lyon

Septembre 2004

2002 Elève à l’Institut de Préparation à l’Administration Générale (IPAG) de Dijon

1998/2000 Elève à l’Institut de Universitaire de Formation des Maîtres (IUFM) de Dijon

1998 Maîtrise en histoire moderne

Activités diverses :

Depuis 2014 Membre du jury d’entrée pour le concours de l’IRA de Metz

Encadrement des stagiaires et élèves de catégorie A (attaché, directeurs, élèves de différentes écoles

Participation régulière à des courses de marche nordique, réalisation de peintures et création de Patchwork (exposition sur un site internet)

Fait à Fresnes, le 1er juillet 2018

 

Les différentes facettes de l’épuration après-guerre

Une analyse historique de l’épuration des collaborateurs en France de la Seconde Guerre mondiale à nos jours.

Les Françaises, les Français et l’épuration est un ouvrage très attendu sur cette période troublée de la fin de la guerre. Depuis la thèse de Peter Novick en 1968 (L’épuration française, 1944-1949, traduit en Français en 1985), il n’y avait pas eu de travaux de synthèse sur cette question épineuse. De nombreux historiens comme François Rouquet et Fabrice Virgili ont travaillé sur certains aspects précis de l’épuration, respectivement celle de l’administration et la tonte des femmes. D’autres comme Luc Capdevila, à propos des Bretons à la Libération, ont mené des recherches régionales sur la période. Les Françaises, les Français et l’épuration vient donc combler ce vide historiographique en proposant une synthèse complète sur le sujet, se permettant même de sortir du cadre national, afin de proposer au lecteur une approche comparatiste très bien venue, avec d’autres pays européens ou dans le cadre de l’Empire colonial français.

F. Rouquet et F. Virgili ont souhaité montrer le phénomène épuratoire dans toutes ses dimensions et sur différents espaces, pour mieux en saisir l’ampleur. Ils ont choisi de faire une « histoire par le bas », pour comprendre tous les enjeux et d’éviter de faire des grands procès Pétain et Laval de 1945 « les arbres qui cachent la forêt ». En effet, il n’y a pas eu une mais des épurations : Les Françaises, les Français et l’épuration bat donc en brèche cette idée reçue, tout comme d’ailleurs les stéréotypes sur « l’épuration sauvage » (Philippe Bourdrel) et son caractère spontané, ou l’idée qu’il y a eu, en 1944-1945, une guerre civile en France …

 sur le site de Non fiction le 2 juillet 2018  pour en savoir plus.

Trois «affaires classées» éclairent le pouvoir des femmes au Moyen Age

Entrées dans la sphère du pouvoir politique, trois femmes accusées d’adultère eurent la tête tranchée : leur infidélité était devenue une atteinte à la souveraineté détenue par le couple seigneurial.

Cold cases : ainsi Élisabeth Crouzet-Pavan et Jean-Claude Maire Vigueur désignent-ils les exécutions de trois femmes, épouses de trois des plus puissants seigneurs d’Italie au tournant des xive et xve siècles. Les malheureuses furent accusées d’adultère et eurent la tête tranchée. Certes, le nom des commanditaires de ces assassinats est tout aussi connu que le mode opératoire : Francesco Gonzague, seigneur de Mantoue, convoqua un tribunal d’exception afin que la peine de mort fût prononcée contre Agnese en 1391 ; Filippo Maria Visconti, duc de Milan, fit soumettre à la question et condamner Beatrice par un juge en 1418 ; Niccolò d’Este, marquis de Ferrare, ordonna lui-même la décollation de Parisina et de son amant, le propre fils du seigneur, en 1425.

Cold cases pourtant, car ces exécutions s’étaient évanouies dans la nuit historiographique jusqu’à ce que Élisabeth Crouzet-Pavan et Jean-Claude Maire Vigueur, spécialistes de l’Italie de la fin du Moyen Âge et de la Renaissance, exhument le dossier ou, pour le mieux dire, créent le dossier en associant les trois cas. Outre son resserrement chronologique (moins de quarante ans) et spatial (l’Italie du Nord et ses cours), cette séquence se distingue par plusieurs étrangetés qui, jusqu’à présent, avaient échappé à l’attention. Décelées par É. Crouzet-Pavan et J.-C. Maire Vigueur, elles les ont poussés à mener l’enquête dans les archives de Ferrare et de Mantoue, de Modène et de Venise. Pourquoi les seigneurs choisirent-ils tous trois de rendre public ce qui les exposait à l’infamie ? Pourquoi sanctionnèrent-ils ainsi un adultère quand aucune législation du temps ne prévoyait une telle extrémité, et quand bien d’autres moyens permettaient de régler ce délicat problème d’honneur ? …

Jean-Baptiste DELZANT sur le site de Non fiction pour en savoir plus

 

Portrait du jour : Lydie Herbelot et Dominique Fey, auteur(e)s du remarquable Clairvaux. Vies emmurées au XIXe siècle

