« Graine de bagnarde » de Christiane-Katia Ferré

graine-de-bagnardeParution du livre le 1er novembre 2013 –  Que fait Marie à 70 ans sur cette terre lointaine de la Guyane, près de l’embarcadère de Saint-Laurent du Maroni ? Pourquoi a-t-elle traversé les mers, quitté son Béarn natal ? Orpheline, abandonnée de tous, abusée dès son plus jeune âge, la petite Marie, de MONEIN, n’a qu’un idéal : survivre coûte que coûte. La faim, le froid, la solitude poussent aux crimes… mais lesquels ? Qu’aura-t-elle mérité pour ces délits : l’exil, la manille, le nerf du garde chiourme ou la vapeur brûlante lâchée dans les cages du paquebot où elle est enfermée et qui l’emporte au loin ? Quel Prince Charmant lui a-t-on promis pour que cette jeune femme cède aux obsessions nuptiales de l’Administration Pénitentiaire ? Pendant des années, l’auteure a mené une véritable enquête sur cette béarnaise. En 2003, elle n’a pas hésité à aller jusqu’au fin fond de la forêt amazonienne, se perdre dans les ruines des bagnes, passer une nuit dans les enchevêtrements de pierres et de lianes pour s’imprégner de l’ambiance et ramener un reportage sur l’agonie des Iles du Salut. Elle reste encore bouleversée par l’Ile Saint-Joseph et le Camp de la Transportation de Saint-Laurent du Maroni qui accueillit un siècle plus tôt notre héroïne.

christianekatia-ferreChristiane-Katia Ferré est née à Cayenne. Chargée de cours en Communication à l’Université de Pau, elle est, également, sollicitée, pour des missions, par l’Institut Pénitentiaire pour exercer sa formation en milieu carcéral. Elle se passionne pour ce nouveau public, inhibé par l’enfermement. Libérer la parole captive, apprendre comment on redevient humain sera alors un de ses objectifs auprès de ces exclus. Pendant 13 ans, elle organise parallèlement le « Printemps des Poètes » à l’Hôtel de Ville de Pau. À la mort de son père elle découvre, dans une cantine rouillée, papier jaunis et archives du bagne. Déjà collectionneuse de vieux manuscrits il n’en faut pas plus pour qu’elle décide de s’acharner à trouver les pièces, qu’elle estime, manquantes, au dossier de sa protégée, Marie Bartète. Cette recherche devient obsessionnelle. Elle passe alors des jours et des jours aux archives d’Outre-Mer d’Aix-en-Provence, des Pyrénées Atlantiques, de Bordeaux, et harcèle véritablement le service du Patrimoine de Saint-Laurent du Maroni pour obtenir le dernier document.

Figure du bagne - Marie Bartête, reléguée, matricule 107

Figure du bagne –

Marie Bartête, reléguée, matricule 107

Née en 1863 dans les Basses Pyrénées (terminologie de l’époque), Marie Bartête, abandonnée par sa mère dès sa naissance, orpheline à neuf ans, placée dans diverses familles dès l’âge de treize ans, mariée à quinze ans, veuve à vingt ans, elle n’intéressa jamais ses oncles, tantes ou frères, tous cultivateurs. Condamnée à six reprises pour vol et escroquerie entre 1883 et 1888, elle fut reléguée bien que ses peines fussent mineures et même insuffisantes au regard de l’application formelle de la loi pour que la relégation soit automatique – situation d’autant plus choquante que sa tenue en prison fut toujours exemplaire (un avocat compétent l’aurait sans doute tiré de ce mauvais pas). On l’accabla de tous les maux, et pour faire bonne mesure, elle fut même déclarée indigne de bénéficier du statut de reléguée individuelle qui lui aurait permis un placement chez des particuliers en Guyane. Il est probable que sa constitution robuste joua en sa défaveur… On voulait toujours de bons bras pour coloniser la Guyane.

Envoyée en Guyane en 1888 à l’âge de 25 ans avec le statut de reléguée collective, sa conduite ne donna lieu à aucun reproche. Elle se maria deux fois, ce qui ne lui permit pas de bénéficier de la loi de 1907 qui libérait les femmes reléguées. Marie Bartête est un remarquable exemple de longévité (preuve s’il en était besoin de sa tempérance et d’une bonne hygiène de vie, du moins une fois installée en Guyane). Elle vivait toujours à Saint Laurent du Maroni en 1933 à l’âge de soixante-dix ans, n’ayant jamais pu réunir la somme nécessaire pour payer son retour. (Source: Marion F. Godfroy, Odile Krakovitch)

« A perpétuité. Relégués au bagne de Guyane » – Jean-Lucien Sanchez …

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