Archives mensuelles : octobre 2013

Mon été 1914 au Puy. Prisonnière cent jours en France (récit de Fanny Hoessl, traduit par Jean-Louis Spieser)

PuyParution de Fanny Hoessl, Mon été 1914 au Puy. Prisonnière cent jours en France, Récit traduit de l’allemand par Jean-Louis Spieser, Le Puy-en-Velay, Éditions Jeanne-d’Arc, collection Témoignage, 2013, 226 p. 18 €.

4e de couverture

Fanny Hoessl, Mon été 1914 au Puy, Prisonnière cent jours en France

« Bien sûr, les bombes lancées à Sarajevo avaient aussi fait sursauter les cœurs à Munich, mais je m’étais dit alors: “Qu’ils se débrouillent entre eux, là en bas ! ” tout en ficelant avec insouciance mon baluchon pour les vacances que je projetais depuis longtemps de passer dans le sud de la France en compagnie de ma sœur… »

Cette insouciance nous vaut le témoignage rare, publié en 1915 et inédit en France, d’une Allemande cultivée qui a posé un regard acéré sur la société française à une époque où la xénophobie et le nationalisme étaient d’une violence inimaginable. Grâce à son témoignage, le lecteur entre en 1914 dans le « camp de concentration des étrangers » de la Chartreuse à Brives-Charensac près du Puy-en-Velay. Les lettres collectées par l’auteur après sa libération, lui feront aussi découvrir l’existence d’autres lieux d’enfermement en France.

Une cinquantaine de documents d’époque, inédits, illustrent ce récit ainsi que l’enquête menée par le traducteur aux archives départementales de la Haute-Loire pour chercher la version des autorités françaises de ce que le maire du Puy, Géraud Gibelin, qualifiait déjà en 1914 de « vilaine page de l’histoire de France ».

Fanny Hoessl (1862-1949), préceptrice dans de nombreuses familles aristocratiques de l’ancienne Europe, a été « internée » pendant une centaine de jours, juste parce qu’elle était allemande et qu’elle avait accueilli avec désinvolture l’ordre intimé aux étrangers de quitter le sol français.

Jean-Louis Spieser, enseignant à la retraite, accueille les documents anciens qui arrivent à lui comme des invitations à remonter le fil du temps et, si nécessaire, les traduit pour partager ses découvertes.

Préfaces de Jean-Claude Farcy, historien, ancien chargé de recherche au CNRS et d’Auguste Rivet, docteur ès  lettres.

Table des matières

Préfaces

Première partie

Mon été 1914 au Puy de Fanny Hoessl, p. 13

Lettres de civils allemands encore internés en France en 1915, p. 95

Les souffrances d’une femme de la bourgeoisie déportée en France, p. 115

Deuxième partie

Témoignage historique ou propagande nationaliste partisane ? par Jean-Louis Spieser, p. 121

Documents en annexe, p. 159.

Des policières à partir de 1966 …

(Article repéré sur le site de la Préfecture de Police de Paris en date du 14 octobre 2013)

En 1966, quelques femmes sont intégrées aux services actifs par la voie du concours d’officier de police.

Recrutées, dans un premier temps, pour des missions liées à la protection de l’enfance, elle voient cette restriction disparaître avec l’accès à tous les postes ouverts au concours d’inspecteur de police (anciennement officier de police) en 1972, de commissaire de police en 1974, de gardien de la paix en 1978 et d’officier de paix en 1982…

La police n’a pas toujours compté de femmes parmi ses effectifs. Jusqu’au XXème siècle, seuls les hommes étaient autorisés à entrer dans la police. Cependant, dès qu’elles ont accès à cette institution, les femmes sont uniquement employées pour des tâches dites « féminines » comme l’accueil du public ou l’assistance aux enfants : les assistantes de police jouent ce rôle et préfigurent les femmes policières des années 1960.

Ce n’est qu’en 1971 que les femmes ont accès par concours à tous les postes en civil comme gardien de la paix, inspecteur de police et commissaire. Martine Monteil devient la première femme commissaire de la PP en 1977.

