51 – Portrait du jour : Laure Bulmé, guide-conférencière et auteure sur « Les graffitis de la maison centrale de Clairvaux »

 « … Après avoir mis en place une méthodologie de relevé, je repris donc minutieusement l’étude des murs. Au fur et à mesure des relevés, les graffiti identitaires – très nombreux – interpellèrent ma curiosité. J’avais envie d’en apprendre plus sur ces hommes.

Ce fut là, une autre aventure qui commença : retrouver ces Hommes, écrire leurs histoires, leurs parcours (…) grâce aux différents documents (répertoires d’écrou, registres d’écrou, dossiers personnels…) conservés aux Archives Départementales de l’Aube. Pour des questions géographiques et pratiques, je numérise tous ces documents qui, pour faciliter les recoupements avec les graffiti, sont renseignés, par un preux chevalier, Jacques DOMENGE (bénévole), dans une base de données. Cette dernière nous a d’ailleurs donné l’occasion à plusieurs reprise d’aider des familles, venues visiter, à retrouver leurs aïeux ! Que d’émotions ! Ces travaux nous ont également permis de comprendre l’organisation des régimes de détention : les divers recoupements ayant fait apparaître les quartiers des détentionnaires, des condamnés militaires, des condamnés aux travaux forcés (…) ou encore de distinguer les quartiers allemands des quartiers français sous l’Occupation et bien d’autres choses encore ! Vous l’aurez compris ces inscriptions lapidaires recèlent bien des trésors … »

Le Carnet de l’histoire de la justice, des crimes et des … développe la rubrique Portrait du jour – Criminocorpus  et ouvre ses pages aux fidèles lecteurs du site.

Pour son cinquante et unième Portrait du jour–Criminocorpus la rédaction du blog reçoit Laure Bulmé … ,guide-conférencière et membre de l’association Renaissance de l’Abbaye de Clairvaux. Elle est l’auteure de l’article sur Les graffitis de la maison centrale de Clairvaux.

J’attache beaucoup d’intérêt à publier le portrait de cette jeune femme passionnée par son métier.

Alors que l’abbaye-prison de Clairvaux s’apprête à tourner une page, Laure contribue inlassablement à « faire entendre que nous sommes nombreux.ses à aimer Clairvaux et à vouloir élever son activité culturelle le plus haut possible » …  

Merci Laure pour ce petit jeu d’écriture pas facile à rédiger – j’en conviens – .

Bienvenue dans le cercle des amis du carnet Criminocorpus Ph.P.

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« Voilà sept ans, maintenant, que je fais découvrir l’abbaye-prison de Clairvaux. C’est là, plus qu’une activité professionnelle, une réelle passion que je vis au quotidien. J’ai la chance chaque matin de rejoindre Clairvaux avec le sourire et la certitude de passer une belle journée.

Merci, Philippe, de me laisser présenter ici, ce fabuleux métier et, plus particulièrement, ma passion pour ce site !

Ce qui m’a amené à choisir ce métier ? C’est lui qui m’a choisi… Jamais je n’aurai imaginé conduire des visiteurs à travers le temps comme je le fais aujourd’hui, à une époque où le simple fait de présenter un exposé devant mes camarades provoquait tremblements et évanouissements chez moi.

Cependant mon côté baroudeuse et mes passions pour l’Histoire et les Architectures m’y prédestinaient sans que j’en ai conscience.

Après avoir tenté – en vain – une licence Langues Étrangères Appliquées, je reprenais le chemin d’un enseignement semi-professionnel avec un BTS Animation et Gestion Touristiques Locales qui me mit sur cette voie… Cette formation pluridisciplinaire mêlait théorie et pratique avec un système plus ou moins proche de l’alternance. C’est ainsi que j’ai pu expérimenter de nombreuses activités en rapport avec la culture et le patrimoine. Petit à petit je perdis mon handicapante timidité et pris le chemin d’une Licence Protection et Valorisation du Patrimoine – Option Guide Interprète National!Qui l’eut cru :’-) !!

