Marie-Claude Vaillant-Couturier : Une femme engagée, du PCF au procès de Nuremberg

Parution le 2 novembre 2012 Qui n’a pas lu son témoignage au procès de Nuremberg, en 1946 ? Face à ses bourreaux, elle y a dit l’horreur de ce qu’on appellera la Shoah. Mais que sait-on de celle dont Aragon disait, en 1937, qu’elle était d’une beauté scandaleuse ?

Elle avait alors vingt-cinq ans et venait d’épouser Paul Vaillant-Couturier, rédacteur en chef de l’Humanité, de vingt ans son aîné.

Il meurt dix jours plus tard. Elle portera son nom tout au long de sa vie. Un symbole. Elle, Marie-Claude Vogel, fille du fondateur du Jardin des Modes, de Vu et patron de Vogue, élevée par des précepteurs, fréquentant la bonne société et pourtant communiste à 20 ans.

Pour concrétiser son engagement, elle décide de devenir reporter-photographe, aux cotés de Capa, Kertesz, Brassaï, Cartier-Bresson. Elle est la première à photographier les camps de concentration d’Hitler en 1933. Elle immortalise également le combat des républicains lors de la guerre civile d’Espagne. Dans le Paris occupé de 1940, elle vit dans la clandestinité avec son futur mari, Pierre Villon, bientôt membre du Conseil national de la Résistance, et leur fils, Thomas, jusqu’à sa déportation à Auschwitz en 1942, puis à Ravensbrück. À la fin de la guerre, elle devient l’une des premières femmes élues au Parlement. Puis elle incarne cette «femme mémoire» qui ouvrira le chemin à l’imprescriptibilité des crimes contre l’humanité.

Fidèle à une cause qui lui paraissait juste, elle fut, selon Malraux, de celles qui font la noblesse d’un peuple.

Extrait – PAUL

Ils devaient partir en URSS le mardi, mais Paul est mort d’un infarctus le dimanche 10 octobre 1937. Une mort brutale dont Marie-Claude n’a véritablement ressenti la douleur qu’après, à la façon de celle qui survient quand le choc d’une balle ouvre une blessure dans la chair et la pensée, comme l’ont écrit tant d’auteurs et témoigné tant de victimes et tant d’amis de Paul blessés pendant la Grande Guerre.
L’Humanité, le journal dont Paul Vaillant-Couturier était le rédacteur en chef, et qui était alors le troisième grand quotidien français, publia le 14 octobre les résultats de l’autopsie : «altération grave du foie et des reins remontant à plusieurs années». «C’est extraordinaire, avait dit le médecin légiste, le Professeur Balthazar. Il a l’intérieur d’un homme de 80 ans, c’est l’ypérite qu’il a inhalée pendant la guerre.»
Ce fut la première fois que Marie-Claude Vogel signait un formulaire du nom de Vaillant-Couturier. Paul et elle s’étaient mariés douze jours plus tôt, le 29 septembre, à 11 heures du matin, à Villejuif. Il avait quarante-cinq ans, elle vingt-cinq.
«C’est avec la mort de Paul dit Marie-Claude, que la plupart des gens ont appris que nous étions mariés. Je ne portais pas son nom. Mais alors les copains m’ont appelée Vaillant-Couturier. Et personne n’aurait compris que je dise : je veux garder mon nom de jeune fille. Le minimum a été, ensuite, d’essayer d’être digne de ce nom.»
Elle avait fait sa connaissance à la Faisanderie, la maison de campagne des Vogel en forêt de Saint-Germain, un ancien pavillon de chasse construit sous Louis XIII et couvert de vigne vierge que Lucien, le père de Marie-Claude, louait depuis les années 20 à l’administration des Domaines et qu’il avait restauré à grands frais.
C’est à la Faisanderie plutôt que dans l’appartement de la rue Bonaparte que les Vogel recevaient, entourés d’une domesticité d’importance, dans la tradition des éditeurs anglais, pour discuter politique, articles, édition. Le grand Liberman, futur directeur artistique des éditions américaines Condé Nast, se souviendrait, des années plus tard, du bonheur qu’il avait à être invité le week-end à la Faisanderie, pour y rencontrer des personnalités…
Nicolas Vogel, le jeune frère de Marie-Claude, eut le droit de venir à cette table à partir de ses douze ans (1937). «J’y ai vu Einstein, Daladier, Paul Reynaud. J’y ai vu le roi Gustav de Suède, Picasso, Fernand Léger, tout ce que le monde compte de savants, d’écrivains, de peintres. Il y avait des tables de 14 ou 16 personnes et les conversations se terminaient parfois en engueulades terrifiantes.»
Carlo Rim, second rédacteur en chef de VU, l’hebdomadaire que lança Lucien Vogel en 1928, évoque, dans ses mémoires, le déjeuner du 15 juin 1930. «Autour de la grande table campagnarde : André Gide, Gaston Bergery, Fontenoy, René Clair, le comte Karolyi, Rappoport, Vaillant-Couturier». Soit dans l’ordre, le grand écrivain, l’homme politique, député-maire radical de Mantes, le journaliste de l’agence Havas spécialiste de la Chine, le réalisateur, l’ancien président de la République de Hongrie en 1918-1919, le vieux militant communiste, le journaliste de L’Humanité.
Biographie de l’auteur : Dominique Durand est journaliste. Ancien président de l’association française Buchenwald-Dora, il participe aux travaux de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation, des Amis de la Fondation et à ceux de l’Union des associations de mémoire des camps nazis. Il est l’auteur de nombreux articles sur la résistance et la déportation dans des journaux spécialisés.
  • Éditeur : Balland
  • Collection : BIOGRAPHIE
Biographie de Marie-Claude Vaillant-Couturier :
Marie-Claude Vaillant-Couturier : une beauté scandaleuse ?

