Le social à l’épreuve du dégoût

9782753550896fsParution du livre le 3 octobre 2016 – Corps du malade, du mourant, du mort, du pauvre : au cœur de nos sociétés contemporaines, des agents administrent pour le monde social et à sa place les marges de la vie biologique et sociale. Comment les pompiers, les travailleurs sociaux, les employés des pompes funèbres, les aides-soignantes, les infirmières et médecins se débrouillent-ils avec le « sale boulot » ? Parmi les émotions dont ils peuvent être affectés, il en est une, particulièrement archaïque, apparemment spontanée et difficile à réprimer : le dégoût.

Il renvoie aux sensations du corps, mais recèle aussi une dimension sociale : pas seulement dégoût du goût des autres, mais peur de devenir comme eux, surtout s’ils sont jugés socialement inférieurs. Le dégoût traduit une urgence à se « séparer ». Réaction somatique à la crainte du rapprochement physique et social, émotion « mixophobe », le dégoût trace une frontière avec l’Autre, révélant les inavouables sociaux de nos sociétés.

Cet ouvrage interroge ce que le dégoût « fait » aux interactions. On y découvre l’opposition radicale entre coulisses et scène, régie par l’autocensure professionnelle, et les mille stratagèmes permettant d’affronter ce qui révulse. Limitation du toucher, port de gants, lavage obsessionnel, embellissement du cadavre et toilettage des mots eux-mêmes, autant de techniques visant à mettre à distance la vie organique…des autres. Révélatrices d’une souffrance spécifique au travail, ces stratégies professionnelles avouent une ambivalence d’autant plus menaçante qu’elle semble de plus en plus indicible. Car secrété par le processus de civilisation, le dégoût est pris dans des interdits sociétaux incitant à le taire. Cela en fait un instrument d’autant plus précieux de lecture du monde social. Cet ouvrage apporte ainsi une contribution importante à l’histoire, à la sociologie et à l’anthropologie des sensibilités.

Avec une préface de Georges Vigarello.

Avec le soutien des services funéraires de la ville de Paris.

Sommaire :

  • L’invisibilité des morts
  • Intolérables sociaux
  • De nouveaux « intouchables » ? Petits arrangements personnels avec les affects
  • Ambivalence et dénégation du dégoût

Dominique Memmi est chercheuse en sciences sociales au CNRS à Paris (CSU-CRESPPA), Gilles Raveneau est ethnologue à l’université Paris-Ouest Nanterre (LESC), et Emmanuel Taïeb est politiste à Sciences Po Lyon (Triangle et Institut universitaire de France). Depuis dix ans, ils animent le Réseau thématique « Gestion politique du corps et des populations » de l’Association française de sociologie, et ont publié ensemble plusieurs travaux qui, dans la filiation de Foucault, Bourdieu et Elias, pensent le corps comme instrument privilégié de lecture du monde social.

Dominique Memmi, Gilles Raveneau et Emmanuel Taïeb (dir.)

En parallèle  du blog FEMMES – HISTOIRE – REPÈRES vous pouvez retrouver également mon activité sur le blog Criminocorpus – Carnet de l’histoire de la justice, des …
 
 

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