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L’holocauste des sorcières d’Alsace – Un effroyable massacre au cœur de l’Europe humaniste

L'holocauste des sorcières d'Alsace : un effroyable massacre Date de parution du livre le 1er février 2011 – Entre le crépuscule du Moyen Âge et l’aube des Lumières, au cœur de l’Europe humaniste, un vent de folie a saisi les terres du Saint-Empire romain germanique, s’en prenant à toutes celles qui s’écartaient de la norme : guérisseuses ou accoucheuses, riches veuves ou pauvresses, vieillardes ou estropiées, fillettes ou bébés parfois. Exacerbant les peurs et les troubles passions de populations en proie aux guerres et aux misères, d’implacables juges envoyèrent au bûcher des cohortes de Hexen, « sorcières » honnies par tous, au terme de simulacres de procès et après d’atroces tortures.

Comme d’autres régions de l’empire, la terre d’Alsace – à peine sortie de la sanglante guerre des Paysans – n’échappa point à l’épouvantable embrasement. Ce fut même un déchaînement inouï de violences et de cruautés rarement atteint ailleurs. Plusieurs milliers d’Alsaciennes furent ainsi accusées d’avoir vendu leur âme et leur corps au Diable, livrées sur simple dénonciation à une impitoyable justice d’exception.

L’historien Jacques Roehrig, déjà auteur d’un livre à succès sur les procès de sorcellerie, offre une vertigineuse enquête qui démonte les rouages de ces machinations judiciaires. A partir des archives des procès, il restitue la mémoire et l’honneur de 1 600 Hexen d’Alsace, foule tragique sortie du grand trou noir de l’Histoire.

« LE MÉMORIAL DES SORCIÈRES »

Dans ce livre, un document inédit : les noms de 1600 Hexen condamnées en Alsace

Extrait de l’avant-propos – La grande chasse

Entre le crépuscule du Moyen Âge et l’aube des Temps modernes a surgi l’éclatante Renaissance ; elle nous est décrite comme les prémices du rayonnement de l’esprit. Cet essor intellectuel et artistique n’augurait-il pas l’avènement du siècle des Lumières ?

Cependant, la Renaissance recèle, comme toute chose, humaine ou pas, une part d’ombre : dans toute l’Europe chrétienne, de la très-catholique Espagne à la luthérienne Scandinavie, de l’Angleterre anglicane à la Sainte Russie orthodoxe, dans tous les pays et contrées de ce monde où les différentes Églises en une lutte sans merci prônaient leur propre exégèse des Saintes Écritures, mille et mille bûchers furent dressés, illuminant le ciel de leurs flambeaux humains.

Aux XVIe et XVIIe siècles, des dizaines de milliers d’hommes et de femmes ont été réduits en cendres. Pourquoi les a-t-on fait disparaître de cette manière ? Quels êtres étaient-ils pour encourir un tel châtiment ? Quels crimes avaient-ils commis ?

La lecture des sentences montre que la plupart des accusés ont été condamnés en raison d’attendus que l’on peut classer en deux catégories : l’une concerne les maléfices – c’est-à-dire les actions malfaisantes perpétrées par des moyens occultes -, l’autre les relations avec le Diable. La première reprend essentiellement l’emploi de poudre ou de breuvage mortifère visant aussi bien les humains que les animaux, l’utilisation de baguettes pour battre l’eau et provoquer de la sorte la tempête ou la grêle afin de détruire les récoltes pour affamer leurs propriétaires ; des « maléficieurs » n’hésitent pas à hanter les cimetières pour déterrer les enfants mort-nés et les faire bouillir; avec la graisse ainsi obtenue et d’horribles ingrédients, ils mijotent ensuite une mixture mortelle, gardant néanmoins les frêles menottes des bambins pour la fabrication de cierges. La seconde catégorie d’attendus a trait à la soumission de l’accusé à la volonté démoniaque, avec pour corollaire le renoncement à Dieu, l’abjuration du baptême, l’abandon de son corps au nouveau maître et la signature du pacte satanique ; à cette relation intime s’ajoute la participation collective au sabbat, l’antimesse des ouailles du grand Bouc au cours de laquelle ont lieu le baiser anal audit Bouc, le banquet où pain et sel sont proscrits et, pour conclure l’office, l’emmêlement général d’une fornication à tout va, sans distinction de sexe ni d’âge.

Assurément, il ne peut s’agir que de sorciers et de sorcières pour commettre de tels crimes. C’est donc au titre de la sorcellerie qu’ils seront jugés. Leurs forfaits, comme on vient de le voir, étant des plus odieux, une justice d’exception est de règle : nulle circonstance atténuante n’est recevable, nulle déposition à décharge n’est admise, nulle preuve matérielle n’est nécessaire, l’aveu seul suffit, quitte à l’obtenir sous la torture ; la mort par le feu est l’unique sentence, la calcination des os et la dispersion des cendres devant rendre impossible la résurrection des corps au moment du Jugement dernier.