Archives mensuelles : octobre 2007

Les chambres closes : histoire d’une prostituée juive d’Algérie

Parution du livre le 26 octobre 2007 – Bône (Algérie), 1943. Juive, orpheline et pauvre, Germaine Aziz n’a que dix-sept ans lorsqu’elle est vendue à une maison de passe et séquestrée. Elle doit faire face à la réalité des bordels : des dizaines de clients par jour, la douleur physique, l’interdiction de sortir ou de voir le jour, la violence du « milieu », l’injustice de la société et de l’État, complices et hypocrites. Prise au piège, Germaine n’a plus qu’un seul objectif : retrouver sa liberté volée. Des maisons closes algériennes au trottoir parisien où elle découvre la solitude, la marginalité et le mépris, elle ne cesse de lutter contre la misère de sa condition, nourrissant l’espoir d’être enfin, grâce à l’instruction et le travail, respectée en tant qu’être humain.

Portées par une écriture touchante et spontanée, Les Chambres closes retracent la quête d’indépendance d’une femme broyée par un système aveugle. Brûlot contre la colonisation, plaidoyer contre l’exploitation de la femme, ce témoignage unique soulève aussi des questions toujours d’actualité : quel peut être le statut de la prostitution dans notre société et qu’en est-il du rôle de l’État ?

Extrait du livre :

« Esther et Germaine Aziz, madame la directrice vous demande dans son bureau. »

On va voir maman ! Nous abandonnons nos gamelles pour courir, main dans la main, dans les couloirs de l’Assistance publique, encore plus longs que d’habitude.

«Tu crois que le petit frère est né ?

– Je ne sais pas… sûrement. Enfin, j’espère ! » Moi aussi je l’espère, je m’ennuie trop de maman.

La directrice me fait un peu peur, pourtant c’est d’une voix très douce qu’elle demande à ma soeur, mon aînée de quatre ans :

« Quand avez-vous vu votre maman pour la dernière fois ? »

Je m’en souvenais très bien, elle n’était venue qu’une fois, une seule depuis que nous étions ici, et nous avait apporté des bananes. Elle nous avait dit qu’elle nous aimait mais qu’elle était trop malade pour quitter plus souvent son lit.

Ma sœur parle de cette histoire de bananes en éclatant en sanglots. Je me demande pourquoi la directrice nous pose cette question, mais en voyant Esther pleurer, je comprends qu’il nous est arrivé un malheur :

« Qu’est-ce qu’il y a ? Qu’est-ce que tu as ?

– Maman est morte », hurle-t-elle.

Je ne comprends pas. Je me tourne vers la femme impo­sante derrière son bureau. Elle reste silencieuse. Comment ça, morte ? Je ne suis pas sûre de savoir ce que cela signifie pour les grandes personnes, ça doit être triste. Je demande :

«Est-ce que ça veut dire qu’on ne la verra plus ?

– Oui, ça veut dire ça ! Plus jamais… »

Femmes de réconfort – Esclaves sexuelles de l’armée japonaise

femmesréconfortParution du livre le 18 octobre 2007 – Pendant l’occupation de la Corée par le Japon, lors de la seconde guerre mondiale, près de 200 000 femmes coréennes ont été kidnappées, déportées, violées, battues, tuées, abandonnées. Peu en ont réchappé, et les survivantes sont restées blessées, physiquement et psychologiquement. Jung Kyung-a, jeune auteure coréenne, raconte avec ce livre l’histoire vraie de ces “femmes de réconfort”, envoyées dans les camps de l’armée japonaise pour y servir d’esclaves sexuelles. Femmes de réconfort retrace les itinéraires poignants d’un médecin japonais chargé de la santé des détenues, d’une fille de colon hollandais et d’une jeune Coréenne, ces deux dernières étant toujours vivantes aujourd’hui. Tout en restant précis et documenté, ce récit expose désormais, par le biais de la bande dessinée, la réalité de ce drame au grand public.

