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Portrait du jour : Lydie Herbelot et Dominique Fey, auteur(e)s du remarquable Clairvaux. Vies emmurées au XIXe siècle

« Dès lors, depuis près de 10 ans, nous « épluchons » les archives de la prison auboise afin de permettre au plus grand nombre de connaître un peu mieux l’histoire de cette maison centrale. Et c’est d’abord la naissance et l’évolution de ce qui va devenir la plus grande prison de France que nous avons racontées dans Clairvaux, vies emmurées au XIXe siècle (TheBookEdition, 2013, Lille), monographie qui a fait l’objet d’une très flatteuse recension de Jean-Lucien Sanchez, sur le formidable site de Criminocorpus. » – Portrait du jour : L’historien Jean-Lucien Sanchez, auteur du …

Le Carnet de l’histoire de la justice, des crimes et des …développe la rubrique Portrait du jour – Criminocorpus  et ouvre ses pages aux fidèles lecteurs du site.

Aujourd’hui pour son vingt neuvième Portrait du jour – Criminocorpus  nous accueillons deux fidèles ami(e)s du site criminocorpus,  Lydie Herbelot et Dominique Fey, auteur(e)s du remarquable Clairvaux. Vies emmurées au XIXe siècle.

Tous deux enseignants, passionnés d’Histoire et de criminalité, ils ont consacré un premier travail d’archives à divers Crimes et Châtiments dans l’Aube (Éditions Guéniot) en 2008 … et tombés  alors sous le charme mystérieux et austère de l’abbaye de Clairvaux, ils ont eu eu envie de s’ intéresser à son histoire carcérale  au XIXe siècle… pour le grand bonheur des lecteurs du Carnet de l’histoire de la justice, des crimes et des …

 Merci à vous Lydie et Dominique. Très cordialement – Ph.P.

thumbnail_Photo salon du livre

« Merci, cher Philippe, de nous offrir cet espace pour évoquer, non pas seulement un couple de « chercheurs » somme toute fort banal, mais surtout une passion pour l’écrit et singulièrement pour l’Histoire. Toutefois, pour ne pas déroger aux règles élémentaires du portrait, voici quelques éléments de nos parcours respectifs qui mêlent l’individuel et le collectif.

Pour Lydie, des études de Lettres modernes à Reims – et notamment un mémoire sur Roger Vailland, journaliste et romancier injustement oublié aujourd’hui. Puis une carrière de professeure de Lettres – toujours d’actualité ! – et il y a peu, une année sabbatique consacrée à l’obtention d’une licence d’Histoire de l’Art (Université Lille III), indice d’un réel engouement pour cette autre discipline également. Et comme j’enseigne au lycée Camille Claudel de Troyes, j’associe les plaisirs, car je suis résolument fan de cette artiste dont je ne me lasse pas de voir les œuvres toutes proches, au musée très récemment rénové de Nogent-sur-Seine qui lui est consacré. Et au milieu de tout cela, les travaux historiques très stimulants menés conjointement avec Dominique.

Pour Dominique, justement, des études d’Histoire à Dijon et notamment un DEA consacré à l’infanticide et aux abandons d’enfants au XVIIIe siècle, sous la direction de Benoît Garnot. Enseignant aujourd’hui en lycée professionnel à Troyes, il n’en a pas oublié pour autant cette passion pour l’histoire de la criminalité : c’est à l’occasion de ses visites régulières aux archives locales qu’une première recherche commune a vu le jour. Dédiée à quatre affaires criminelles du département de l’Aube, elle explore en particulier celle du fameux Claude Gueux, si bien mise en scène par Victor Hugo dans son bref roman de 1834 et qui se déroule à Clairvaux. C’est ainsi, précisément, que le « projet Clairvaux » est né, après une première visite de l’ancienne abbaye qui a agi sur nous comme un catalyseur, suite au « choc » ressenti.

Dès lors, depuis près de 10 ans, nous « épluchons » les archives de la prison auboise afin de permettre au plus grand nombre de connaître un peu mieux l’histoire de cette maison centrale. Et c’est d’abord la naissance et l’évolution de ce qui va devenir la plus grande prison de France que nous avons racontées dans Clairvaux, vies emmurées au XIXe siècle (TheBookEdition, 2013, Lille), monographie qui a fait l’objet d’une très flatteuse recension de Jean-Lucien Sanchez, sur le formidable site de Criminocorpus.

Et comme nos nombreuses visites dans ce lieu si particulier n’ont jamais cessé de provoquer en nous ce petit frisson que procurent les sites pleins d’âme(s), cela a renforcé notre envie de poursuivre le travail entamé pour le XIXe siècle. C’est ainsi que très prochainement, à la fin de l’année sans doute, paraîtra ce qui sera vraisemblablement notre dernier apport à la connaissance de cette prison, dont on sait à présent qu’elle fermera ses portes en 2022. Ce livre intitulé Clairvaux en guerre aborde une fort sombre période de l’histoire de France, celle des années noires, considérées un peu plus largement en réalité puisque la chronologie adoptée part de l’année 1937 – date à laquelle des espions à la solde de l’Allemagne se trouvent incarcérés dans la vieille abbaye – pour s’achever en 1953 : c’est l’année de l’élargissement de presque tous les condamnés de l’épuration, en grand nombre à Clairvaux à partir de la fin de la guerre, parmi lesquels se trouvent les Maurras, Vallat, Cousteau et tant d’autres !

