Archives mensuelles : août 2015

La petite femelle

Parution du livre le 20 Août 2015 – Au mois de novembre 1953 débute le procès retentissant de Pauline Dubuisson, accusée d’avoir tué de sang-froid son amant. Mais qui est donc cette beauté ravageuse dont la France entière réclame la tête ? Une arriviste froide et calculatrice ? Un monstre de duplicité qui a couché avec les Allemands, a été tondue, avant d’assassiner par jalousie un garçon de bonne famille ? Ou n’est-elle, au contraire, qu’une jeune fille libre qui revendique avant l’heure son émancipation et questionne la place des femmes au sein de la société ? Personne n’a jamais voulu écouter ce qu’elle avait à dire, elle que les soubresauts de l’Histoire ont pourtant broyée sans pitié.

Telle une enquête policière, La Petite Femelle retrace la quête obsessionnelle que Philippe Jaenada a menée pour rendre justice à Pauline Dubuisson en éclairant sa personnalité d’un nouveau jour. À son sujet, il a tout lu, tout écouté, soulevé toutes les pierres. Il nous livre ici un roman minutieux et passionnant, auquel, avec un sens de l’équilibre digne des meilleurs funambules, il parvient à greffer son humour irrésistible, son inimitable autodérision et ses cascades de digressions. Un récit palpitant, qui défie toutes les règles romanesques.

Biographie de l’auteur :

Philippe Jaenada est né en 1964. Il a publié chez Julliard Le Chameau sauvage (prix de Flore 1997 et prix Alexandre-Vialatte), adapté au cinéma par Luc Pagès sous le titre À + Pollux ; Néfertiti dans un champ de canne à sucre (1999) ; La Grande à bouche molle (2001) ; chez Grasset, Le Cosmonaute (2002), Vie et mort de la jeune fille blonde (2004), Plage de Manaccora, 16 h 30 (2009), et La Femme et l’Ours (2011). Son précédent roman, Sulak (Julliard, 2013), a reçu, entre autres, le Prix d’une vie 2013 (décerné par Le Parisien Magazine) et le Grand…

Éditions Julliard

Une vidéo You Tube :
Ajoutée le 15 août 2015

À travers l’évocation d’un fait divers des années 1950, Philippe Jaenada examine les circonstances ayant conduit une jeune fille de 24 ans à tuer son amant. Construit en apparence comme une enquête policière (les digressions déjantées en plus), La Petite Femellle tente d’éclairer le mystère d’une personnalité hors du commun. Mais c’est aussi un roman qui défie toutes les règles romanesques : foisonnant, minutieux, passionnant et virtuose, totalement hors-norme.

Le livre : Qui se souvient de Pauline Dubuisson ? Célèbre dans les années 50 pour avoir assassiné son amant, son procès très médiatisé inspira, entre autres, Georges Clouzot qui, dans La vérité offrit à Brigitte Bardot un de ses plus beaux rôles. Une des répliques de ce film (« Je suis, dit-elle, une petite femelle et il faut me laisser faire ce que j’ai envie »), donne d’ailleurs son titre au roman de Philippe Jaenada. Qui est donc cette Pauline Dubuisson dont la France entière réclame la tête en ce mois d’octobre 1953 ? Une femme froide et calculatrice ? Un monstre de duplicité qui, jeune fille, a couché avec les Allemands et a été tondue à la Libération ? Qui, plus tard, a usé de ses charmes pour voler les vieux messieurs ? Et qui, enfin, ivre de jalousie a tué de sang froid un jeune homme de bonne famille ? Ou est-ce, bien au contraire, une jeune femme libre dans sa tête et dans son corps que les circonstances et les soubresauts de l’Histoire ont broyée sans pitié ? Une aventurière qui revendique son émancipation et interroge avant l’heure la place des femmes dans une société haineuse ? Que Pauline soit coupable, Philippe Jaenada n’en disconvient pas, mais il cherche à comprendre pourquoi personne n’a jamais voulu écouter ce que Pauline avait à dire, elle qui, durant tout cette horrible affaire, n’a jamais menti. Ce roman est le récit de la quête interminable, quasi obsessionnelle, que Philippe Jaenada a mené pour révéler la vérité la plus intime de cette femme. Mais il retrace aussi la manière dont ce travail exténuant a modifié sa propre vie. Il a tout relu, tout écouté, soulevé toutes les pierres. Chez Philippe Jaenada, l’œuvre est indissociable de la vie de l’écrivain comme la truite est indissociable de la rivière. C’est le propre des véritables artistes. Et cerise sur le gâteau, pour le plus grand bonheur de ses lecteurs, Philippe Jaenada est toujours aussi drôle.