Très vite je pris du plaisir à conter l’histoire de toutes ces vieilles pierres dont la France est parsemée. Les travaux préparatoires satisfaisaient mon esprit curieux, je me sentais dans la peau d’une aventurière tenant à la fois de l’archéologue et de l’historienne. Le fait de prendre possession des lieux et de les admirer des heures durant afin de les comprendre me procurait de l’euphorie ! Partager le fruit des mes enquêtes avec le public m’apportait la jubilation ! Ce que je n’appris qu’à la fin de mes études c’est qu’il est possible de tomber amoureux de certains sites…

C’est au mois de juin 2011 que je rencontrais cette grande et vieille Dame qui, aujourd’hui me passionne un peu plus chaque jour : l’Abbaye-Prison de Clairvaux !

Le coup de foudre fut quasi instantané… J’avais devant moi un mille-feuilles d’histoire et un patchwork architectural qui me subjuguent aujourd’hui encore.

Dévoiler l’histoire de ce haut lieu des Enfermements ( 7 siècles de vie monastique et 2 siècles de vie carcérale) qui, pour citer Jean-François LEROUX1, « était resté infranchissable durant près de 9 siècles à moins d’être moine, surveillant ou détenu », allait tout de même me donner du fil à retordre ! Cette double identité : Abbaye et Prison, déconcerte voire surprend au premier abord les visiteurs. La plupart d’entre eux, s’apprêtant à découvrir une abbaye cistercienne médiévale, découvrent, dès leur arrivée, qu’il ne subsiste qu’un bâtiment de cet période puisque l’abbaye fut reconstruite au 18ème siècle et, oh comble de la surprise !, que celle-ci abrite une Maison Centrale depuis plus de 2 siècles! Quelle stupéfaction !! Fort heureusement, la curiosité, présente en chacun d’entre nous, les pousse à poursuivre l’aventure ! Le challenge commence alors : conter ces histoires et, surtout, donner au public toutes les clés pour voir ces lieux différement, décortiquer ensemble chacune des strates composant alors ce captivant mille-feuilles et les amener à les apprécier ou à défaut à les accepter. C’est ce défi qui me donna cet enthousiasme ! Redonner à l’abbaye et à la prison, les attentions dont elles faisaient l’objet autrefois! Faire mémoire à ceux qui y ont vécu… La tâche n’allait pas être si simple que cela ! Bien sûr, pour mener à bien cette mission, il me fallait apprivoiser cette grande Dame !

Tout d’abord initiée par les membres salariés et bénévoles de l’ARAC, ma volonté de comprendre et de vouloir tout maîtriser (noter ce défaut 😉 ) me poussa rapidement à sortir des sentiers me lançant alors dans de nombreuses explorations des lieux et, aussi à sortir de Clairvaux pour rejoindre Troyes et fouiller et éplucher les archives. Ces aventures m’ont permis de rencontrer des gens formidables – eux aussi attachés à Clairvaux. Parmi ceux-ci, Lydie HERBELOT et Dominique FEY (29 – Portrait du jour : Lydie Herbelot et Dominique Fey,) qui ont fait un travail titanesque sur le fonds archivistique de l’ancienne Maison Centrale de Clairvaux, ce qui nous a permis d’avoir plus rapidement et plus facilement des réponses à nos interrogations ! Merci à eux !

