Portrait du jour : Nathalie Salmon, « noble et grande dame de la littérature »

« Côté secrets d’écrivain, quelques petits instantanés : j’écris directement au clavier, le plus souvent avec l’un de mes chats allongé sur le bureau, un thé à proximité. Quand le dit chat tente une incursion sur le clavier il tape généralement un C cédille – on a ses habitudes quand on est chat. La fenêtre est toujours ouverte, même en plein hiver, j’ai besoin du dehors. Enfin, j’adore écrire au petit matin, quand tout est encore à inventer et que la vie des hommes est encore silence… »

Le Carnet de l’histoire de la justice, des crimes et des …développe la rubrique Portrait du jour – Criminocorpus  et ouvre ses pages aux fidèles lecteurs du site.

Un vent de liberté souffle sur le carnet … et pour son vingtième et unième  Portrait du jour – Criminocorpus la rédaction du blog ouvre ses pages à une « grande dame de la littérature » … et une noble dame tout simplement Nathalie Salmon.

Nathalie n’a pas hésité en pleine exposition – descriptif ci-dessous – à m’écrire ce portrait pour les lecteurs du blog Crimino.

Je suis particulièrement touché par cette délicate attention. Désormais Nathalie les pages du site vous seront acquises définitivement. Très cordialement. Ph.P.

« Aussi loin que remontent mes souvenirs j’ai toujours écrit. L’écriture fait partie de mes fonctions professionnelles, successivement comme assistante parlementaire, attachée de presse, conseil en communication, publicitaire, puis dans l’Education nationale. Je dois préciser que ma mère était romancière. Mon père, lui, était un homme politique, à l’aise avec la parole qu’il savait prendre, le plus souvent sans notes. A la maison, on n’a jamais été complexé par les mots !

Mon premier livre était une enquête sur la PMA (procréation médicalement assistée) qui laissait la parole aux couples ayant connu des échecs de procréation. Dans cette étude comme dans mes romans, mon fil rouge a toujours été et demeure la question de la transmission et donc des racines. Qu’il s’agisse d’appartenance ou d’émancipation, on se positionne malgré tout par rapport à ce qui vous a construit.

C’est ce qu’a fait mon ancêtre Adolphe Salmon quand il a émigré aux Etats-Unis au XIXe siècle : il y est devenu le French man incontournable pour tout nouvel arrivant français à New York. Son chemin est raconté dans Lady Liberty I love you, sa biographie (De Rameau 2013). Le livre est en équilibre sur deux axes : d’une part l’émigration des Européens vers les Etats-Unis au XIXe siècle et l’Amérique qu’ils ont construite ; d’autre part le fait avéré que Sarah, l’épouse d’Adolphe Salmon, a posé dans l’atelier du sculpteur Auguste Bartholdi en 1875 au moment où celui cherchait un visage à sa statue de la Liberté. Cette biographie s’appuie sur de nombreux documents, des archives d’état civil et de musées, des sources précises, des témoignages de référence. Il a fallu regrouper tous les indices, les mettre en relation avec des faits, écarter les erreurs, confronter les mémoires, lire des centaines de journaux d’époque à la recherche d’une information. L’aventure m’a menée de France aux Etats-Unis (New York, Boston, Los Angeles), en Belgique, en Allemagne… J’ai contacté des musées, des bureaux d’archives, divers offices qui chacun détenait une part de l’histoire. Il a fallu ne pas se contenter d’intuitions.

Au début de cette année est sorti le roman Un Amour de Liberté (Baker Street 2018). Il s’est imposé de lui même. A force de fréquenter des personnes au travers d’articles, de lettres, de photographies, on devient proche d’elles, on analyse leurs intentions et leurs motivations, on se met à saisir leur caractère, en un mot on les connaît. C’est le grand mystère du biographe. Le roman est venu pour ainsi dire naturellement. Sa magie permet de livrer l’intimité des personnes. C’est une autre façon de raconter cette très belle histoire de courage, de conquête, d’amitié et d’amour.