Pour terminer ce portrait, qu’il nous soit permis de déplorer la disparition programmée de la plus ancienne maison centrale française encore en activité, mais surtout l’absence de réelles perspectives quant à l’avenir d’un lieu de mémoire qui mérite à coup sûr une valorisation nationale. Avec la fermeture de la prison de Clairvaux, ce sont 900 ans d’histoire conventuelle (1115-1789) et carcérale (1808-2022 ?) qui sont en danger d’extinction. C’est aussi un drame social dans une région presque sinistrée, où le départ de dizaines de surveillants et de leur famille porte déjà un coup très dur à une économie locale exsangue. Certains rappelleront peut-être que les relations entre la prison et la population locale n’ont pas toujours été idylliques, mais les histoires passionnelles ne sont-elles pas toujours constituées, de facto, de hauts et de bas ? De notre côté, nous formons des vœux pour qu’un effort conséquent soit mené par les autorités politiques pour conserver et valoriser un tel joyau. Il n’en va pas seulement de l’avenir d’un petit coin de la campagne française, mais bel et bien de toute une histoire carcérale qu’il convient de préserver. »

Jean-Lucien Sanchez, « Dominique FEY et Lydie HERBELOT, Clairvaux. Vies emmurées au XIXe siècle », Criminocorpus [En ligne], 2015, mis en ligne le 13 février 2015 Dominique Fey et Lydie Herbelot, Clairvaux. Vies … – Revues.org

Dominique Fey et Lydie Herbelot, « Les dérives d’un système : Le scandale de Clairvaux en 1847 », Criminocorpus [En ligne], Varia, mis en ligne le 05 décembre 2014 Les dérives d’un système : Le scandale de … – Revues.org – OpenEdition

Lydie Herbelot, l’histoire architecturale du site carcéral : Les métamorphoses de Clairvaux (Lydie Herbelot) – Criminocorpus

Portrait du jour : Simone Gelin, auteure de polars

« Par ailleurs, j’aime l’univers hitchcockien pour ce qui est du suspens et de l’étude psychologique des personnages. La structure logique de la trame criminelle m’attirait au départ comme architecture pour bâtir un roman.

J’aime échafauder méthodiquement une intrigue, partir de plusieurs endroits, comme des points éloignés qui vont converger au fil des pages, livrer un à un les indices, les vrais, les faux, tisser lentement la toile. Prévoir une fin qui doit surprendre tout en étant l’aboutissement d’une suite de déductions implacables … »

Le Carnet de l’histoire de la justice, des crimes et des …développe la rubrique Portrait du jour – Criminocorpus  et ouvre ses pages aux fidèles lecteurs du site.

Ce soir pour son vingt huitième Portrait du jour – Criminocorpus nous accueillons Simone Gelin, auteure de polars.

Après une carrière dans l’enseignement, Simone Gélin se consacre à l’écriture de romans dont le cadre privilégié est Bordeaux et le bassin d’Arcachon, où elle vit et puise son inspiration.

Ses écrits ont reçu plusieurs récompenses : Prix de la nouvelle au salon du livre de Hossegor en 2012, et au Festival Paris Polar en 2016 ; Prix Augiéras en 2014 à Périgueux et prix du jury au salon de Saint‐Estèphe pour le roman Le Journal de Julia. En 2017 elle obtient le Prix de l’Embouchure au festival international de littérature policière Toulouse Polars du Sud pour L’affaire Jane de Boy. En 2018 elle publie dans la collection Du Noir au Sud son cinquième roman : « Sous les pavés, la jungle » de Simone Gélin.

Que du bonheur madame pour le carnet d’afficher votre portrait du jour. Très cordialement. Ph.P.

« Pourquoi écrivez-vous des romans policiers ou romans noirs ? Quand je suis interviewée, ou que je rencontre des lecteurs, je n’échappe jamais à la question. Ce n’est pas une question anodine. Y aurait-il derrière ce choix quelque chose de trouble ou de malsain attisant la curiosité ?

J’ai décidé d’éclaircir mes motivations.

Au départ, je n’avais pas de connaissances particulières du milieu policier et je ne fréquentais pas non plus des bandits ou des criminels.

Alors, pourquoi avoir choisi ce genre pour m’exprimer ? Dans quel but ?

Je ne lis pas que des polars, mais j’aime les romans sociologiques, dont les grands romans noirs américains, qui nous dépeignent le vingtième siècle à travers les États-Unis. Pour moi, le roman policier ou roman noir est donc un formidable support pour parler du monde d’aujourd’hui.

J’ai le goût de l’authenticité et j’ai besoin de réalisme. J’aime inscrire mes personnages dans une actualité fidèle et précise. J’adore associer fiction et vérité.

Avec : Sous les pavés la jungle et La fille du port de la lune, j’ai abordé des sujets sociétaux.

Avec : Le Journal de Julia et L’affaire Jane de Boy , je me suis passionnée pour des thèmes historiques et juridiques.

Par ailleurs, j’aime l’univers hitchcockien pour ce qui est du suspens et de l’étude psychologique des personnages. La structure logique de la trame criminelle m’attirait au départ comme architecture pour bâtir un roman.

J’aime échafauder méthodiquement une intrigue, partir de plusieurs endroits, comme des points éloignés qui vont converger au fil des pages, livrer un à un les indices, les vrais, les faux, tisser lentement la toile. Prévoir une fin qui doit surprendre tout en étant l’aboutissement d’une suite de déductions implacables.