« Dès lors, depuis près de 10 ans, nous « épluchons » les archives de la prison auboise afin de permettre au plus grand nombre de connaître un peu mieux l’histoire de cette maison centrale. Et c’est d’abord la naissance et l’évolution de ce qui va devenir la plus grande prison de France que nous avons racontées dans Clairvaux, vies emmurées au XIXe siècle (TheBookEdition, 2013, Lille), monographie qui a fait l’objet d’une très flatteuse recension de Jean-Lucien Sanchez, sur le formidable site de Criminocorpus. » – Portrait du jour : L’historien Jean-Lucien Sanchez, auteur du …

Le Carnet de l’histoire de la justice, des crimes et des …développe la rubrique Portrait du jour – Criminocorpus  et ouvre ses pages aux fidèles lecteurs du site.

Aujourd’hui pour son vingt neuvième Portrait du jour – Criminocorpus  nous accueillons deux fidèles ami(e)s du site criminocorpus,  Lydie Herbelot et Dominique Fey, auteur(e)s du remarquable Clairvaux. Vies emmurées au XIXe siècle.

Tous deux enseignants, passionnés d’Histoire et de criminalité, ils ont consacré un premier travail d’archives à divers Crimes et Châtiments dans l’Aube (Éditions Guéniot) en 2008 … et tombés  alors sous le charme mystérieux et austère de l’abbaye de Clairvaux, ils ont eu eu envie de s’ intéresser à son histoire carcérale  au XIXe siècle… pour le grand bonheur des lecteurs du Carnet de l’histoire de la justice, des crimes et des …

 Merci à vous Lydie et Dominique. Très cordialement – Ph.P.

thumbnail_Photo salon du livre

« Merci, cher Philippe, de nous offrir cet espace pour évoquer, non pas seulement un couple de « chercheurs » somme toute fort banal, mais surtout une passion pour l’écrit et singulièrement pour l’Histoire. Toutefois, pour ne pas déroger aux règles élémentaires du portrait, voici quelques éléments de nos parcours respectifs qui mêlent l’individuel et le collectif.

Pour Lydie, des études de Lettres modernes à Reims – et notamment un mémoire sur Roger Vailland, journaliste et romancier injustement oublié aujourd’hui. Puis une carrière de professeure de Lettres – toujours d’actualité ! – et il y a peu, une année sabbatique consacrée à l’obtention d’une licence d’Histoire de l’Art (Université Lille III), indice d’un réel engouement pour cette autre discipline également. Et comme j’enseigne au lycée Camille Claudel de Troyes, j’associe les plaisirs, car je suis résolument fan de cette artiste dont je ne me lasse pas de voir les œuvres toutes proches, au musée très récemment rénové de Nogent-sur-Seine qui lui est consacré. Et au milieu de tout cela, les travaux historiques très stimulants menés conjointement avec Dominique.

Pour Dominique, justement, des études d’Histoire à Dijon et notamment un DEA consacré à l’infanticide et aux abandons d’enfants au XVIIIe siècle, sous la direction de Benoît Garnot. Enseignant aujourd’hui en lycée professionnel à Troyes, il n’en a pas oublié pour autant cette passion pour l’histoire de la criminalité : c’est à l’occasion de ses visites régulières aux archives locales qu’une première recherche commune a vu le jour. Dédiée à quatre affaires criminelles du département de l’Aube, elle explore en particulier celle du fameux Claude Gueux, si bien mise en scène par Victor Hugo dans son bref roman de 1834 et qui se déroule à Clairvaux. C’est ainsi, précisément, que le « projet Clairvaux » est né, après une première visite de l’ancienne abbaye qui a agi sur nous comme un catalyseur, suite au « choc » ressenti.

Dès lors, depuis près de 10 ans, nous « épluchons » les archives de la prison auboise afin de permettre au plus grand nombre de connaître un peu mieux l’histoire de cette maison centrale. Et c’est d’abord la naissance et l’évolution de ce qui va devenir la plus grande prison de France que nous avons racontées dans Clairvaux, vies emmurées au XIXe siècle (TheBookEdition, 2013, Lille), monographie qui a fait l’objet d’une très flatteuse recension de Jean-Lucien Sanchez, sur le formidable site de Criminocorpus.

Et comme nos nombreuses visites dans ce lieu si particulier n’ont jamais cessé de provoquer en nous ce petit frisson que procurent les sites pleins d’âme(s), cela a renforcé notre envie de poursuivre le travail entamé pour le XIXe siècle. C’est ainsi que très prochainement, à la fin de l’année sans doute, paraîtra ce qui sera vraisemblablement notre dernier apport à la connaissance de cette prison, dont on sait à présent qu’elle fermera ses portes en 2022. Ce livre intitulé Clairvaux en guerre aborde une fort sombre période de l’histoire de France, celle des années noires, considérées un peu plus largement en réalité puisque la chronologie adoptée part de l’année 1937 – date à laquelle des espions à la solde de l’Allemagne se trouvent incarcérés dans la vieille abbaye – pour s’achever en 1953 : c’est l’année de l’élargissement de presque tous les condamnés de l’épuration, en grand nombre à Clairvaux à partir de la fin de la guerre, parmi lesquels se trouvent les Maurras, Vallat, Cousteau et tant d’autres !

