Le cas de la féminisation de la Police nationale (Geneviève Pruvost)

Idées économiques et sociales 2008/3 N° 153 – Les concepts de genre et de travail sont au fondement de la réflexion anthropologique sur la « valence différentielle des sexes » – pour reprendre l’expression de Françoise Héritier –, dans la mesure où il existe dans toute société connue des travaux d’hommes et des travaux de femmes, organisés selon le double principe de séparation et de hiérarchie.

Si l’on rentre maintenant dans le détail du contenu même de la division sexuelle du travail, il repose notamment sur le monopole masculin, à de rares exceptions près, du maniement des outils les plus sophistiqués [1] [1][1] Les chiffres entre crochets renvoient à la bibliographie en…. Or, parmi ces outils, les armes constituent un cas particulier. Elles font l’objet d’une interdiction redoublée, qui s’est longtemps traduite par un verrouillage de l’armée et de la police, institutions spécialisées dans l’usage de la contrainte physique [2], longtemps réservées aux hommes.

À ce titre, la féminisation de la police constitue la levée d’un interdit dont il importe de mesurer la portée, en allant au-delà du simple comptage des effectifs féminins. Il s’agit, en effet, de s’intéresser au cœur de la transgression que constitue la femme armée, en temps de paix, de manière officielle et au titre de fonctionnaire. En d’autres termes, les femmes policiers ont-elles accès [2][2] C’est pourquoi ont été exclus de cette étude les membres… aux « pleins pouvoirs de police » ? Les femmes usent-elles en ultime recours d’une « force coercitive non négociable » ? Puisque telle est l’habilitation spécifique dont la police a le monopole.

Le rappel des étapes historiques du processus de féminisation de la Police nationale depuis les années 1930 est fondamental pour comprendre le chemin parcouru : en 1935, la police municipale parisienne, sous la pression des féministes réformistes, recrute les deux premières femmes agents de police pour veiller sur la population féminine et les enfants errant dans les rues. Elles sont affectées très rapidement à la brigade des mineurs, au titre d’« assistantes de police », sans pouvoir accéder à d’autres brigades et étendre leur niveau de compétence. Cette expérience locale ne prendra une dimension nationale qu’en 1968 – date de l’ouverture aux femmes du concours d’officier de police adjoint (équivalent d’inspecteur). Dans les années 1970, s’ouvriront, un à un, tous les grades policiers, d’une manière assez originale, puisque la hiérarchie médiane et supérieure est féminisée avant le bas de l’échelle policière. Sont ainsi féminisés les concours d’enquêteurs et d’inspecteurs en 1972, le concours de commissaire en 1974, celui de gardien de la paix en 1978 et d’officier de paix en 1983. Cette entrée progressive est le signe d’une « révolution respectueuse », pour reprendre la formule de Catherine Marry dans son ouvrage sur les femmes ingénieurs – respectueuses des coutumes policières, qui considèrent que la féminisation doit rester un phénomène minoritaire. La féminisation de la police, comme celle de l’armée, obéit à des quotas restrictifs fixés au niveau ministériel. Sous la pression du Conseil de l’Europe, les quotas restrictifs sont abolis en 1992, mais, de manière officieuse, les quotas demeurent, que ce soit sous la forme de limites de taille ou de barèmes sportifs discriminants. La proportion de femmes policiers (titulaires dans la police active) est de 16 % en 2007. Même si elles subissent une sursélection, rares sont les postes qui restent fermés aux femmes : un seul bastion résiste, non des moindres, celui des CRS spécialisés en maintien de l’ordre au grade de gardien de la paix [3]…

Geneviève Pruvost est chargée de recherche au CNRS (Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénales). Ce livre est issu de sa thèse L’accès des femmes à la violence légale. La féminisation de la police (1935-2005) , soutenue à l’Ecole des hautes études en sciences sociales en 2005. Elle travaille actuellement à une comparaison avec la féminisation d’autres métiers d’arme. Pour en savoir plus sur Cems.ehess.fr

Pour en savoir plus lire l’article de Geneviève Pruvostdu même auteur  (Chargée de recherche au CNRS-CESDIP (77) sur le site de Cairn

Idées économiques et sociales 2008/3 (N° 153) Travail et genre Pages : 80 Éditeur : Réseau Canopé  ISSN : 2257-5111 Site internet

 

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