Mais je n’avais fait là qu’évoquer la question de mise en œuvre, et pas répondu à l’interrogation sur ma motivation profonde.

Je n’aime pas tuer et je n’affectionne pas non plus les descriptions de violences, de scènes macabres ou de tortures. »

Pourtant j’ai pris le parti de m’intéresser au crime, au cancer de la société, au mal.

J’avais envie moi aussi d’explorer cette noirceur.

Je ressentais le désir de descendre dans les bas-fonds de l’âme humaine.

Pourquoi ?

Je voulais plonger dans le chaudron des émotions intenses et des passions humaines.

J’ai fait alors en toute modestie un parallèle entre la démarche des peintres du noir, Rembrandt, Renoir, Soulage et ce que j’essaie humblement de faire : peindre le noir pour capturer la lumière.

Je considère le noir comme une vraie couleur, avec ses nuances et sa propre lumière.

Alors, décrire la noirceur du monde et des êtres, c’est pour moi fouiller le mal, oui, mais pour y déceler la part d’humanité qui s’y cache ».

Simone Gélin

Portrait du jour : Virginie Paultes et les filles de Zeus et de Thémis s’invitent sur le carnet criminocorpus

« Ce qui m’intéresse ce sont les instants, ceux qui traversent les époques et les espaces, et puis ce sont les langues, avec leur musique. Les maisons m’intéressent aussi, d’ailleurs les éditions Moires c’est une maison dans laquelle les auteurs décident de passer ou de rester un temps… »

Le Carnet de l’histoire de la justice, des crimes et des …développe la rubrique Portrait du jour – Criminocorpus  et ouvre ses pages aux fidèles lecteurs du site.

Ce soir pour son vingt cinquième   Portrait du jour – Criminocorpus nous accueillons Virginie Paultes des éditions Moires. Après Laurence Schwalm et Clarisse Enaudeau, c’est la troisième éditrice qui se prête au petit jeu d’écriture à travers le Portrait du jour 

Merci Virginie de la spontanéité avec laquelle vous avez répondu à nos sollicitations. Désormais les pages du site vous seront acquises définitivement. Très cordialement. Ph.P.

« Les éditions Moires, portrait de Virginie Paultes, pour criminocorpus, 2 juillet 2018

Merci cher Philippe pour cette invitation à laquelle je réponds avec plaisir. Alors très brièvement pour survoler mes dix-huit premières années, j’ai suivi une scolarité sans encombres et des plus banales qui m’a toutefois demandé un effort d’adaptation au quotidien considérable. Diplômée d’une maîtrise de gestion (ISG Paris) et d’un bac + 5 spécialisé en marketing (Groupe Vendôme), j’ai travaillé les quinze années qui ont suivi comme responsable achats dans deux entreprises puis en tant que collaboratrice dans une collectivité territoriale. Et j’ai suivi une nouvelle formation, en alternance cette fois-ci, Concepteur de projets culturels, à l’IUT Bordeaux Montaigne, qui m’a amenée à travailler pendant trois ans dans une association comme chargée de mission. J’adore les histoires, j’adore les projets, j’adore notre époque – dans sa créativité et non dans sa monstruosité bien sûr – alors j’ai eu envie de fonder les éditions Moires il y a bientôt six ans pour publier des textes inédits d’auteurs actuels qui n’avaient pas encore forcément de visibilité. Peut-être pour essayer de photographier ce que nous sommes en train de vivre en ce moment. Les Moires dans la mythologie grecque écrivent le destin des hommes sur le mur de leur palais situé tout près de l’Olympe. Pour certains elles seraient les filles de Zeus et de Thémis, la titanide de la justice, pour d’autres elles seraient les filles de Nyx, la déesse de la nuit. Elles sont trois sœurs, et j’ai décliné une collection par sœur. Clotho, la plus jeune qui donne naissance au fil de la vie, c’est la collection théâtre/poésie. Lachésis, celle qui déroule le fil de la vie c’est la collection roman/nouvelles. Et Atropos – la moins sympathique des trois il me semble – celle qui coupe le fil de la vie, c’est la collection philosophie/essai. Et il y a deux ans, j’ai créé une quatrième collection dédiée aux littératures arabes, Nyx. Ce qui m’intéresse ce sont les instants, ceux qui traversent les époques et les espaces, et puis ce sont les langues, avec leur musique. Les maisons m’intéressent aussi, d’ailleurs les éditions Moires c’est une maison dans laquelle les auteurs décident de passer ou de rester un temps. Dans cette maison viennent de paraître un roman panique, Camille, de Frédéric Aranzueque-Arrieta, et une pièce de théâtre, La télécommande, d’Abdulrahman et Najdat Khallouf. Pour la prochaine publication, je vous donne rendez-vous en septembre, avec un premier roman de Lydie N’guessan, La voleuse de nuits. http://www.leseditionsmoires.fr »

Les éditions Moires publient des textes d’auteurs contemporains dont la singularité littéraire et esthétique suscite la curiosité, l’imaginaire, la créativité. L’idée est de traverser les époques, découvrir de nouveaux espaces, de nouvelles formes, de nouvelles pensées, avec quatre collections… Les éditions Moires

Portrait du jour : Audrey, gestionnaire du blog « The Owl Criminology »

« Le droit à la différence et la liberté de conscience me paraissent impactés au même titre que celui d’adopter un mode de vie hors du consumérisme forcené qui entraîne parfois les individus dans une spirale de comportements narcissiques et violents – voire délictueux- pour une satisfaction superficielle et immédiate, jamais rassasiée… »

Le Carnet de l’histoire de la justice, des crimes et des …développe la rubrique Portrait du jour – Criminocorpus  et ouvre ses pages aux fidèles lecteurs du site.

