157 – Portrait du jour : Nicole Gonthier, professeur d’histoire médiévale et auteur de romans historiques

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A propos du site : Criminocorpus propose le premier musée nativement numérique dédié à l’histoire de la justice, des crimes et des peines. Ce musée produit ou accueille des expositions thématiques et des visites de lieux de justice. Ses collections rassemblent une sélection de documents et d’objets constituant des sources particulièrement rares ou peu accessibles pour l’histoire de la justice.

Les repères et les outils proposent des données et des instruments d’exploration complémentaires visant à faciliter les études et les recherches.

Nos autres sites : REVUE et le BLOG D’ACTUALITÉS

Le blog Criminocorpus est ouvert à un large public au-delà de la seule communauté des chercheurs. Cette rubrique « portrait du jour » permet  de faire connaître d’autres activités croisant l’histoire de la justice à travers le parcours de personne ayant accepté de présenter leur trajectoire professionnelle. On trouvera donc ici des parcours d’historiens, de romanciers , de sociologues, cinéastes, professionnels de la sécurité, etc.  Cette rubrique est animée par Philippe Poisson ,membre correspondant du CLAMOR et ancien formateur des personnels à l’ENAP. et l’A.P. La publication du portrait du jour est liée aux bonnes volontés de chacun, nous invitons donc les volontaires à prendre contact avec philippepoisson@hotmail.com – Marc Renneville , directeur du Clamor et de Criminocorpus.

Pour son 157ème portrait du jour, c’est notre ami l’éditeur Guillaume de Uffredi qui a procédé à l’interview de  Nicole Gonthieragrégée de l’université, docteur ès lettres en histoire. Elle a été professeur d’histoire médiévale et doyen de la Faculté des Lettres et Civilisations à l’Université Jean Moulin-Lyon 3 jusqu’en 2012. Elle écrit des romans policiers historiques ayant pour cadre le Lyon médiéval depuis de nombreuses années, ouvrages publiés chez Pygmalion-Flammarion puis désormais aux éditions Les passionnés de bouquins . Elle réside à proximité de Lyon (Rhône).

En 2018, elle remporte le prestigieux prix Sang d’Encre pour son livre : Peine Capitale.

La rédaction du carnet criminocorpus est très honorée de ce nouveau portrait et remercie infiniment Guillaume de Uffredi  pour son implication. PH.P.

Pouvez-vous décrire les étapes de votre parcours d’auteur : ce qui a déclenché cette vocation, votre formation, votre première publication ?

Écrire est une longue pratique universitaire dont j’ai amplement usé, pendant mes 32 années de carrière dans l’enseignement. Dans l’enseignement supérieur, les bénéficiaires du statut d’enseignant chercheur sont appelés à produire des textes – articles de revues scientifiques, communications à des colloques, manuels destinés à la préparation des concours, études thématiques ciblées sous la forme d’ouvrages sans oublier bien sûr l’écriture d’une ou de plusieurs thèses. Tel fut mon cas, et c’est ainsi qu’en qualité de maître de conférences puis de professeur d’université spécialiste d’histoire médiévale, j’ai fait paraître des ouvrages correspondants à mon champ de recherches historiques, soit les critères de marginalité, leur rapport avec la norme juridique, politique et religieuse, et par voie de conséquence la manière dont la société médiévale traite la marginalité (pouvoir d’ordre, organisation de la justice, pénalités judiciaires).

Lorsque j’ai pris ma retraite de l’Université, en 2012, j’ai choisi de continuer à traiter du Moyen-Age d’une manière plus ludique et plus accessible au grand public, grâce à l’écriture romanesque. Pour cela, j’avais la possibilité de passer par des intrigues criminelles, en piochant dans les nombreuses archives judiciaires que j’avais consultées au cours de mes recherches précédentes (archives lyonnaises, dijonnaises, parisiennes) afin de soutenir l’intérêt du lecteur, comme on le fait dans la littérature policière classique. La résolution d’une affaire de meurtre par un prévôt de police de l’archevêque est donc la trame première de mes romans mais chacun d’eux m’offre l’occasion d’initier le lecteur aux réalités de la fin du XVe siècle à Lyon. Décor urbain, couleurs, odeurs, bruits, langages, vêtements, usages quotidiens, actualités politiques, sociales, religieuses, culturelles, comportements, valeurs et croyances, etc. sont donc livrés au fil de l’histoire et le lecteur se retrouve, sans s’en rendre compte, informé des traits essentiels de l’époque, familier d’un univers qui n’est pas inventé mais fondé sur des réalités historiques, des pièces d’archives, des faits attestés. Rien de m’est plus agréable que d’entendre les lecteurs me dire qu’ils se sont sentis vivre au XVe siècle.

Les quatre premiers romans ont paru chez Pygmalion, puis en raison d’un changement de ligne éditoriale et de direction de cette maison d’édition, à partir de 2015, les trois suivants ont été édités par les éditions lyonnaises Les passionnés de bouquins . Tous les romans se situent à la fin du règne de Charles VII (1450-1461) et sous le règne de Louis XI (1461-1483). L’enquêteur est un prévôt de police qui a existé, Arthaud de Varey, et que j’ai librement imaginé. D’un roman à l’autre, sa propre histoire est exposée mais les romans se lisent indépendamment, ce n’est pas une saga.

