Mon histoire des femmes

Parution du livre le 14 avril 2008 – Longtemps, les femmes furent absentes du récit de l’Histoire. Hormis quelques vies de saintes, reines ou courtisanes, on les ignorait. Un silence profond les enveloppait. Pourquoi ? Et comment en est-on sorti ?

Car, depuis trente ans (le début des années 1970), est née et s’est développée, d’abord en Occident, puis partout dans le monde, une « histoire des femmes » qui a tenté de les retrouver, de les rendre visibles, et surtout de comprendre les changements de la différence des sexes, imaginée et vécue. Les rapports entre les hommes et les femmes ne sont pas immobiles. Ils sont au cœur d’une histoire pleine de bruit et de fureur, dons ils sont à la fois moteur et produit.

« Mon» histoire des femmes est en réalité « notre » histoire des femmes.

Comment changent les apparences, la sexualité, la maternité ? Quand est né le désir d’enfant ? Les histoires d’amour ont-elles une histoire ? La prostitution est-elle vraiment le « plus vieux métier du monde » ? Quel rôle ont joué les religions dans la vie des femmes ? Pourquoi a-t-on brûlé les sorcières ? Pourquoi l’accès au savoir, à la lecture et à l’écriture, a-t-il été si difficile ? Comment ont changé les formes du travail ? Pourquoi la politique et la création, artistique surtout, sont-elle si hermétiques aux femmes ?

Peut-on parler de «révolution sexuelle» dans le dernier demi-siècle ? Celle-ci est-elle le fruit de la modernité ? du désir des femmes ? Quel rôle ces dernières ont-elles joué dans ces mutations ?

Quel est le poids du/des féminismes ?

La revue de presse Marc Riglet – Lire, mai 2006

Qui mieux que Michelle Perrot pouvait offrir un alerte digest de l’histoire des femmes, des origines à nos jours, et la raconter de manière sensible et personnelle, comme «au coin du feu» ? Michelle Perrot, on le sait, a eu, dans sa vie savante, deux amours : le mouvement ouvrier, auquel elle consacre sa thèse, et puis l’histoire des femmes dont elle se demandera, d’abord, «si elle est possible», pour ensuite en proposer avec Georges Duby la grande synthèse collective qu’est Histoire des femmes en Occident. Au-delà de la maîtrise encyclopédique de son sujet, Michelle Perrot ajoute une approche que l’on dira «sensible» de ses objets d’étude. Elle s’installe volontiers dans cette posture où Pierre Nora l’avait placée à côté de ses pairs historiens conviés à l’exercice d’ «egohistoire» : dire tout à la fois l’histoire qu’on fait et l’histoire qui vous a fait… Malgré son titre, Mon histoire des femmes, on ne trouvera pas de dimension autobiographique dans ce recueil de textes dits sur France Culture et qu’un CD joint au livre permet de réécouter… Erudit sans ennui, le pari de ce petit grand livre est gagné.

La revue de presse Claude Habib – L’Express du 13 avril 2006

Michelle Perrot édite le texte d’émissions diffusées l’année dernière sur France Culture. Elles n’ont pas été retravaillées, et son livre est oral, pour le meilleur et pour le pire. On y retrouve les qualités qui ont fait d’elle la matriarche du féminisme français : goût du consensus, révolte tranquille, et surtout le talent de brosser des panoramas où personne n’est oublié. Personne parmi les femmes. Ici s’arrête la diplomatie. En règle générale, les hommes sont suspects… L’historienne se partage entre la dénonciation de la domination et la promotion des dominées. Cela rappelle les livres destinés à prouver l’excellence des dames à l’aide de Cléopâtre ou de Sémiramis. Au chapitre de «L’âme», elle convoque les femmes célèbres, jusqu’à Marie Curie et Hannah Arendt. Suivent les artistes Camille Claudel, Berthe Morisot, Rosa Bonheur… Et les créatrices de mode, comme Chanel. Et les saintes. Toutes peuvent servir à promouvoir la cause.

Spontanément, son intérêt la porte plutôt à l’histoire des obscures. Elle évoque d’ailleurs dans les années 1970 l’existence «d’un certain populisme culturel qui voulait faire parler les muets, les absents de l’Histoire : les ouvriers, les femmes»…

« Le féminisme, écrit Michelle Perrot, n’a pas forcément bonne réputation. Beaucoup de femmes s’en défendent comme d’une ride à leur visage. » Il faut dire que, sous sa plume, le féminisme n’a plus rien de juvénile. Il est pour les femmes de bonne volonté.

L’itinéraire de Michelle Perrot a accompagné les transformations de l’historiographie française depuis les années 1960. Née en 1928, élevée au sein d’une famille bourgeoise au cœur du Paris des Halles, par des parents libres-penseurs, elle vient à l’histoire après-guerre dans un contexte d’engagement chrétien puis social qu’elle décrira dans un essai d’Ego-histoire (1987). L’histoire joue pour la génération d’après-guerre un rôle de démythification et d’ancrage dans une réalité politique façonnée par la Seconde Guerre mondiale puis par l’affrontement idéologique de la guerre froide et la guerre d’Algérie. Il s’agit pour Michelle Perrot, un temps passée par le communisme, comme pour François Furet, M. et J. Ozouf, mais aussi J.-C. Perrot, son mari, spécialiste de l’histoire économique, de répondre aux injonctions du présent que l’expérience de la guerre ne permet plus de négliger. Elle fait ses études à la Sorbonne entre 1947 et 1951, passe l’agrégation, suit l’enseignement d’Ernest Labrousse, historien de l’économie, dont elle devient l’assistante à l’Institut d’histoire économique et sociale, avant de soutenir sous sa direction une thèse d’État consacrée aux «ouvriers et la grève au XIXe siècle» en 1971 (Les Ouvriers en grève [1974] 2001). La thèse fait date. En décrivant la grève comme un phénomène social, M. Perrot contribue à la fondation d’un genre nouveau : la sociologie historique. À travers la lutte et la mobilisation, émergent la fête et la culture ouvrières. Le monde ouvrier prend non seulement matériellement corps mais revêt une existence de chair. En Mai 68, M. Perrot est Maître-assistante à la Sorbonne et enseigne à partir de 1970 à l’Université Paris VII dont elle est une des fondatrices et où elle anime le laboratoire «Sociétés occidentales». Depuis lors,…

Perrine SIMON-NAHUM

Retrouvez l’intégralité de cet article dans le Dictionnaire des sciences humaines.

Auteur : Michelle Perrot

Genre : Histoire

Éditeur : Seuil, Paris, France

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