Ce soir pour son vingt troisième portrait du jour – Criminocorpus nous accueillons Audrey gestionnaire de blogs et particulièrement attirée par la criminologie.

Merci Audrey pour l’intérêt que vous portez à notre carnet et de votre participation active à la rédaction du petit exercice d’écriture. Bises éditoriales. Ph.P.

« Bonjour à tous les lecteurs de votre site qui diffuse des publications diversifiées que je consulte depuis plusieurs années.

Mon attrait pour la criminologie s’est développé en plusieurs phases.

La première a été la lecture de romanciers comme Fedor Dostoievski (Crimes et Châtiments) ou Stephen King à ses débuts (je citerai Shining ou Cujo), dans lesquels les auteurs mettent en lumière la confrontation de l’Homme entre les valeurs morales, le libre arbitre et une part de fantasmatique ou de mysticisme qui font basculer les protagonistes dans l’acte criminel.

Dans les années 90, j’ai été séduite par la diffusion de séries pour la plupart nord-américaines comme New-York Police Judiciaire qui détaillaient les étapes d’une enquête pénale, le procès, le motif du passage à l’acte de l’auteur et la victimologie.

Pendant longtemps, mon violon d’Ingres a été l’étude des sciences comportementales et criminelles, par le profilage criminel développé par des spécialistes comme Robert Ressler, Robert Hare, John E Douglas.

Le travail de recherche de Stéphane Bourgoin, criminologue français, m’a aussi impressionnée, car à mes yeux il a réussi à transcender la douleur de la perte d’un être cher pour essayer de comprendre les motivations et la personnalité des auteurs de crimes en série et partager son savoir à des fins d’expertise pouvant aider les forces de police et sensibiliser le grand public.

On peut supposer que de nombreux cas de sérialité criminelle existent, mais passent sûrement inaperçus du fait des affaires de disparitions inexpliquées et non résolues.

La législation du pays et le manque de ressources humaines (moyens financiers et techniques, formation et mise à disposition de cellules spécialisées dans ce domaine) sont souvent des freins en la matière.

Lorsque j’ai décidé de créer mon premier blog « The Owl », en juillet 2012, je n’imaginais pas qu’autant de personnes à travers le monde viendraient le consulter, surtout sur un sujet aussi sérieux que la criminologie.

Mon objectif a été atteint puisque ma démarche était celle de permettre au plus grand nombre d’accéder à des informations relevant à la fois du droit, des sciences et technologie, de la défense et de la géopolitique, mais aussi de mettre en lumière des actions de prévention ou de partenariat d’acteurs dans plusieurs pays.

Je me suis inspirée des conseils prodigués par une formatrice sur l’utilisation des réseaux sociaux dans le cadre d’une identité numérique, afin de rendre compte d’une volonté de vulgarisation fondée sur l’éthique de la diffusion de l’information.

C’est pourquoi, j’estime que la liberté d’expression ne doit pas être un instrument de propagande ou au contraire de censure.

Trouver un juste milieu est un jeu d’équilibriste, mais l’important est de rester authentique et d’aborder les sujets avec hauteur de vue.

Pour commencer, j’ai souhaité poser les bases de l’enseignement de vocabulaire, puis petit à petit, j’ai évolué vers des références bibliographiques et des focus sur des thématiques comme les stupéfiants et la prise en charge des soins, la réinsertion, la violence conjugale, la sérialité criminelle, la criminalité en col blanc, etc.

En 2012, j’ai découvert les travaux de recherche du Dr Muriel Salmona sur la mémoire traumatique et la victimologie, ce qui m’a amenée à m’intéresser à l’aliénation parentale et à la perversion narcissique.

Ces processus passent le plus souvent inaperçus dans notre société, car les individus qui pratiquent ce type de violence donnent une image lisse d’eux-mêmes, opposée à celle qui se révèle dans l’intimité. On comprend alors pourquoi la parole de la victime a du mal à se libérer, à cause des mécanismes de sidération, voire de déni pour protéger la structure psychique d’un effondrement, mais également par le fait que ces révélations puissent être minimisées voire niées car la réalité de la victime est niée, parfois réécrite par l’agresseur qui use d’une violence qui ne laisse pas le plus souvent de traces physiques mais psychologiques.

Après une pause d’un an, entre 2013 et 2014, j’ai repris mon activité sur ce blog, mais en m’adaptant à l’évolution des nouvelles technologies, qui ont profondément transformé les habitudes de lecture.

J’ai noté en effet que les abonnés seraient plus enclins à consulter les publications si elles étaient certes quotidiennes mais avec moins de contenu écrit, c’est à dire que le renvoi vers des liens de publications de références ou de vidéos et podcasts est valorisé, car ces sources peuvent être téléchargées, enregistrées dans un blogroll ou imprimées afin d’être lues ultérieurement.

Il est vrai également que le cumul d’une activité professionnelle à temps plein et les formations à distance auxquelles je m’inscrit régulièrement ne me laissent que peu de temps à consacrer à la rédaction pure.