Sept sont parus à ce jour, je suis en train d’écrire le huitième.

 Votre réaction suite à l’attribution du prix Sang d’Encrequi vous a été décerné fin 2018 pour le livre : « Peine Capitale » ?

Je fréquente le salon Sang d’encre depuis la parution de mon premier roman en 2012. Le crime de la rue de l’aumone avait été retenu parmi les romans en lice pour le prix, cette année-là et était arrivé second. J’apprécie beaucoup l’atmosphère et l’organisation de ce salon où je retrouve depuis 2012 les lecteurs qui aiment mes récits et d’autres qui les découvrent. Beaucoup de monde en général le fréquente. On y rencontre aussi des auteurs célèbres qui attirent un public important. Recevoir cette distinction pour Peine Capitale est un grand honneur et un très vif plaisir. Je connais l’impact publicitaire de ce prix renommé et qu’il ait été attribué à l’un de mes derniers récits me permet d’être mieux connue, avec ma spécificité d’historienne « convertie à une autre forme d’écriture ». Ce n’est pas le premier prix qu’obtiennent mes romans (Meurtre d’un maître drapier avait reçu le prix du Lions club de Rambouillet en 2014, et le prix de la République des canuts, en 2015, Les chants de la mort avait reçu le prix des lecteurs du salon de Montmorillon en 2015), mais le prix Sang d’encre est spécifiquement décerné à un roman « policier » et reconnaît la qualité de l’intrigue de ce type. J’ajoute que Peine Capitale vient de se voir délivrer également le prix Vaugelas des Rencontres Vaugelas de Meximieux ( il me sera remis le 6 avril lors du salon du livre des 6-7 avril 2019 à Meximieux), qui doit sanctionner – je suppose, en référence au grammairien Vaugelas – la qualité d’écriture. Ce double aspect de reconnaissance m’est particulièrement précieux.

– En tant qu’auteur, comment vous situez-vous ? Publiez-vous dans un genre littéraire défini ? Avez-vous des thématiques de prédilection ?

Mes récits sont à la frontière entre deux genres connus et définis : le roman policier et le roman historique. À la frontière, ou partie prenante des deux catégories : une position parfois bien difficile à soutenir ! Dans certains salons où mes romans côtoient des polars contemporains, je souligne que l’affaire criminelle que je relate est le fil conducteur d’un autre récit, d’une thématique supplémentaire. J’explique que mon but est de donner autant d’importance à la peinture des caractères, à la densité des personnages, à leur psychologie et à leur cadre de vie qu’au seul récit factuel.

Inversement, si l’on m’assimile aux auteurs de romans historiques, j’insiste sur les fondements véridiques de mes récits, leurs sources documentaires qui les écartent du genre de l’histoire romancée et je souligne l’aspect policier de l’intrigue.

L’attribution du prix sang d’encre me permet d’être plus crédible sur le plan policier tout en me démarquant du genre du roman historique que je ne pratique pas, n’en ayant pas le goût.

– Que pouvez-vous nous dire à propos de votre dernier roman :

Un crime tissé de soie se fonde sur un fait historique que les Lyonnais connaissent peu : l’implantation, sur ordre de Louis XI, d’une fabrique de la soie à Lyon, une décision

économique et politique à laquelle les consuls de Lyon ont répondu par un boycott manifeste, au risque de recevoir les foudres royales.

Sur ce fond événementiel – véritable crise de gouvernement municipal en 1470, riche en affrontements – j’ai voulu placer l’intrigue dans le milieu des courtiers de foires, pénétrant ainsi une société très cosmopolite et malfamée pour ses nombreuses fraudes. Cela me permettait de souligner l’importance des 4 foires internationales qui animaient Lyon et qui l’ouvraient aux influences italiennes.

Quant au lieu du crime, les terres du monastère d’Ainay, c’est un décor et un milieu que je n’avais pas encore mis en exergue, chacun des romans précédents illustrant un type social et un quartier différent.

Ce roman est celui qui s’inspire le plus étroitement des archives car la réalité de cette année 1470 nourrit merveilleusement l’imagination. Le crime, lui, est du domaine de la fiction, comme les péripéties de la traque du, ou des meurtriers. L’intrigue rebondit sur les erreurs et les doutes continuels du prévôt quant à l’identité de la victime, quant au mobile du crime, quant à la scène de crime elle-même. Une allusion au troisième homme comme un écho au roman de Graham Greene apparaît au cours de l’enquête… La solution – je l’espère – reste surprenante tout en étant réaliste et logique car rien ne m’agace autant que les énigmes qui se résolvent par un tour de passe passe dans les trois dernières pages.

J’ajoute que j’ai pris beaucoup de plaisir à écrire ce dernier roman où certaines scènes sont particulièrement dynamiques. » Nicole Gonthier

Nicole Gonthier sera présente à Quai du Polar, à l’hôtel de ville sur les créneaux suivants:

  • vendredi 29 mars de 14h à 16h30
  • samedi 30 mars de 10h à 13h et de 17h à 19h
  • dimanche 31 mars de 10h à

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