 

Marie-Claude Vaillant-Couturier, née Marie-Claude Vogel, est une résistante et femme politique française, née le 3 novembre 1912 à Paris et décédée le 11 décembre 1996 à Paris. Elle fut l’épouse de Paul Vaillant-Couturier puis de Pierre Villon.

Elle entre en 1938 sur recommandation du Bureau Politique au service photo de l’Humanité; elle en prend ensuite la responsabilité, et côtoie alors Gabriel Péri et Georges Cogniot.
Attachée à l’équipe de Vu, photographe, mais aussi germaniste, elle est désignée pour participer, avec d’autres, à une enquête en Allemagne sur la montée du national-socialisme. C’est lors de ce voyage en 1933, deux mois après l’accession d’Hitler au pouvoir, qu’elle réalise clandestinement les clichés des camps d’Oranienburg et de Dachau, publiés à son retour en France. Elle effectue également pour Regards quelques reportages, notamment sur les Brigades internationales.
Elle s’engage dans la Résistance et participe à des publications clandestines Cette activité résistante lui vaut d’être arrêtée dans une souricière par la police de Pétain le 9 février 1942, Elle est déportée à Auschwitz-Birkenau via le camp d’internement de Compiègne par le convoi du 24 janvier 1943, dit convoi des « 31 000 » Elle reste dix-huit mois à Auschwitz, où elle est témoin oculaire du génocide des Juifs et des Tsiganes et participe au comité clandestin international de résistance du camp. Puis elle est transférée au camp de concentration de Ravensbrück au mois d’août 1944 : tout d’abord affectée à des travaux de terrassement, elle est mutée au Revier (infirmerie du camp) en raison de sa connaissance de la langue allemande. Elle est témoin de l’accusation au procès de Nuremberg en 1946,

Marie-Claude Vaillant-Couturier témoigne au procès de Nuremberg :

Mise en ligne le 25 sept. 2009 – On Jan. 28, 1946, deputy French prosecutor Charles Dubost called Marie Claude Vailant-Coutrier, age 33, to the stand. She had taken leave of her post as a deputy in the Fench constituent assemby to testify. When France fell, she was arrested as a journalist and ordered to sign a false confession which she refused. She was sent to Auschwitz. She decribes in geat detail the procedures employed at Auschwitz and its conditions. It was riveting testimony.
Pour visionner l’intégralité de cette vidéo You Tube, cliquez le lien suivant :

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