J’espère toutefois pouvoir y revenir un jour.

Depuis 3 ans, j’explore le monde oriental (Moyen-Orient, Proche-Orient, Monde Perse, Asie Centrale) à travers des lectures, des vidéos, des voyages au Liban qui est un pays admirable pour sa richesse culturelle et la leçon sur le vivre-ensemble au quotidien malgré la crise des réfugiés qui l’impacte directement, après avoir subi la guerre civile et une grave crise politique qui est en passe de se résoudre.

Approcher de tels pays nécessite de ne pas mettre en avant sa propre culture et les schémas de pensée occidentale. Pénétrer de manière concrète et neutre cet univers change votre perception de l’actualité matraquée en continu sur les écrans.

Je pense surtout à la problématique du terrorisme, à sa globalisation et son hybridation.

Le risque d’essentialiser les individus dans une culture figée est d’ailleurs une erreur dans l’approche du mécanisme de « radicalisation », les signes extérieurs d’une religion même ostentatoires n’étant pas une évidence de radicalité de l’individu ni d’une potentialité de passage à l’acte violent.

Il en est de même pour l’évaluation criminologique liée au parcours délinquant ou criminel, lorsque l’on opte pour la sacralisation d’une forme de déterminisme social ou éducatif pour justifier d’un basculement de l’individu et sa persistance à demeurer sans une situation qui le place en marge de la loi, ceci au détriment d’une approche globale de son identité en constante évolution et construite sur des zones claires-obscures que lui même n’apprécie pas toujours.

Pour conclure, je reste sensible à l’accroissement des radicalités dont les motivations sont d’ordre politique, religieuse, idéologique, économique.

Le droit à la différence et la liberté de conscience me paraissent impactés au même titre que celui d’adopter un mode de vie hors du consumérisme forcené qui entraîne parfois les individus dans une spirale de comportements narcissiques et violents -voire délictueux- pour une satisfaction superficielle et immédiate, jamais rassasiée.

Un exemple parfait est celui de l’usage disproportionné et inadapté de la technologie (téléphone, vidéo, réseaux sociaux, sites de rencontres) menant à plus d’isolement des individus de la réalité, à des actes délictueux : depuis quelques années, le phénomène du sexe en ligne se développe avec risque d’extorsion ou de rencontres à risque pouvant mener au suicide de la victime, à l’enlèvement par des réseaux de traite d’êtres humains ou à l’homicide.

Les adolescents sont des cibles particulièrement privilégiées de cybercrime sous la forme de harcèlement en ligne.

Une profonde réflexion devrait être menée sur ce sujet afin d’inverser cette tendance.

Je crois que la solution durable passe par la sensibilisation et l’éducation du public.

Mon blog : THE OWL – Audrey JACOB Criminology

juin 2018 – THE OWL – Audrey JACOB Criminology

Portrait du jour : Nathalie Salmon, « noble et grande dame de la littérature »

« Côté secrets d’écrivain, quelques petits instantanés : j’écris directement au clavier, le plus souvent avec l’un de mes chats allongé sur le bureau, un thé à proximité. Quand le dit chat tente une incursion sur le clavier il tape généralement un C cédille – on a ses habitudes quand on est chat. La fenêtre est toujours ouverte, même en plein hiver, j’ai besoin du dehors. Enfin, j’adore écrire au petit matin, quand tout est encore à inventer et que la vie des hommes est encore silence… »

Le Carnet de l’histoire de la justice, des crimes et des …développe la rubrique Portrait du jour – Criminocorpus  et ouvre ses pages aux fidèles lecteurs du site.

Un vent de liberté souffle sur le carnet … et pour son vingtième et unième  Portrait du jour – Criminocorpus la rédaction du blog ouvre ses pages à une « grande dame de la littérature » … et une noble dame tout simplement Nathalie Salmon.

Nathalie n’a pas hésité en pleine exposition – descriptif ci-dessous – à m’écrire ce portrait pour les lecteurs du blog Crimino.

Je suis particulièrement touché par cette délicate attention. Désormais Nathalie les pages du site vous seront acquises définitivement. Très cordialement. Ph.P.

« Aussi loin que remontent mes souvenirs j’ai toujours écrit. L’écriture fait partie de mes fonctions professionnelles, successivement comme assistante parlementaire, attachée de presse, conseil en communication, publicitaire, puis dans l’Education nationale. Je dois préciser que ma mère était romancière. Mon père, lui, était un homme politique, à l’aise avec la parole qu’il savait prendre, le plus souvent sans notes. A la maison, on n’a jamais été complexé par les mots !

Mon premier livre était une enquête sur la PMA (procréation médicalement assistée) qui laissait la parole aux couples ayant connu des échecs de procréation. Dans cette étude comme dans mes romans, mon fil rouge a toujours été et demeure la question de la transmission et donc des racines. Qu’il s’agisse d’appartenance ou d’émancipation, on se positionne malgré tout par rapport à ce qui vous a construit.

