Archives mensuelles : janvier 2015

Berthe Fouchère, la rebelle

Berthe Fouchère, la rebelle

Berthe Fouchère, la rebelle

Parution du livre le 21 janvier 2015 À l’orée des années vingt, Berthe Fouchère, jeune institutrice, prend la plume et la parole pour défendre la cause des femmes. Son écriture aussi vive qu’acérée dérange, tout comme ses conférences, particulièrement lorsqu’elle affirme la liberté du corps et celle de donner naissance. Elle subira tracasseries, déclassements et condamnations. Cependant, son existence durant, elle n’aura de cesse de se consacrer avec passion à ses idéaux.

Si Colette Avrane nous fait partager avec ferveur les vertigineux combats de la militante du siècle dernier, les témoignages de femmes d’aujourd’hui, elles aussi engagées socialement, démontrent, dans ce livre, l’actualité persistante et aiguë des questions qui l’ont animée. La lutte pour la liberté et pour l’égalité entre les femmes et les hommes est celle de l’égalité pour tous, nous disent-elles, celle de l’humanité.

Colette Avrane, historienne, est notamment l’auteure de Ouvrières à domicile, le combat pour un salaire minimum sous la troisième République.

Michelle Perrot, historienne, signe une éclairante préface, tandis que Jean-Claude Villemain, maire de Creil, affirme l’inscription de ces revendications dans la cité. Sylviane Léonetti, directrice des médiathèques de Creil, a rassemblé les textes qui composent la seconde partie de l’ouvrage.

Avec les contributions de : Nora Aceval, Marie-Claire Bernard-Luneau, Fatima Boumeddane, Danièle Carlier, Rama Diallo, Kelly Ferrati, Françoise Grux, Eisa Imbert, Latifa Kazi-Aoual, Béatrice Lejeune, Isabelle Rome.

Extrait de l’introduction :

«Je me sens mal.»

«La tête me tourne et je n’arrive pas à lire le journal que j’ai en main.»

«Le malaise ressemble à celui que j’ai ressenti, il y a quelques années, et qui m’a conduit à l’hôpital de Senlis. Mais je n’arrive pas à me lever pour prévenir mes amis. Mon côté gauche me fait mal. Une sorte de torpeur me gagne.»

Trois jours plus tard, le 20 avril 1979, les amis de Berthe, inquiets de ne pas la voir au local du Parti socialiste, ni au Bistro de la Gare où elle prend un café le matin, ni de recevoir un coup de fil, contactent le secrétaire de la section de Creil. Celui-ci appelle les pompiers, prévient le commissaire de police et ensemble, avec un serrurier, ils se rendent à la cité Jean-Biondi, où elle occupe un modeste logement, dans les HLM. C’est ainsi qu’ils la trouvent, décédée sans doute d’un malaise cardiaque depuis quelques jours, dans l’appartement rempli de journaux.

Ainsi disparaît Berthe Fouchère, militante socialiste, très connue non seulement dans l’Oise, qui est son fief depuis une quarantaine d’années, mais également à Paris, où elle assiste et participe souvent à des congrès et débats au sein du Parti.

Connue ? Sans doute sait-on son militantisme passionné pour le rayonnement du Parti socialiste, dans l’attente de la prise du pouvoir. Sans doute l’a-t-on entendue ici et là, vue dans les congrès où on identifie sa silhouette fragile, souriante, un cabas noir plein de journaux d’une main, son sac à main de l’autre. Tout le monde salue son don pour l’écriture et a plus ou moins lu ses articles, dans les journaux de gauche, depuis soixante ans. Mais qui sait vraiment qui elle est ?

Comment une femme aussi reconnue peut-elle disparaître en laissant si peu de souvenirs personnels ? La présence de François Mitterrand à ses obsèques ne compense pas le vide considérable de sa vie privée.

Berthe n’est plus là pour répondre, et surtout pour ne pas répondre aux questions de ses amis sur son passé, ses amours (en eut-elle ?), son enfance et son adolescence dans ce Nivernais qu’elle aimait, sans en parler jamais.