Dans les années 1980, les femmes peuvent enfin avoir accès à l’ensemble des services de police et ne sont plus affectées uniquement à la brigade des mineurs. 20 femmes gardiens de la paix rejoignent la préfecture de police et remplissent les mêmes missions que leurs collègues masculins à l’exception des opérations de maintien de l’ordre.

Dix ans plus tard, la préfecture de police compte 12% de femmes parmi les brigades spécialisées de type enquêtes, filatures et renseignements. Cependant, quelques clichés peuvent parfois perdurer, engageant certaines femmes à faire davantage leurs preuves pour trouver leur place dans un métier longtemps considéré comme « un métier d’homme ».

A l’aube du XXIème siècle, les femmes prennent peu à peu une place plus importante au sein de la préfecture de police : en 2013, elles représentent un tiers de ses effectifs. Les services dits plus masculins comme la BRI ou les CRS accueillent désormais des femmes, mais les plus hauts postes leur sont encore difficilement accessibles…

Les lorettes : Paris capitale mondiale des plaisirs au XIXe siècle

Les lorettes : Paris capitale mondiale des plaisirs au XIXe siècle Parution du livre le 3 octobre 2013 – Au XIXe siècle, Paris gagne ses galons de capitale mondiale des plaisirs. Lorettes, grisettes et courtisanes, conquérantes et victorieuses, règnent alors sur la Ville Lumière. Et derrière elles, une myriade de congrégations, aussi nombreuses que les petits noms secrets et affectueux susurrés par les amants à l’oreille de leurs maîtresses, se réclamant des États de la prostitution.

S’il existe une typologie des femmes publiques aussi riche, la responsabilité en revient au premier chef aux journalistes, chroniqueurs, échotiers, illustrateurs et caricaturistes, écrivains oubliés ou à jamais illustres qui ont dénommé les filles qu’ils croisaient sur les trottoirs de la capitale, le long des boulevards ou dans les faubourgs, au théâtre, au bal ou à l’Opéra, dans les cafés, sur les Champs-Élysées et au sein de quelques salons.

Mais si les catins parisiennes de l’époque ont eut le bonheur d’entrer dans l’histoire, cela tient d’abord à leur fortune littéraire. Les frères Goncourt, Baudelaire, Eugène Sue, Théophile Gautier, les Dumas, père et fils, Tristan Corbière, Huysmans, Zola, Balzac, Flaubert, Maupassant, Barbey d’Aurevilly ont tous témoigné, à des degrés divers, de leur intérêt vis-à-vis de ces dames, les dégageant des vils clichés auxquels elles étaient réduites et contribuant à changer le regard que la société leur portait jusque-là. Ces grands noms, le lecteur les connaît. Leurs ouvrages – Nana, La Dame aux camélias, Splendeurs et misères des courtisanes, etc. -, il les a parfois lus à un âge et dans un cadre – scolaire et donc pudique – qui ne lui ont pas toujours permis de saisir qu’ils avaient tous pour sujet… les lorettes !