Jung Kyung-a a été lauréate en 2001 du prix Korea Publishing Cartoon Competition pour son premier manga Padam Padam, qui racontait la vie d’Édith Piaf. En 2003, le conflit en Irak la sensibilise à l’impact des guerres sur les femmes et elle commence à travailler sur Femmes de réconfort.

Extrait

Présentation de Heisoon Shin, Représentante permanente du Conseil coréen pour les femmes enrôlées de force comme esclaves sexuelles au service de l’armée japonaise :

Une bande dessinée en quête de vérité

Près de Gwanghwamun, la porte centrale de Séoul, capitale de Corée du Sud, devant l’ambassade du Japon, une manifestation a lieu tous les mercredis sans exception. Une dizaine de Halmuny (anciennes ‘femmes de réconfort’), des membres des associations féministes, des étudiants, des citoyens et même quelques étrangers – y compris des Japonais – y élèvent leurs voix.

“Gouvernement japonais ! Excuses officielles et indemnisations des ‘femmes de réconfort’ victimes de l’armée japonaise devant la justice !” “Rétablissez la vérité historique falsifiée !”

“Contre l’élection du Japon comme membre permanent du conseil de sécurité de l’ONU !”

Depuis la première manifestation, organisée le 8 janvier 1992 par le Conseil coréen pour les femmes enrôlées de force comme esclaves sexuelles au service de l’armée japonaise, treize ans et cinq mois se sont écoulés. En treize ans, quatre-vingt-dix-sept Halmuny sont décédées. Sur les deux cent quinze victimes de nationalité coréenne officiellement recensées, seules cent dix-huit sont encore en vie à ce jour. L’année prochaine, il pourrait malheureusement y avoir plus de disparues que de survivantes. Durant les manifestations du début des années 1990, les Halmuny victimes cachaient leur visage avec leur chapeau ou des journaux devant la caméra. Cela traduisait leur malaise par rapport au regard de la société. Mais maintenant, elles témoignent tête haute et répondent volontiers aux interviews de la presse. Elles participent même aux manifestations contre la guerre en Irak, ce qui montre le développement de leur conscience sur les droits de l’homme. Les Halmuny sont surtout contentes lorsqu’elles voient des enfants ou des adolescents participer à leur rassemblement. La plupart d’entre elles étaient enrôlées de force dès l’âge de dix ans par l’armée japonaise pour servir d’esclaves sexuelles. Elles ont été privées de leur jeunesse entière. Leur voeu le plus cher : vivre l’expérience d’une vie normale – le mariage et le bonheur d’avoir des enfants.

Naturellement, pour ces Halmuny, rencontrer ces jeunes est un immense plaisir. Les adolescents participant à la manifestation du mercredi sont une dizaine tout au plus. Mais une ou deux fois par an, quelques classes emmenées par leurs professeurs se joignent à eux. Et ces trente à quarante minutes partagées sont un enseignement vivant sur l’histoire et la paix, pour les jeunes générations. Ce livre est l’histoire des Halmuny, victimes de l’esclavage sexuel par l’armée japonaise, qui crient à se déchirer la voix devant l’ambassade du Japon, depuis plus de treize ans. C’est une recomposition de l’histoire de ces femmes après de minutieuses recherches documentaires. Ce n’est pas un livre d’histoire difficile à lire, grâce à l’imagination et à la créativité de la dessinatrice. Même si la Corée est libre depuis plus de soixante ans, nos Halmuny ne sont pas libérées. Toujours prisonnières des souffrances du passé, elles font encore des cauchemars, d’autant plus que l’État japonais nie officiellement toute responsabilité dans ses violations flagrantes des droits de l’homme.

Si les jeunes comprennent la vérité de l’histoire décrite dans ce manhwa et si, à leur tour, ils transmettent cette éducation aux générations futures, alors la vérité se répandra malgré le déni du Japon et nos Halmuny connaîtront enfin la libération.

  • Éditeur : Six Pieds sous Terre (18 octobre 2007)
  • Collection : Femmes de réconfort