Comme de nombreuses militantes féministes, elle disparaît et ses papiers sont détruits. Oh ! Certes, elle n’est pas la seule. Il y a eu Hélène Brion, dont les papiers personnels, les carnets, les photos, les lettres et les livres, ont été jetés à la poubelle par ses descendants qui les trouvèrent trop encombrants quand la maison du cousin chez qui ils étaient déposés fut vendue. Encombrants par leur volume ou par les souvenirs intimes qu’ils contenaient ? C’est aussi cet aspect qui a dominé dans la disparition de Berthe Fouchère. Même si les témoins mettent tous en avant les piles de journaux qui ne valaient pas d’être gardées.

Auteur : Colette Avrane

Préface : Michelle Perrot

Postface : Jean-Claude Villemain

Date de saisie : 02/12/2014

Genre : Biographies, mémoires, correspondances…

Éditeur : L’Harmattan, Paris, France | Licorne, Amiens

Collection : Villes en mouvement

Berthe Fouchère, la rebelle

Berthe Fouchère, la rebelle

Berthe Fouchère. Fille d’un charpentier, Berthe Fouchère, institutrice dans la Nièvre, qui exerça notamment à Poil, entra, au lendemain de la Première Guerre mondiale, dans l’action syndicale, alors illégale pour les fonctionnaires, et dans l’action politique au sein du Parti socialiste SFIO. Elle siégeait à la Bourse du Travail de Nevers, étant trésorière du Syndicat des instituteurs. Elle collaborait au Socialiste nivernais sous le pseudonyme de « La Rebelle » puis d’« Irma Taury » et attaquait sur tous les plans la politique du Bloc national. Elle défendait l’amnistie, luttait contre la politique de classe au-dedans et contre l’occupation de la Ruhr au-dehors ; elle défendait l’Union soviétique et préconisait l’adhésion à la IIIe Internationale. Acquittée d’abord par le tribunal correctionnel de Nevers, elle fut néanmoins suspendue de ses fonctions et poursuivie à nouveau en janvier 1923 pour deux articles de novembre 1921 et d’avril 1922, articles dirigés contre la loi de 1920 réprimant toute propagande anticonceptionnelle. Rayée des cadres de l’enseignement, elle travailla à l’étranger en Algérie, en Roumanie, en Allemagne. Selon le témoignage de Jean-Pierre Biondi, après avoir quitté le Parti communiste, Berthe Fouchère rallia la « Deuxième Internationale et demi » dont le leader était Otto Bauer. Elle travailla à ses côtés presque deux ans à Vienne (sur les questions féminines notamment). Bauer fut, avec Marceau Pivert, la grande référence de sa vie idéologique. Elle y gagna une formation élargie et une connaissance de la langue allemande…

Pour en savoir plus, voyez le lien suivant :

Berthe Fouchère

Des femmes respectables : Classe et genre en milieu populaire

Des femmes respectables : Classe et genre en milieu populaire

Des femmes respectables : Classe et genre en milieu populaire

Parution du livre le 13 janvier 2015 – La matière première de ce livre est une série d’entretiens menés par Beverley Skeggs avec quatre-vingt-trois jeunes femmes issues de la classe ouvrière anglaise, inscrites à une formation d’aide à la personne et travaillées par leur propre respectabilité. Abordant leur rapport à la sexualité, à la classe ou au féminisme, cet ouvrage vient apporter un prolongement essentiel aux travaux de Pierre Bourdieu et de Paul Willis.

Sociologue britannique comptant parmi les spécialistes des cultural studies et de la pensée féministe, Beverley Skeggs a notamment codirigé Transformations : Thinking Through Feminism (Routledge, 2000) et Feminism after Bourdieu (Blackwell, 2004).

  • Éditeur : AGONE
  • Collection : L’ordre des choses

 

Et ils oublieront la colère …

Parution du livre le 8 janvier 2015 : Dans une petite commune de l’Yonne, le cadavre d’un homme gisant près d’un lac est retrouvé. Cet homme, Mehdi Azem, professeur d’histoire dans un lycée de Sens, s’était lancé dans l’écriture d’un livre sur les tontes de femmes au moment de l’Épuration. Pour le capitaine de gendarmerie Garance Calderon, le meurtre d’Azem est lié à ses recherches. Élevée dans la région par ses grands-parents, Calderon soulève donc le voile qui pèse sur certains événements dissimulés depuis soixante-dix ans et peut-être aussi sur son propre passé.

