89 – Portrait du jour : Irène Chauvy, l’auteure d’une série de romans policiers historiques sur le Second Empire

« … Le Second Empire est une époque foisonnante, débordante d’intelligences et de réussites techniques, mais corsetée dans ses mentalités si bien décrites et expertisées entre autres par Alain Corbin et Théodore Zeldin. Hadrien Allonfleur, qui a survécu à Solferino en 1859, ne l’ignore pas ; il traîne derrière lui une cohorte de fantômes et promène son dilettantisme ainsi que son spleen dans les rues de Paris que le baron Haussmann est en train de transformer. Il devient capitaine dans l’escadron des cent-gardes, un régiment de cavaliers créé par l’Empereur en 1854 (pour être recruté, il fallait mesurer au moins un mètre quatre-vingts, Allonfleur annonce un mètre quatre-vingt-cinq). Chargé de la sécurité de Napoléon III, de sa famille et de ses résidences, ce corps d’élite et de prestige se distinguera à Sedan… »

Irène-Chauvy-Auteur-216x300-216x300Le Carnet de l’histoire de la justice, des crimes et des …développe la rubrique Portrait du jour – Criminocorpus  et ouvre ses pages aux fidèles lecteurs du site.

Pour son  89ème Portrait du jour – Criminocorpus, le blog d’informations reçoit Irène Chauvy auteure des enquêtes du capitaine Hadrien Allonfleur.

Directrice de la Collection Rouge des Éditions Ex Æquo.

Bienvenue Irène sur les pages du site Criminocorpus.

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« J’ai toujours aimé lire et non « adoré » (on adore seulement Dieu, s’agaçait ma mère quand j’utilisais ce verbe un peu trop souvent). J’ai donc aimé lire très jeune (Jules Verne, Hector Malot…) Je lisais également les livres de la bibliothèque de mon grand-père notamment Mort, où est ta victoire de Daniel Rops. Je ne suis pas certaine à huit ans d’en avoir seulement compris le titre. Mais qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse, professait Alfred de Musset qui a enchanté mon adolescence.

Je passais mes après-midi estivaux et cévenols à faire du crochet auprès d’une vieille demoiselle protestante dont les récits sur les familles environnantes ont durablement marqué mon imagination déjà turbulente.

Je me suis mise tardivement et sérieusement à l’écriture à la cinquantaine, d’abord de manière confidentielle. J’ai écrit une saga de 600 pages (certainement perdue) se déroulant sur huit siècles, au désespoir de ma famille et de mes amis qui s’égaraient dans le déroulement de l’intrigue et supportaient mal la galerie surchargée de mes personnages. Au bout de quatre ans, je me suis dit que je n’allais pas finir comme ce malheureux Vincent Van Gogh qui trouva la gloire après sa mort et j’ai envoyé (l’expérience aidant) un texte plus court aux Éditions des Nouveaux Auteurs.

La suite fut à mon grand étonnement (ceux qui me connaissent vous le diront : j’ai une tendance marquée à me sous-estimer) assez rapide, puisque je fus en 2011 la première gagnante du Prix du policier historique initié par le magazine « ça m’intéresse Histoire », et ce (j’en suis fière) sous la présidence de Jean-François Parot pour La vengeance volée mettant en scène Hadrien Allonfleur, un officier sous le Second Empire. Livre qui fut repris ensuite en 2013 dans la collection 10/18 Grands détectives.

Puis j’ai suivi mon mari à La Réunion me partageant entre mon travail en tant qu’attaché principal* à l’Éducation nationale et l’écriture des aventures toujours aussi trépidantes de Hadrien Allonfleur paraissant désormais aux Éditions Ex Aequo.

Le Second Empire est une époque foisonnante, débordante d’intelligences et de réussites techniques, mais corsetée dans ses mentalités si bien décrites et expertisées entre autres par Alain Corbin et Théodore Zeldin. Hadrien Allonfleur, qui a survécu à Solferino en 1859, ne l’ignore pas ; il traîne derrière lui une cohorte de fantômes et promène son dilettantisme ainsi que son spleen dans les rues de Paris que le baron Haussmann est en train de transformer. Il devient capitaine dans l’escadron des cent-gardes, un régiment de cavaliers créé par l’Empereur en 1854 (pour être recruté, il fallait mesurer au moins un mètre quatre-vingts, Allonfleur annonce un mètre quatre-vingt-cinq). Chargé de la sécurité de Napoléon III, de sa famille et de ses résidences, ce corps d’élite et de prestige se distinguera à Sedan.

C’est aussi le monde de Gustave Flaubert, celui des frères Goncourt, de Georges Sand, de la Princesse Mathilde et de son salon. Avec ses rentiers, ses boursicoteurs tenant le haut du pavé, la fête impériale a un envers peu attrayant. Pauvreté et corruption vont de pair malgré les grandes idées professées et pour certaines mises en œuvre par un Empereur soucieux de ses sujets, mais également amateur de femmes et auteur d’une Histoire de Jules César de qualité (c’est à Napoléon III que l’on doit la découverte d’Alésia).

Meurtres, trahisons, amitiés dans la lignée des Eugène Sue et Charles Dickens animent mes intrigues. Allonfleur fait peu cas de sa peau quand il s’agit de sauver celle du prince impérial ou d’une fillette, de courir après les méchants ou d’horribles criminelles, prenant le temps, il est vrai, de goûter à quelques beautés s’attardant auprès de lui.

J’ai dans la tête des idées à foison, des héroïnes qui décoiffent, en avance sur leur époque comme Jane Cardel, ou comme Héloïse, écrivain casse-cou, ou bien encore comme Ismérie, mutine et impulsive.

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Chacun de mes livres a une ossature historique qui me tient souvent plus occupée que l’écriture elle-même. Autodidacte en la matière, je lis, relis, recoupe les informations sans me lasser, jusqu’à m’user le cerveau. Sans Gallica, les historiens contemporains et ceux d’aujourd’hui, les journaux et les témoignages d’époque, je n’aurais pu écrire mes livres. Un dernier mot pour comprendre l’utilisation de l’Histoire dans mes romans policiers. Le contexte historique est là pour enrichir le récit, il le décore s’il le faut ; il le suit, il ne l’arrête pas et n’embarrasse pas l’action, tout en se voulant pourquoi pas didactique. J’aime promener mon héros hors de Paris ou dans ses environs. Il se rend à Compiègne, à Saint-Malo (Enquête à l’opéra impérial) à Dijon (La vengeance volée), dans les Cévennes (La mouche du coche) à Chamonix (Le secret de Martefon).

Je passe tout autant de temps à retravailler mon style, à le polir. Enfin, je fais la chasse aux termes et aux verbes anachroniques ou non utilisés à l’époque avec une satisfaction non dissimulée. C’est la cerise sur le gâteau !

Le paquebot des Messageries impériales l’Eyrimanthe vient d’arriver en rade de Saint-Denis de La Réunion ; la chaloupe qui emmène Allonfleur sur le rivage (il n’y a pas de port) tangue. Je me tiens à ses côtés, mais il me faut m’éloigner de lui pour une courte période. J’ai un déménagement à mener. Je quitte l’île, je pars pour Lille.

Hadrien n’a pas besoin de moi, il va enquêter avec sa diligence habituelle et rentrera en métropole dans quelques mois, j’espère sain et sauf (mais certainement avec quelques cicatrices supplémentaires physiques et morales) et accompagné de… mais ça mon héros et mes lecteurs l’ignorent encore. »

* Suite à une maîtrise de Droit Public, et Institut Régional d’Administration.

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