Pour terminer ce portrait, qu’il nous soit permis de déplorer la disparition programmée de la plus ancienne maison centrale française encore en activité, mais surtout l’absence de réelles perspectives quant à l’avenir d’un lieu de mémoire qui mérite à coup sûr une valorisation nationale. Avec la fermeture de la prison de Clairvaux, ce sont 900 ans d’histoire conventuelle (1115-1789) et carcérale (1808-2022 ?) qui sont en danger d’extinction. C’est aussi un drame social dans une région presque sinistrée, où le départ de dizaines de surveillants et de leur famille porte déjà un coup très dur à une économie locale exsangue. Certains rappelleront peut-être que les relations entre la prison et la population locale n’ont pas toujours été idylliques, mais les histoires passionnelles ne sont-elles pas toujours constituées, de facto, de hauts et de bas ? De notre côté, nous formons des vœux pour qu’un effort conséquent soit mené par les autorités politiques pour conserver et valoriser un tel joyau. Il n’en va pas seulement de l’avenir d’un petit coin de la campagne française, mais bel et bien de toute une histoire carcérale qu’il convient de préserver. »

Jean-Lucien Sanchez, « Dominique FEY et Lydie HERBELOT, Clairvaux. Vies emmurées au XIXe siècle », Criminocorpus [En ligne], 2015, mis en ligne le 13 février 2015 Dominique Fey et Lydie Herbelot, Clairvaux. Vies … – Revues.org

Dominique Fey et Lydie Herbelot, « Les dérives d’un système : Le scandale de Clairvaux en 1847 », Criminocorpus [En ligne], Varia, mis en ligne le 05 décembre 2014 Les dérives d’un système : Le scandale de … – Revues.org – OpenEdition

Lydie Herbelot, l’histoire architecturale du site carcéral : Les métamorphoses de Clairvaux (Lydie Herbelot) – Criminocorpus

Les Magdalene Sisters – l’enfer du couvent

En Irlande, de 1922 à 1996 des milliers de femmes sont enfermées de forces dans des couvents victimes du puritanisme de l’Eglise Catholique. Il y a une semaine, ce pays autorisait enfin l’avortement. Invitée Nathalie Sebbane spécialiste qui prépare une monographie sur les Magdalen Laundries.

Invitée de l’émission : Nathalie Sebbane : Maîtresse de conférences à l’Université Sorbonne Nouvelle Paris 3, membre de la SOFEIR (Societé française d’études irlandaises) spécialiste des questions liées aux rapports entre l’église et l’état et aux droits des femmes en Irlande.

AFFAIRES SENSIBLES du lundi 4 juin 2018 par Fabrice Drouelle

Nathalie Sebbane : Maîtresse de conférences à l’Université Sorbonne Nouvelle Paris 3, membre de la SOFEIR (Societé française d’études irlandaises) spécialiste des questions liées aux rapports entre l’église et l’état et aux droits des femmes en Irlande.

Pour en savoir plus sur le site de l’émission France inter.

Surveillante, puis détenue, puis femme de détenue : une triple expérience de la prison

Jeune surveillante de prison, Audrey tombe amoureuse d’une détenue. Contrainte de démissionner, elle sera ensuite elle-même incarcérée pour complicité dans l’évasion de sa compagne. Aujourd’hui libre, elle ne voit son amie qu’au parloir, et attend sa sortie. À vingt-neuf ans, elle raconte son expérience de ces trois facettes de l’univers carcéral.

 

J’ai grandi dans le respect de la loi. Mon père adoptif était gendarme, je voulais l’être également mais je n’ai pas pu, pour des raisons de santé. Je cherchais un métier d’ordre et quand j’ai vu la publicité pour être surveillant pénitentiaire, j’ai vu ça comme un moyen d’être utile à des gens en difficulté. Je suis entrée à l’École nationale de l’administration pénitentiaire (ENAP) le 21 avril 2009, à 20 ans.

Après une courte période de formation, j’ai fait un stage de mise en situation au centre de détention d’Argentan. La prison, c’est impressionnant. Quand on passe les murs, on coupe totalement avec le monde extérieur. On arrive avec une vision de la prison influencée par les séries télé américaines, et on se rend rapidement compte que croire que les détenus ont des têtes de méchant, ça ne marche pas. Un des premiers jours, j’ai serré la main d’une personne, et le surveillant m’a dit : « Tu sais que tu viens de serrer la main d’un détenu ? » Une autre fois, j’ai évité de serrer la main d’un intervenant. Du coup, je n’ai plus serré la main à personne…

Pour en savoir plus lire le billet recueilli par François Bès le 4 juin 2018 sur le site de Oip.org