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On l’appelait Rainer (1939-1945) – Madeleine Riffaud

On l'appelait RainerParution du livre le 13 mai 1994 – « J’avais dix-huit ans en 1942. Dans les rangs des Francs-Tireurs et Partisans français, mon nom était Rainer. »

Ainsi commence le récit de Madeleine Riffaud, dont on connaît les grands reportages effectués sur tous les points chauds de la planète.

Paris occupé, Madeleine Riffaud rejoint la Résistance. Elle participe à l’action des Groupes de combat des Facultés, œuvre dans l’ombre contre l’occupant et la milice. Puis en 1943, agent de liaison, elle passe à l’action armée dans le groupe FTP des étudiants en médecine. Le 23 juillet 1944, après le drame insupportable d’Oradour-sur-Glane – où elle avait passé des vacances heureuses peu avant la guerre – et sur un mot d’ordre pré-insurrectionnel, elle participe à une action armée.

« C’est un beau dimanche, il y a du monde, des familles avec les enfants qui se promènent comme en temps de paix. Un soldat allemand, un sous-officier, seul, s’arrête pour regarder la Seine. Alors tout va très vite. Pied à terre. Le pistolet vite sorti du sac. Deux balles dans la tête. C’est la première fois qu’elle fait feu sur quelqu’un. Plus tard elle racontera : “Ne pensez pas que c’était quelque chose de drôle. Ni quelque chose de haineux. Comme aurait dit Paul Eluard, j’avais pris les armes de la douleur ( .. .) j’ai tiré dessus presque à bout portant. Il est tombé comme un sac de blé.” »

madeleine_riffaud-pnMadeleine Riffaud, née à Paris le 23 août 1924, est une héroïne de la résistance, poétesse, journaliste et correspondante de guerre française.

Engagée dans la Résistance française à l’âge de 18 ans sous le nom de code Rainer, elle participe à plusieurs « coup de mains » contre l’occupant Nazi, dont l’attaque du train de la Butte Chaumont où elle contribue à la capture de sept soldats de la Wehrmacht.

Responsable d’un triangle du Front National des Étudiants du Quartier latin, elle entre dans les FTP en juin 1944. Elle obéit au mot d’ordre d’intensifier les actions armées en vue du soulèvement parisien d’août 1944, ce qui la mène à exécuter en plein jour un membre de l’armée d’occupation. Capturée par un milicien, elle est livrée à la Gestapo. Torturée (rue des Saussaies près de la place Beauvau à Paris), condamnée à mort, elle échappe cependant à son exécution et à la déportation. Libérée à la mi-août, elle reprend immédiatement son combat dans la Résistance où elle est affectée à la Compagnie St-Just avec le grade d’aspirant. Son engagement s’arrête à la fin des combats pour la Libération de Paris, l’armée régulière ne l’acceptant pas en tant que femme d’une part, mineure d’autre part. Ses camarades de la Compagnie St Just poursuivent la lutte contre les nazis au sein de la Brigade Fabien jusqu’à la victoire totale sur le régime hitlérien.

Journaliste, poète, correspondante de guerre, grand reporter pour le journal L’Humanité, écrivaine, après 1945, elle couvre la guerre d’Algérie, où elle est victime d’un attentat organisé par l’OAS. Aussitôt guérie, elle couvre la guerre du Viêt Nam pendant sept ans, dans le maquis du Vietcong sous les bombardements américains. À son retour, elle se fait embaucher comme aide-soignante dans un hôpital parisien, expérience dont elle tire le best-seller Les Linges de la nuit.

Édition : Julliard (13 mai 1994)