Et ils oublieront la colère est avant tout une histoire de femmes ou plutôt deux histoires de femmes – celle de Marianne durant l’Occupation et celle de Garance – qui se font écho d’un siècle à l’autre. Des femmes fortes, fières et rebelles, de celles qui séduisent et effraient les hommes et qui en paient parfois le prix. Cet entrelacement de la séduction, de l’amour, de la violence et de la mort qui étaient déjà au cœur du précédent roman d’Elsa Marpeau, L’expatriée (et peut-être de ses autres livres que je n’ai pas encore eu l’occasion de lire), est très certainement la qualité essentielle de Et ils oublieront la colère. Elsa Marpeau aime en effet à fouiller la psyché de ses personnages féminins, à déballer leurs conflits intérieurs et leurs blessures et elle le fait bien.

Toutefois, ce travail de mise à nue de l’âme de ses héroïnes et cette réflexion sur la violence se fait ici au détriment de la cohérence de l’intrigue. Clairement, là où certains auteurs cherchent à tout pris l’exactitude, Elsa Marpeau ne tient apparemment pas à la véracité des détails quitte à ce que, parfois, des éléments essentiels de son histoire deviennent bancals. C’est là le point faible de ce roman durant lequel le lecteur peut régulièrement tiquer face à certaines situations ; du travail sur les scènes de crimes aux détails qui s’emboîtent trop bien en passant par la présence de cet Allemand qui semble plus prendre de longues vacances qu’occuper réellement le pays. Plus à cheval – et plus agacé sans doute – que moi sur ce genre de détail, Philippe Cottet en a fait une liste assez exhaustive dans sa chronique du Vent Sombre.

Intéressante réflexion sur l’exercice d’une réelle violence sociale à l’égard des femmes, de la vigueur des ressentiments intégrés par le corps social et la cellule familiale avec les non-dits qui vont avec, Et ils oublieront la colère, malgré par ailleurs une écriture agréable, souffre donc aussi de ce manque de réalisme et d’une vision de l’Occupation qui tient trop souvent de l’image d’Épinal. Ce qui donne un roman dont les promesses initiales ne sont en fin de compte qu’à moitié réalisées.

Elsa Marpeau, Et ils oublieront la colère, Gallimard, Série Noire, 2015.

Du même auteur sur ce blog : L’expatriée

 

Elsa Marpeau relie un épisode sordide de la Libération à une enquête policière. Un roman fort où le passé poisse encore.

« Haro sur la « putain », la « sorcière », la « collabo » ! A l’été 1944, dans un village de l’Yonne, la jeune Marianne Marceau est poursuivie par une foule hargneuse, acharnée à lui faire payer sa supposée liaison avec l’officier allemand qui a occupé la propriété familiale.

La « collaboration horizontale », les femmes tondues -près de 20 000 en France entre 1943 et 1946-, l’épuration, c’était précisément l’obsession de Mehdi Azem, 31 ans, prof d’histoire-géo dans un lycée de Sens, abattu près d’un lac en août 2015. Il voulait rencontrer les dernières survivantes, leur consacrer un livre, « Le Retour de la colère », et venait d’acheter la maison du frère de Marianne à l’Hermitage, hameau où vit encore tout le clan Marceau.

Un vrai souffle littéraire sur le passé poisseux

Un clan de chasseurs, soudé, taiseux, honteux du souvenir de cette aïeule qui se serait enfuie avec « son Boche ». Chargée de l’enquête, Garance Calderon, capitaine de gendarmerie, fait vite le lien avec les événements survenus soixante-dix ans auparavant, interroge les anciens comme les plus jeunes. Mais dans ce milieu rural aux mœurs frustes, il ne fait pas bon raviver un passé si poisseux, même pour « une vraie teigne » comme Garance, qui va y risquer sa peau.

L’intrigue semble cousue de fil blanc. A tort : la révélation de la page 202 opère un retournement inattendu. Au-delà d’un scénario qui remplit le contrat « polardeux », Elsa Marceau s’y entend pour restituer cet épisode sinistre de la Libération avec un vrai souffle littéraire. Et à bon escient, en ces temps de commémorations de la Seconde Guerre mondiale… »

Pour lire l’intégralité de cet article sur le site l’Express, , voyez le lien suivant :

Le spectre de la femme tondue