Ne suis-je pas une femme ? : femmes noires et féminisme

Parution du livre le 23 septembre 2015 – “Ne suis-je pas une femme ?”, telle est la question que Sojourner Truth, ancienne esclave, abolitionniste noire des États-Unis, posa en 1851 lors d’un discours célèbre, interpellant féministes et abolitionnistes sur les diverses oppressions subies par les femmes noires : oppressions de classe, de race, de sexe. Héritière de ce geste, bBell Hooks décrit dans ce livre devenu un classique les processus de marginalisation des femmes noires et met en critique les féminismes blancs et leur difficulté à prendre en compte les oppressions croisées.

Un livre majeur du «Black Feminism», un outil nécessaire pour tou-te-s à l’heure où, en France, une nouvelle génération d’Afroféministes prend la parole.

Bell Hooks : Auteure et activiste féministe afro-américaine née dans le Kentucky, elle a été marquée dans son enfance par les lois de ségrégation raciale, notamment en allant dans une école publique réservée aux Noire-s. Influencée par la pédagogie de Paulo Freire, elle enseigne l’anglais, l’histoire afro-américaine et les études féministes dans différentes universités. Elle a écrit sur de nombreux sujets comme la pédagogie, la sororité, la restauration de l’estime de soi, l’impérialisme blanc, la culture populaire…

Préface d’Amandine Gay : Comédienne et réalisatrice, elle se définit comme «Afro-descendante, Noire, Afroféministe, anticapitaliste, antiraciste, anti-hétéronormativité, pro-choix (avortement, voile, travail du sexe)…». Elle termine actuellement Ouvrir La Voix, un documentaire sur les Afro-descendantes en France et en Belgique.

Extrait de livre :

LÂCHE LE MICRO ! 150 ANS DE LUTTES DES FEMMES NOIRES POUR LE DROIT À L’AUTO-DÉTERMINATION

Le début des années 1980 représente un tournant emblématique dans le champ de la justice sociale aux États-Unis : c’est le moment de l’émergence dans le monde universitaire et politique des résultats de plusieurs décennies de luttes des femmes noires pour la reconnaissance de la spécificité de leur condition, bell hooks est une pionnière de la traduction de pratiques émancipatrices dans le monde des idées. En publiant en 1981 Ain’t I a Woman (Ne suis-je pas une femme ?), elle entend écrire – et par là institutionnaliser – l’histoire des femmes noires, jusque-là systématiquement évacuées de l’Histoire. Ce livre est aussi un effort considérable de documentation scientifique : extraits de livres de chercheure-s blanche-s, de discours, d’articles de journaux, de publicités, de pièces de théâtre et de tout témoignage permettant de documenter la construction de clichés sur les femmes noires depuis le XIXe siècle. Le but était de créer les bases d’une recherche sociologique dénuée du racisme et du sexisme qui avaient biaisé jusque-là les analyses de la situation dans laquelle se sont trouvées les femmes noires tout au long de l’histoire des États-Unis. Et c’est cette volonté des premières concernées de se réapproprier la narration qui donne lieu à un véritable déferlement de «classiques» du Black Feminism (Afroféminisme) :

– Angela Davis publie donc, elle aussi en 1981, Women, Race and Class {Femmes, race et classe) ;

– Patricia Bell-Scott, Gloria T. Hull et Barbara Smith (toutes deux membres du Combahee River Collective sur lequel je reviendrai) publient en 1982 une autre des pierres angulaires de la littérature afroféministe : All the Women Are White, All the Blacks Are Men, But Some of Us Are Brave : Black Women’s Studies (Toutes les femmes sont blanches, tous les Noirs sont des hommes, mais certaines d’entre nous sont courageuses) ;

– Audre Lorde enfin, pour ne citer que les plus célèbres, publie en 1984 Sister Outsider : Essays and Speeches (Sœur d’exclusion : essais et discours).

La force des théoriciennes de l’Afroféminisme états-unien c’est justement d’avoir su partir de leurs expériences de femmes noires pour aboutir à une analyse théorique des interactions entre le racisme systémique, le patriarcat et le capitalisme. Leurs textes, en dépit de leur rigueur scientifique, n’en sont pas moins accessibles, ce qui dans le cas de bell hooks relève d’un effort conscient comme elle l’explique dans la préface quelle a rédigée pour la réédition états-unienne de Ain’t la Woman en 2015 :

A cette époque, les chercheuses féministes étaient aux prises avec la question de l’auditoire : qui souhaitions-nous atteindre avec notre travail ? […] Imaginant ma mère comme mon auditoire idéal […], je cultivais un moyen d’écriture qui pourrait être compris par des lectrices et des lecteurs ayant des origines sociales diverses. (…)

Auteur : Bell Hooks

Préface : Amandine Gay

Traducteur : Olga Potot

Genre : Sociologie, Société

Éditeur : Cambourakis, Paris, France

Collection : Sorcières

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s