Le Carnet de l’histoire de la justice, des crimes et des … est, de son côté, devenue une référence voire une bible pour moi, je ne m’étais jamais vraiment interrogée sur l’histoire de la justice ou même de l’application des peines. Se documenter sur le sujet des Prisons et de leur Histoire n’est pas si simple lorsque nous ne sommes pas universitaires… Alors je tiens à profiter de cet exercice pour remercier vivement celles et ceux qui animent ce blog ! Grâce à celui-ci, je rencontrais également d’autres passionnés comme vous, Poisson (Philippe), ou encore Jean-Claude Vimont à qui je dois beaucoup. C’est ce dernier qui me lança dans cette folle aventure, que je vis, aujourd’hui encore, comme un hobby ! Il avait ce projet de réaliser une exposition virtuelle [La mémoire des murs] sur le thème des graffiti en milieu carcéral. Bien qu’un peu intimidée d’être conviée à participer à ce projet, je saisis l’opportunité que de mettre en avant cette mémoire carcérale de Clairvaux ! C’est ainsi que je me suis mise à détailler scrupuleusement les murs… Le délai qui m’était donné pour préparer ce travail m’amena à répertorier sans réelle méthodologie les premiers relevés que j’effectuais. Mon premier objectif fut alors d’établir un panel représentatif des graffiti présents à Clairvaux… Une fois que l’exposition fut mise en ligne, je décidais d’entreprendre l’inventaire complet de tous ces témoignages. Je ne pouvais me résoudre à imaginer que ceux-ci, tôt ou tard, puissent disparaître lors de futures campagnes de restauration des bâtiments. Je me devais de pérenniser ces témoignages en mémoire à leurs auteurs.

Après avoir mis en place une méthodologie de relevé, je repris donc minutieusement l’étude des murs. Au fur et à mesure des relevés, les graffiti identitaires – très nombreux – interpellèrent ma curiosité. J’avais envie d’en apprendre plus sur ces hommes.

Ce fut là, une autre aventure qui commença : retrouver ces Hommes, écrire leurs histoires, leurs parcours (…) grâce aux différents documents (répertoires d’écrou, registres d’écrou, dossiers personnels…) conservés aux Archives Départementales de l’Aube. Pour des questions géographiques et pratiques, je numérise tous ces documents qui, pour faciliter les recoupements avec les graffiti, sont renseignés, par un preux chevalier, Jacques DOMENGE (bénévole), dans une base de données. Cette dernière nous a d’ailleurs donné l’occasion à plusieurs reprise d’aider des familles, venues visiter, à retrouver leurs aïeux ! Que d’émotions ! Ces travaux nous ont également permis de comprendre l’organisation des régimes de détention : les divers recoupements ayant fait apparaître les quartiers des détentionnaires, des condamnés militaires, des condamnés aux travaux forcés (…) ou encore de distinguer les quartiers allemands des quartiers français sous l’Occupation et bien d’autres choses encore ! Vous l’aurez compris ces inscriptions lapidaires recèlent bien des trésors…

Aujourd’hui l’abbaye-prison de Clairvaux s’apprête à tourner une page. La Maison Centrale de Clairvaux a entamé son processus de fermeture, laquelle sera effective en 2022. C’est donc le coeur serré que nous assisterons à la fin prochaine de l’histoire d’une des plus grandes prisons de France. C’est là que nous prenons conscience qu’il est parfois plus simple de se faire narrateur de l’histoire plutôt que l’acteur… Installée en 1808, sous Napoléon 1er, la Maison Centrale de Clairvaux aura emprisonné, durant plus de deux siècles, des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants – surveillants et détenus – pour lesquels notre mission est alors de rappeler leurs histoires. Ne jamais oublier que l’histoire des prisons, c’est aussi l’histoire de notre société. Et, j’ai encore l’espoir aujourd’hui de voir naître en ces lieux, un musée des Enfermements avec, plus particulièrement, une partie sur l’histoire de l’évolution de la peine de privation de liberté. J’espère faire entendre que nous sommes nombreux.ses à aimer Clairvaux et à vouloir élever son activité culturelle le plus haut possible. »

1Jean-François LEROUX, président de l’Association Renaissance de l’Abbaye de Clairvaux. Celle-ci a quasi délégation de service public pour animer la partie historique de l’ancienne abbaye-prison.

Pour celles et ceux que cela pourrait intéressé :

https://criminocorpus.org/fr/expositions/art-et-justice/la-memoire-des-murs/les-graffitis-de-la-maison-centrale-de-clairvaux/

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