La statue de la Liberté est l’un des monuments les plus universellement connus. Quand l’un de vos ancêtres est le fondé de pouvoir de son sculpteur Bartholdi et que vous avez la certitude que son épouse a prêté ses traits au visage de la statue, vous savez que vous tenez là un sujet ! Une fois que vous avez pisté l’aventure de A à Z, posé les épisodes fondateurs, étayé votre proposition par des informations fiables et vérifiables, et raccordé votre histoire à l’histoire des Etats-Unis, l’envie d’apporter des connaissances nouvelles à ce thème universel s’impose toute seule. Certes, la statue ne reflète pas toujours ce qu’elle a voulu être : un hymne à la liberté. Elle a pu être interprétée aussi comme le symbole du capitalisme dans ce qu’il a de plus néfaste. En réalité, cette statue a une telle force d’identification que chacun peut l’habiter comme il veut. Bartholdi peut en être fier car elle ne laisse personne indifférent.

Un Amour de Liberté s’adosse à l’histoire. C’est même une part indissociable de l’histoire. C’est ce qui rend le livre facile et agréable à lire : la petite histoire dans la grande. Une vie dans la vie. C’est très différent d’une fiction où vous inventez tout, les personnages, les lieux, l’intrigue. Un roman historique, c’est un genre à part : vous devez respecter ce qui est vrai, mettre des mots crédibles et justes dans la bouche des personnages, et des ambiances autour. Mais du fait de son cadre défini, le roman historique offre aussi beaucoup de liberté, par exemple dans la façon de raconter.

L’histoire de la construction américaine est passionnante, ainsi que ses relations au Vieux Monde. Au-delà du contexte historique et politique, j’y trouve matière à sonder toujours plus le concept de transmission. Cette passerelle parfois conflictuelle entre le vieux et le neuf, le passé et le rêve, l’histoire et l’avenir, la grande sœur et la cadette, est une allégorie de la vie de l’homme. L’immigration me passionne, avec son nécessaire abandon des racines et son désir de maintien de la culture d’origine. Ce côté-là me parle car j’ai des origines multiples dans toute l’Europe même si ma famille est fixée en Normandie depuis trois ou quatre générations. Je reste également passionnée par le mythe du monde à construire, sans doute parce qu’il n’en existe plus. Les Etats-Unis d’Amérique font partie de ces grands mythes, malgré les ravages culturels et ethniques qu’ils ont causés. Comme toujours le travail de l’homme révèle le pire et le meilleur.

Côté secrets d’écrivain, quelques petits instantanés : j’écris directement au clavier, le plus souvent avec l’un de mes chats allongé sur le bureau, un thé à proximité. Quand le dit chat tente une incursion sur le clavier il tape généralement un C cédille – on a ses habitudes quand on est chat. La fenêtre est toujours ouverte, même en plein hiver, j’ai besoin du dehors. Enfin, j’adore écrire au petit matin, quand tout est encore à inventer et que la vie des hommes est encore silence.

Une dernière chose : Le Département de la Seine-Maritime me fait l’honneur de consacrer tout l’été, du 4 juillet au 24 août, une exposition à mes travaux sur la statue de la Liberté et sur ceux qui participèrent à l’aventure. »

Exposition LA LIBERTE DE LA SEINE A NEW YORK

Ouvert du lundi au vendredi de 9h à 17h, hors jours fériés

Entrée sur présentation d’une pièce d’identité.

Hôtel du Département, hall Bérégovoy (rez-de-chaussée)

Quai Jean Moulin, 76100 Rouen

Entrée cours Clemenceau.

Publications de Nathalie SALMON :

* LORSQUE L’ENFANT NE PARAIT PAS – PMA : illusions et réalités, enquête (éditions Cheminements 2006, épuisé)

* L’ENVAHISSEUSE, roman (éditions De Rameau 2009)

* TROUVE-MOI MONA, roman (éditions De Rameau 2009)

* L’HOMME NU SANS LES MOTS DE L’AMOUR, roman, prix Lions Club International de littérature 2012 (éditions De Rameau 2010)

* LADY LIBERTY I LOVE YOU – l’histoire vraie du modèle de la statue de la Liberté, biographie historique (éditions De Rameau 2013)

* LE SECRET AUX YEUX NOIRS, roman (éditions De Rameau 2015)

* UN AMOUR DE LIBERTÉ, roman historique (éditions Baker Street 2018)

Contributions :

* BAISER DE FEU, David Kessel et Cyril Pelletier (éditions Bruno Leprince 2011)

* DAVID KESSEL, QUARANTE ANS DE PEINTURE, Pierre Cornette de Saint-Cyr, Alain Kleinmann, Daniel Mesguich, Nathalie Salmon, Gérard Xuruguera (Allegro éditions 2015)

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