emmanuel-pierrat-1Emmanuel Pierrat est avocat au Barreau de Paris et écrivain. Il est Membre du Conseil National des Barreaux et Ancien Membre du Conseil de l’Ordre. Il a fondé le Cabinet d’avocats portant son nom.
Après des études à l’Université Paris-II (DEA de droit de la propriété industrielle, littéraire et artistique, licence de communication de l’Institut Français de Presse) et à Louvain-La-Neuve (Belgique), il a prêté serment auprès du Barreau de Paris en février 1993.
Il est titulaire depuis 1997 du certificat de spécialisation en droit de la propriété intellectuelle. Il copréside depuis 2014 le jury national de spécialisation en droit de la propriété intellectuelle.
Emmanuel Pierrat accompagne également ses clients artistes et auteurs dans le cadre de la négociation de leurs contrats et de la promotion de leur carrière. Il exerce ainsi les fonctions d’agent d’artistes littéraires et artistiques (inscrit sous le numéro 2012-00667 auprès du registre du Ministère de la Culture).
Emmanuel Pierrat a été fait Chevalier de l’Ordre des Arts et Lettres, a reçu la grande médaille d’argent de la Jurisprudence de l’Académie d’Architecture ainsi que le Prix Simone Goldschmidt/Fondation de France.
Il a été coopérant culturel à Calcutta (Inde) et exerce aujourd’hui les fonctions de conseiller municipal du sixième arrondissement de Paris.
Emmanuel Pierrat rédige un blog judiciaro-littéraire, alimenté chaque semaine, sur le site de livreshebdo.fr et écrit aussi régulièrement dans le mensuel Légipresse sur le droit d’auteur et le droit du marché du livre.
Emmanuel Pierrat a publié de nombreux ouvrages juridiques de référence sur le droit de l’édition, la liberté d’expression, le droit du commerce du livre, le droit à l’image.
Il a également signé plusieurs essais sur la culture, la justice ou encore la censure et en particulier : La Guerre des copyrights (Fayard, 2006), Antimanuel de droit, (Bréal, 2007), La Justice pour les nuls (First, 2007).
En outre, il appartient au comité de rédaction de la revue européenne Sexologies, et a ainsi acquis une expertise sérieuse concernant les droits homosexuels et les problématiques juridiques liées au mariage de personnes de même sexe et à ses enjeux en terme de coparentalité.
Emmanuel Pierrat est également membre de l’Union Internationale des Avocats (UIA) et administrateur de l’AFPIDA, section française de l’Association Littéraire et Artistique Internationale (ALAI).
Par ailleurs, en tant que membre du Conseil d’Orientation du Centre africain pour la formation à l’édition et à la diffusion (CAFED, Tunis), il effectue de fréquentes missions d’expertise et de formation concernant le droit de la culture dans toute l’Afrique, le Proche et le Moyen-Orient, ainsi qu’en Inde.
Spécialiste et collectionneur d’art africain, Emmanuel Pierrat a rédigé un essai intitulé Comprendre l’art africain publié en 2008 aux Éditions Chêne et Les Arts premiers pour les nuls (First, 2014).
Il est également l’auteur de plus d’une douzaine de romans et récits, dont, récemment, Troublé de l’éveil (Fayard, 2008) ou encore Maître de soi (Fayard, 2010). Plusieurs de ses ouvrages ou contributions ont été traduits (en vietnamien, roumain, grec, allemand, coréen, anglais, espagnol, bengali…)
Il a par ailleurs traduit, de l’anglais, Jerome K. Jerome et John Cleland, ainsi que, du bengali, Rabindranath Tagore.
Emmanuel Pierrat collectionne également les livres censurés, à propos desquels il a signé Le Bonheur de vivre en Enfer (Maren Sell, 2004), Le Livre des livres érotiques (Chêne, 2007) ou encore Le Livre noir de la censure (Le Seuil, 2008). Il en réédite et préface chez divers éditeurs (Flammarion, Arléa, La Musardine, Blanche, etc.), souvent tirés de ses propres collections.
Il est, depuis janvier 2013, Conservateur du Musée du barreau de Paris.

Extrait de l’avant-propos :

Au XIXe siècle, Paris est portée à la dignité de Ville Lumière en hommage à l’éclairage au gaz qui illumine, dès la tombée de la nuit, ses rues et ses passages. La formule est restée. Mais elle a d’abord germé à l’intérieur de cervelles britanniques venues goûter aux plaisirs offerts par la capitale française et tout ébahies de découvrir sur terre un endroit où il est possible de prendre le frais aux heures vespérales sans risquer de se perdre ou d’attraper un méchant rhume au contact de brumes miasmatiques. Beaucoup des noceurs londoniens en villégiature dans la City of Lights sont alors en quête de divertissements qui prospèrent nettement mieux à l’abri de lumières trop vives. L’éclairage public n’en demeure pas moins un allié de poids pour ces promeneurs interlopes, un guide discret auquel ils peuvent s’abandonner en toute quiétude. Il ne les trahira pas, les mènera au terme de leur équipée clandestine, jusqu’à cette porte qui, une fois franchie, se refermera sur l’une des multiples scènes en clair-obscur du théâtre parisien des plaisirs.