C’est ce qu’a fait mon ancêtre Adolphe Salmon quand il a émigré aux Etats-Unis au XIXe siècle : il y est devenu le French man incontournable pour tout nouvel arrivant français à New York. Son chemin est raconté dans Lady Liberty I love you, sa biographie (De Rameau 2013). Le livre est en équilibre sur deux axes : d’une part l’émigration des Européens vers les Etats-Unis au XIXe siècle et l’Amérique qu’ils ont construite ; d’autre part le fait avéré que Sarah, l’épouse d’Adolphe Salmon, a posé dans l’atelier du sculpteur Auguste Bartholdi en 1875 au moment où celui cherchait un visage à sa statue de la Liberté. Cette biographie s’appuie sur de nombreux documents, des archives d’état civil et de musées, des sources précises, des témoignages de référence. Il a fallu regrouper tous les indices, les mettre en relation avec des faits, écarter les erreurs, confronter les mémoires, lire des centaines de journaux d’époque à la recherche d’une information. L’aventure m’a menée de France aux Etats-Unis (New York, Boston, Los Angeles), en Belgique, en Allemagne… J’ai contacté des musées, des bureaux d’archives, divers offices qui chacun détenait une part de l’histoire. Il a fallu ne pas se contenter d’intuitions.

Au début de cette année est sorti le roman Un Amour de Liberté (Baker Street 2018). Il s’est imposé de lui même. A force de fréquenter des personnes au travers d’articles, de lettres, de photographies, on devient proche d’elles, on analyse leurs intentions et leurs motivations, on se met à saisir leur caractère, en un mot on les connaît. C’est le grand mystère du biographe. Le roman est venu pour ainsi dire naturellement. Sa magie permet de livrer l’intimité des personnes. C’est une autre façon de raconter cette très belle histoire de courage, de conquête, d’amitié et d’amour.

La statue de la Liberté est l’un des monuments les plus universellement connus. Quand l’un de vos ancêtres est le fondé de pouvoir de son sculpteur Bartholdi et que vous avez la certitude que son épouse a prêté ses traits au visage de la statue, vous savez que vous tenez là un sujet ! Une fois que vous avez pisté l’aventure de A à Z, posé les épisodes fondateurs, étayé votre proposition par des informations fiables et vérifiables, et raccordé votre histoire à l’histoire des Etats-Unis, l’envie d’apporter des connaissances nouvelles à ce thème universel s’impose toute seule. Certes, la statue ne reflète pas toujours ce qu’elle a voulu être : un hymne à la liberté. Elle a pu être interprétée aussi comme le symbole du capitalisme dans ce qu’il a de plus néfaste. En réalité, cette statue a une telle force d’identification que chacun peut l’habiter comme il veut. Bartholdi peut en être fier car elle ne laisse personne indifférent.

Un Amour de Liberté s’adosse à l’histoire. C’est même une part indissociable de l’histoire. C’est ce qui rend le livre facile et agréable à lire : la petite histoire dans la grande. Une vie dans la vie. C’est très différent d’une fiction où vous inventez tout, les personnages, les lieux, l’intrigue. Un roman historique, c’est un genre à part : vous devez respecter ce qui est vrai, mettre des mots crédibles et justes dans la bouche des personnages, et des ambiances autour. Mais du fait de son cadre défini, le roman historique offre aussi beaucoup de liberté, par exemple dans la façon de raconter.

L’histoire de la construction américaine est passionnante, ainsi que ses relations au Vieux Monde. Au-delà du contexte historique et politique, j’y trouve matière à sonder toujours plus le concept de transmission. Cette passerelle parfois conflictuelle entre le vieux et le neuf, le passé et le rêve, l’histoire et l’avenir, la grande sœur et la cadette, est une allégorie de la vie de l’homme. L’immigration me passionne, avec son nécessaire abandon des racines et son désir de maintien de la culture d’origine. Ce côté-là me parle car j’ai des origines multiples dans toute l’Europe même si ma famille est fixée en Normandie depuis trois ou quatre générations. Je reste également passionnée par le mythe du monde à construire, sans doute parce qu’il n’en existe plus. Les Etats-Unis d’Amérique font partie de ces grands mythes, malgré les ravages culturels et ethniques qu’ils ont causés. Comme toujours le travail de l’homme révèle le pire et le meilleur.

Côté secrets d’écrivain, quelques petits instantanés : j’écris directement au clavier, le plus souvent avec l’un de mes chats allongé sur le bureau, un thé à proximité. Quand le dit chat tente une incursion sur le clavier il tape généralement un C cédille – on a ses habitudes quand on est chat. La fenêtre est toujours ouverte, même en plein hiver, j’ai besoin du dehors. Enfin, j’adore écrire au petit matin, quand tout est encore à inventer et que la vie des hommes est encore silence.

Une dernière chose : Le Département de la Seine-Maritime me fait l’honneur de consacrer tout l’été, du 4 juillet au 24 août, une exposition à mes travaux sur la statue de la Liberté et sur ceux qui participèrent à l’aventure. »

Exposition LA LIBERTE DE LA SEINE A NEW YORK

Ouvert du lundi au vendredi de 9h à 17h, hors jours fériés

Entrée sur présentation d’une pièce d’identité.

Hôtel du Département, hall Bérégovoy (rez-de-chaussée)

Quai Jean Moulin, 76100 Rouen

Entrée cours Clemenceau.