A retenir : Quelle que soit la personnalité que Philippe Jaenada prend pour objet d’étude (Bruno Sulak, Pauline Dubuisson), au fond, c’est toujours de lui qu’il nous parle. Et, de manière inexplicable (la magie des mots, un sens de l’équilibre digne des meilleurs funambules), son humour inimitable, cette irrésistible autodérision qui est sa marque de fabrique, ne retirent jamais rien à la gravité des situations qu’il décrit. Du pur Jaenada dans toute sa splendide singularité d’écrivain.

Auteur(s) : Philippe Jaenada est né en 1964. Il a publié chez Julliard Le Chameau sauvage (Prix de Flore 1997 et prix Alexandre-Vialatte), adapté au cinéma par Luc Pagès sous le titre A+ Pollux ; Néfertiti dans un champ de canne à sucre (1999) ; La Grande à bouche molle (2001) ; chez Grasset, Le Cosmonaute (2002), Vie et mort de la jeune fille blonde (2004), Plage de Manaccora, 16 h 30 (2009), et La femme et l’ours (2011). Son précédent roman, Sulak (2013), a reçu le Prix d’une vie 2013 (décerné par le Parisien Magazine) et le Grand Prix des lycéennes de Elle en 2014.

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Philippe Jaenada : La petite femelle

Notre désir est sans remède – (L’ascension et la chute de Frances Farmer)

Parution du livre le 19 août 2015 : Quand la jeune Frances est apparue dans des productions de la Paramount ou de la MGM, à la fin des années 1930, on a d’abord apprécié sa blondeur, ses pommettes hautes, son menton dédaigneux, sa raisonnable impertinence. On l’a dite tour à tour provocatrice, communiste, féministe, athée, amoureuse. Puis on l’a déclarée folle et les dispositions nécessaires ont été prises. Son indocilité affichée dérangeait Hollywood et la bonne société américaine, qui n’acceptaient pas qu’elle déborde le cadre auquel on voulait la cantonner.

En évoquant le destin de cette femme dont seul le corps aura été considéré – sublimé par les chefs op, admiré par les fans, contraint par la justice, brisé par la médecine -, Mathieu Larnaudie, qui attaque (comme on le dirait d’un acide) le réel par la fiction pour donner à penser le contemporain, livre une réflexion politique sur l’image et l’individu. De la lumière à l’ombre, des écrans de cinéma à la claustration puis à une forme plus insidieuse d’exposition, Notre désir est sans remède suggère que la célébrité est peut-être la manière la plus irrémédiable d’échapper à soi-même, ou de se perdre.

Né en 1977, Mathieu Larnaudie vit et travaille à Paris. Depuis 2004, il codirige les éditions Inculte. Il a notamment publié Strangulation (Babel n° 1331), Les Effondrés (Actes Sud, 2010) et Acharnement (Actes Sud, 2012).

La revue de presse Alain Nicolas – L’Humanité du 3 septembre 2015

L’ascension et la chute de Frances Farmer, entre Hollywood et les théâtres rouges de Broadway, persécutée par la police et par les psychiatres, sont le thème du dernier roman de Mathieu Larnaudie…

«Le mot légende, on se doit de le reconnaître, est un fallacieux fourre-tout », dit l’auteur. Dans toute légende, la chute suit l’ascension. Celle de Frances, le lecteur le découvrira, est peut-être politique, ou issue de ses propres démons. Devenue une icône, Frances Farmer est prisonnière de son mythe, dont le roman de Mathieu Larnaudie, qui est plus qu’une biographie, sait la désincarcérer.

Extrait du livre : 

La lumière n’exauce pas les corps, elle les massacre.