Car Paris a aussi gagné ses galons de capitale mondiale des plaisirs. Un trophée conquis de haute lutte, obtenu à force de persévérance et dans l’affirmation d’un enthousiasme sans cesse renouvelée. Tant de ferveur, c’est mathématique, ne pouvait que se transformer en une saine et joyeuse émulation, se nourrissant au fil des siècles de l’expérience et du savoir accumulés de génération en génération. De ce point de vue, la seconde moitié du XIXe siècle doit être considérée comme une espèce d’âge d’or, un aboutissement où la science du plaisir atteint un degré de raffinement prompt à asseoir pour l’éternité, ou presque, la réputation de Paris.

Les lorettes, leurs sœurs grisettes désavantagées par le sort et les cocottes, conquérantes et victorieuses courtisanes passées à la postérité pour avoir déployé une maestria inédite dans l’art de plumer quelques-uns des gogos milliardaires de la nuit parisienne et pour s’être vu gratifier de génuflexions par une bonne partie des têtes couronnées disséminées à la surface du globe, appartiennent toutes à une seule et même confrérie. Trois noms, trois classes sociales, trois manières d’envisager le métier et d’en tirer bénéfice, mais une unique condition : grisettes, lorettes et cocottes sont des putes; et pendant toute la seconde moitié du XIXe siècle, chacune à sa manière, elles règnent sur Paris. Derrière ces trois catégories principales prolifèrent quantité de sous-groupes, de sous-genres, aussi nombreux que les petits noms secrets et affectueux susurrés par les amants à l’oreille de leurs maîtresses, et de ce fait pratiquement impossibles à répertorier. Toutefois, les pages qui suivent se donnent pour mission de livrer à la connaissance du lecteur un aperçu abondamment fourni de la myriade de congrégations se réclamant des États de la prostitution, fruit d’investigations poussées parmi la très foisonnante littérature que le sujet a inspirée à une foule d’écrivains. Les noms de la plupart d’entre eux ont injustement disparu des dictionnaires et des catalogues des maisons d’édition. Il s’agit donc ici d’arracher à l’oubli et la formidable variété des mondes de l’amour vénal du XIXe siècle, et certains des petits-maîtres qui en ont fait, parfois, la source de leurs romans, satires sociales, pamphlets, chroniques égrillardes…

D’ailleurs, s’il existe une typologie des femmes publiques aussi riche, la responsabilité en revient au premier chef à ces journalistes, chroniqueurs, échotiers, illustrateurs et caricaturistes, écrivains oubliés ou à jamais illustres qui, sans que personne ne le leur demande, ont dénommé et classifié les filles qu’ils croisaient sur les trottoirs de la capitale, le long des boulevards ou dans les faubourgs, au théâtre, au bal ou à l’Opéra, dans les cafés, sur les Champs-Élysées et au sein de quelques salons… Ils se les sont d’abord appropriées pour leur propre compte, les ont baptisées au gré de leur fantaisie, ou en mettant la main sur l’une de ces expressions populaires qui pullulent dans la rue. Chaque formule rattache celle qu’elle désigne à un quartier de Paris – Notre-Dame-des-Lorettes pour le plus fameux -, un état, une origine sociale, un lieu plus ou moins vague de la ville – putains des faubourgs, par exemple, ou les misérables catins hors barrières -, une activité officielle qui masque l’occulte, comme la fleuriste des boulevards, la danseuse de l’Opéra, la comédienne du Français. Elle peut découler de ses fréquentations ou rendre compte de ses préférences, de ses habitudes vestimentaires (tel l’habit gris des grisettes), de ses spécialités et de ses vices, qui contribuent en général à accroître sa valeur, elle sert éventuellement aussi à les définir sous le rapport de ses faiblesses, souvent vénielles, toujours charmantes, parce que la candeur et l’ingénuité sont de puissants aiguillons du désir masculin.

 

  • Éditeur : Le Passage (3 octobre 2013)
  • Collection : LA PETITE COLLE