Publications de Nathalie SALMON :

* LORSQUE L’ENFANT NE PARAIT PAS – PMA : illusions et réalités, enquête (éditions Cheminements 2006, épuisé)

* L’ENVAHISSEUSE, roman (éditions De Rameau 2009)

* TROUVE-MOI MONA, roman (éditions De Rameau 2009)

* L’HOMME NU SANS LES MOTS DE L’AMOUR, roman, prix Lions Club International de littérature 2012 (éditions De Rameau 2010)

* LADY LIBERTY I LOVE YOU – l’histoire vraie du modèle de la statue de la Liberté, biographie historique (éditions De Rameau 2013)

* LE SECRET AUX YEUX NOIRS, roman (éditions De Rameau 2015)

* UN AMOUR DE LIBERTÉ, roman historique (éditions Baker Street 2018)

Contributions :

* BAISER DE FEU, David Kessel et Cyril Pelletier (éditions Bruno Leprince 2011)

* DAVID KESSEL, QUARANTE ANS DE PEINTURE, Pierre Cornette de Saint-Cyr, Alain Kleinmann, Daniel Mesguich, Nathalie Salmon, Gérard Xuruguera (Allegro éditions 2015)

Portrait du jour : Annabel, auteure des Enquêtes de Simon inspirées du milieu de la nuit…

« Et parce que l’on a un peu d’imagination, on dessine un monde d’inconnus qui deviennent petit à petit des intimes, des personnages que l’on aime autant que sa famille et que l’on ne peut pas quitter. Ils assouvissent quelques fantasmes comme celui d’être policier, ou d’être une personne qui n’a que des bonheurs simples… Ils deviennent une obsession qui vous fait lever la nuit, oublier de manger le jour et ne plus partir en vacances. Et les tomes s’enchaînent les uns après les autres sans que l’on s’en aperçoive. »

Le Carnet de l’histoire de la justice, des crimes et des …développe la rubrique Portrait du jour – Criminocorpus  et ouvre ses pages aux fidèles lecteurs du site.

« Belle de jour … Belle de nuit » … Ainsi va la douce Annabel auteure des Enquêtes de Simon inspirées du milieu de la nuit qu’elle connaît bien et affectionne particulièrement. Le lecteur du carnet criminocorpus « retrouvera ainsi au fil des pages des fleurs de pavé, des meneuses de revue, des travestis, des musiciens, des concierges, des tenanciers et matrones, des policiers et des mariniers. Une flopée de personnages authentiques et populaires, qui raviront le lecteur par leurs dialogues ciselés et agrémentés d’argot et de « gaga » stéphanois, qui vous séduiront tant par leur originalité que par leur humanité. »

Pour le quatorzième  Portrait du jour – Criminocorpus  j’accueille mon amie Annabel, présidente  du Prix Zadig de la Nouvelle Policière et directrice de La collection de poche aux Editions Ex AEquo

Merci encore Annabel pour votre gentillesse et votre disponibilité . Amitiés Ph.P

« Annabel pour Criminocorpus.

Si quelqu’un m’avait dit un jour que je serais auteur et directrice de collection, La collection de poche aux Editions Ex AEquo , je pense que je me serais moquée de lui. Mes professeurs me destinaient à des études en Arts plastiques (et ils avaient raison). Tous m’expliquèrent qu’il fallait oublier les mathématiques et les sciences (et ils avaient raison). J’aurais aimé entrer dans la Police mais mon professeur de gymnastique me fit très vite comprendre que lorsqu’on mesure un mètre cinquante-six, on ne fait peur à personne. Devant ce fait indiscutable, on doit se poser de vraies questions quant à son utilité au sein des forces de l’ordre. Et il avait raison ! Je n’ai pas pris un centimètre depuis cette époque !

Mais aucun de mes professeurs ne m’a parlé d’une orientation dans la littérature. Et ils ont eu raison ! Car, déjà, je n’obéissais plus. Peut-être ont-ils usé de psychologie en me laissant seule, découvrir cette aptitude pour qu’elle puisse devenir une passion ? Toujours est-il qu’après avoir renoncé à la Police, je n’avais que deux idées en tête : dessiner et faire de la musique. Évidemment j’ai, comme toutes les jeunes filles, commencé à tenir un journal intime. Ce qui dura au bas mot… trois semaines. L’idée de ne parler que de moi et exclusivement de moi, qui n’avait pas l’histoire d’Anne Franck ni les mémoires d’un grand voyageur, me parut non seulement optimiste mais surtout beaucoup trop égotique (et ce portrait reste un exercice douloureux !)

Puis, prise par le tourbillon de l’adolescence et ses turpitudes, mortifiée devant le talent de Brel, Brassens et Aragon, avalée par le folk de Graeme Allwright, Joan Baez et Bob Dylan, j’ai commencé à écrire des chansons. On n’est toujours bien mieux servi que par soi-même, mais l’idée, bien que bonne, a ses limites. Ces chansons, tristes et mélancoliques, revendicatrices voire révolutionnaires me dépassèrent si vite que je me suis retrouvée bêtement à défendre des idées que ma petite condition d’adolescente ne me permettait pas toujours de comprendre ni de dominer ! Alors j’ai arrêté d’écrire.

Mais un professeur de français (la banale affaire !) a mis quelques auteurs sur mon chemin et a réussi pour quelques pages, à détourner mes yeux et mes oreilles de la musique. Ainsi Louis-Ferdinand Céline m’enfonça dans une triste réalité au demeurant très utile, Zola me fit rencontrer les Grandes Familles mais aussi quelques cocottes, Victor Hugo me fit pleurer autant que Pagnol, et Frédéric Dard sauva mes nuits dépressives en ajoutant du verbe et de la légèreté au monde noir et en colère dans lequel j’avais choisi de vivre. Boris Vian me chanta quelques chansons, Agatha Christie me fit manger du pudding à la place de mon Panettone préféré et Georges Simenon me fit tomber amoureuse d’un Commissaire beaucoup trop vieux pour moi !

