L’habit fait la femme – Modes et femmes, 14-18 jusqu’au 17 juin à la bibliothèque Forney, Paris.

Une exposition consacrée aux vêtements féminins de la Grande Guerre.

Il est des commémorations évidentes s’agissant de la Première Guerre mondiale. Ce n’est a priori pas le cas de la mode féminine. L’exposition « Mode et femmes, 14-18 » montre le contraire. En effet, elle donne à voir les effets du conflit sur les vêtements et leurs usages et par là sur les corps et les rapports de genre.

Les commissaires Maude Bass-Krueger et Sophie Kurkdjian interrogent ainsi la supposée libération des femmes par le conflit. Si les fameuses « munitionnettes » des fabriques d’armement sont caricaturées ou exposées dans la presse de mode en bleu de travail, elles portent le plus souvent un tablier ou une blouse sur une robe, comme dans les usines du XIXe siècle.

Reste que la guerre bouleverse bien leur statut et que leurs vêtements se professionnalisent. Les uniformes se multiplient, pour les infirmières mais aussi dans l’industrie, dans les chemins de fer, aux PTT, même si généralement les travailleuses bricolent elles-mêmes leurs tenues, conseillées par des revues comme Le Petit Écho de la mode. A la masculinisation des femmes au travail, plus fantasmée que réelle, répond toute une imagerie où l’on voit les épouses attendre leur mari dans des robes vaporeuses. Mais, de retour du front ou en permission, les combattants sont choqués par les femmes élégantes qui semblent occulter la guerre.

C’est que dans le paysage quotidien le deuil domine. Le carnage conduit à en simplifier la complexe codification. Le contrôle sur les femmes endeuillées n’en demeure pas moins fort : le négligeant, elles sont accusées de ne pas honorer la mémoire des défunts ; trop sophistiquées, elles sont considérées comme des « veuves joyeuses ».

Le vêtement doit aussi exprimer le soutien aux poilus et à l’effort de guerre. « Tricots du soldat » et dons partent pour le front. Plus symbolique, un vestiaire patriotique se développe : robes bleu-blanc-rouge ou aux allures de tenue d’infirmière, chapeaux style « militaire ». Le soutien est également industriel. L’opportuniste haute couture défend le savoir-faire national face à la concurrence étrangère.

Au final, les vêtements issus des musées Galliera et de la Grande Guerre de Meaux ou des maisons de haute couture Lanvin et Chanel, les photographies et les publicités illustrent l’évolution de la mode féminine, dorénavant plus confortable et pratique. Et l’on comprend que la guerre déplace partout les lignes du genre.

À VOIR

Modes et femmes, 14-18 jusqu’au 17 juin à la bibliothèque Forney, Paris.

Manuel Charpy dans mensuel 433 daté mars 2017 – 383 mots Gratuit

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