La main de l’éclairagiste qui agrippe la poignée du projecteur et, pour préparer l’entrée dans le champ de l’actrice dont il va illuminer le mouvement, fait pivoter sur son axe la caisse de métal d’où jaillit le faisceau aveuglant, cette main n’est pas moins cruelle que celle du tueur à gages qui pointe une arme à feu ou qui abat une arme blanche, ni moins impitoyable que celle du bourreau qui actionne le courant de la chaise électrique. Elle est l’instrument assermenté d’une loi sauvage : elle livre un être en pâture à notre regard.

Ni partenaire ni décor, rien ; le plus extrême dénuement ; l’image décharnée – réduite, comme on dit, à sa plus simple expression : il nous faudrait ainsi imaginer une femme seule avec sa robe noire, les épaules et le visage diaphanes, préparés à scintiller, qui s’avance au centre du plateau, dans la crudité géométrique de l’espace découpé pour elle par la lumière. Elle se fige à l’emplacement exact que le metteur en scène lui a désigné, attribué, où il a pensé sa présence ; et les rayons comme des lames lacèrent sa peau fardée.

Le moteur tourne, l’image s’imprime sur la pellicule, les bobines s’enroulent. Les machines exécutent leur oeuvre reproductrice.

A l’écart dans un coin du studio délaissé par les sunlights, dissimulé par la pénombre et posté près de la porte Exit qu’il semble sur le point de passer à tout instant, un petit homme bedonnant, tiré à quatre épingles, a laissé son cigare s’éteindre entre ses lèvres et, comme un propriétaire terrien inspecte son domaine du haut de quelque promontoire ou comme un général examine ses troupes depuis son poste d’observation, scrute la scène, toute la scène, c’est-à-dire aussi bien la machinerie, les techniciens, le director, que la victime isolée vers laquelle tous les yeux convergent. De la loi sauvage, il est le vrai détenteur, le juge. C’est lui qui a choisi ce corps maintenant séparé du monde, exposé au milieu d’un îlot iridescent ; il a recruté l’actrice, lui a fait signer un contrat et lui a promis I’ll make you a star la rançon de son sacrifice : l’argent et la gloire, ou cette espèce encore nouvelle de gloire que l’on appelle « célébrité ».

Pour rédimer son supplice, on mettra au générique son nom de jeune fille (ou tout autre nom auquel elle préférera qu’on l’identifie, pourvu qu’il ne sonne pas trop mal et qu’elle n’en change plus pendant la durée de son contrat, voire de sa carrière) ; on projettera son visage sur de grandes toiles blanches. Si tout se passe bien, si le film marche, si le public l’aime (si la supposée « magie » opère), il fera – ce visage – le tour du pays, de la planète peut-être : il traversera le monde, il recouvrira le monde ; ce nom, il brillera au fronton de tous les théâtres ; on appellera, précisément, la conjonction de ce visage et de ce nom : une star. Et l’on prétendra (ou l’on décidera) qu’à celle-ci toutes les femmes du monde désirent ressembler, puisqu’elle est la femme même.

Femmes tondues à la Libération

Accusées à tort ou à raison de collaboration avec l’occupant allemand, on estime entre 20 000 et 40 000 le nombre femmes qui furent tondues en France entre 1944 et la fin 1945. Qu’il s’agisse comme le plus souvent de collaboration « horizontale » (de celles qui, par amour, pour chercher à survivre ou du fait de leur métier, ont couché plus ou moins régulièrement avec les nazis) ou de collaboration plus classique (délation, espionnage, participation à diverses opérations), les coupables subissent le même châtiment infamant.

Dès les premiers jours de la Libération, avec une seconde vague importante au retour des prisonniers de guerre et des requis du STO au printemps 1945 et jusqu’à la fin de cette année, ce sont des civils rendant spontanément la « justice » (mais dans un cadre officiel, un fonctionnaire étant présent) ou même les pouvoirs en place (notamment comités locaux de Libération) qui organisent ces très nombreuses « cérémonies » sur tout le territoire.

Publiques par définition puisqu’elles doivent exhiber la punition et les punies, les tontes et par là-même les tondues sont presque toujours photographiées. Que les images soient utilisées par la presse qui les diffuse largement, ou, comme c’est le cas pour Femmes françaises tondues pour collaboration, à des fins de reportage (ici pour l’armée américaine), elles possèdent une valeur à la fois documentaire et symbolique lourde de sens. –

Pour en savoir plus, voir le lien suivant :