La littérature vous fait faire des choses inconsidérées !

C’est avec ces livres et quelques autres quand même, que je suis partie en tournée pendant vingt-cinq ans. C’est seulement sur cette route interminable qui me menait de concert en concert que je trouvais le temps de lire. Mais pas d’écrire.

Mais au fils des saisons, on se fatigue et on a envie d’autre chose. De parler plus que de chanter… Alors tout doucement, les chansons s’allongent et deviennent des nouvelles, puis de petits livres que l’on garde dans un tiroir pour ne jamais les ressortir par peur de la médiocrité. Et puis un jour on ne prend plus la route, on a toujours envie de parler, alors, on écrit, vraiment.

Et parce que l’on a un peu d’imagination, on dessine un monde d’inconnus qui deviennent petit à petit des intimes, des personnages que l’on aime autant que sa famille et que l’on ne peut pas quitter. Ils assouvissent quelques fantasmes comme celui d’être policier, ou d’être une personne qui n’a que des bonheurs simples… Ils deviennent une obsession qui vous fait lever la nuit, oublier de manger le jour et ne plus partir en vacances. Et les tomes s’enchaînent les uns après les autres sans que l’on s’en aperçoive.

Et voilà comment l’on devient à quarante-trois ans auteur des Enquêtes de Simon !

Mais les Enquêtes de Simon au fond d’un tiroir n’allaient grandir que dans la fierté italienne et aveugle de ma mère, la sollicitude de mon compagnon et la patience de mes amies. Alors la décision fut prise, un jour, envahie par cet optimisme pourtant rare chez moi et poussée par un compagnon fatigué d’entendre parler de Simon et ses enquêtes (mais convaincu quand même qu’il pourrait intéresser quelqu’un) d’envoyer des manuscrits aux maisons d’éditions. « Vaste programme » et pour le moins douloureux et décourageant. Mais quelques-unes s’intéressèrent à mes bafouilles argotiques aux couleurs des Années folles et tout particulièrement les Éditions Ex Æquo et Laurence Schwalm , mon éditrice militante (et vénérée encore à ce jour) ! Sa voix, que j’entendis pour la première fois au téléphone il y a deux ans, résonnera toujours dans ma tête comme le son d’un Ave Maria de Schubert brillamment interprétée par la Callas ou comme un chant d’hiver, annonçant l’arrivée du Père Noël.

Les Enquêtes de Simon  ont pris vie grâce aux Éditions Ex Æquo et me survivront… Peut-être !

Puis de coup de téléphone en coups de téléphone, de verres de bon vin en bonnes blagues, Laurence est devenue une certitude, un pilier sur lequel un auteur peut s’appuyer sans qu’il ne se brise. Celle qui rassure mais qui gronde fort, quand il le faut… Il y a d’abord eu quelques book trailer sur la chaîne YouTube des éditions que ma qualité de graphiste m’a permis de fabriquer, puis l’organisation et les graphismes du Prix Zadig de la Nouvelle Policière (dont je suis présidente du jury et qui est d’ores et déjà ouvert à candidature !) et enfin la Collection Ex Æquo Poche !

Et la petite Annabel, à qui l’on prédisait tout sauf une carrière littéraire, se retrouve directrice de collection ! Et qu’est-ce qu’elle en est fière !

Je devrais parler dans ce portrait de l’importance de la lecture ou de l’écriture dans la vie. De l’indispensable plaisir tactile et sensuel que procure le papier d’un livre et l’odeur de l’encre, du bonheur que l’on a à se mettre au lit avec un bon livre ou tout simplement de se jeter avec lui sur un canapé, un dimanche après-midi pluvieux… de la douleur que l’on ressent à la fin d’une histoire parce qu’elle s’est terminée trop vite et que l’on doit quitter son héros. Mais ce serait dire ce que les autres ont déjà dit mieux que moi.

Alors parlons de ce que je souhaiterais pour la littérature…

Je souhaiterais que l’on soit intransigeant avec l’orthographe de nos enfants, que l’on rétablisse l’imparfait du subjonctif, que l’on déterre des expressions d’autrefois, que l’on retrouve l’élégance des auteurs d’antan dans la plume des suivants, que l’on bannisse le langage SMS… Je souhaiterais… Mais peut-être suis-je un peu rétrograde ou plutôt has been comme disent nos chers bambins ! Je souhaiterais… Beaucoup de choses ! Mais on ne peut pas tout avoir !

Je suis devenue directrice de la collection Ex Æquo Poche parce qu’on m’a fait confiance, alors ce serait un péché de ne pas rendre cette politesse aux générations futures ! Mais aussi parce que je crois au pouvoir du livre plus qu’à celui de l’écran. Un bon livre les suivra toute leur vie, leur survivra, que ce soit en format de poche ou dans leur mémoire, ils finiront bien par le comprendre un jour, du moins c’est ce que je leur souhaite.

Merci à Philippe Poisson et l’équipe de Criminocorpus de nous donner ce temps de parole, que nous les auteurs, il faut bien l’avouer, adorons prendre ! »

Les Enquêtes de Simon, polars hitoriques par Annabel-L’auteur Annabel